Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La Vie rêvée d'Ernesto G. - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La Vie rêvée d'Ernesto G.

Электронная книга - «La Vie rêvée d'Ernesto G.». Краткое содержание книги:

La Vie rêvée d'Ernesto G.
1 ... 31 32 33 34 35 36 37 38 39 ... 110
Перейти на страницу:

Elle ne parle pas un mot de français, la vieille traduisait. À plusieurs reprises, elle a failli partir, revenant je ne sais comment, je lui disais de pousser, elle comprenait, faisait des efforts inouïs, au bord de l’agonie. Où est-elle allée chercher cette force ? À un moment, elle a fait oui de la tête, a poussé encore plus fort mais ce foutu bébé était coincé. Elle s’est mise à trembler. Elle n’en pouvait plus. Son corps s’est affaissé. Combien de temps une femme peut-elle résister à cette souffrance ? Je n’avais plus qu’une solution et elle me faisait horreur. J’ai réussi à prendre le scalpel dans la trousse. J’ai dit à la vieille de la tenir fermement et j’ai incisé le périnée. Elle a à peine réagi. Je devais avoir plus mal qu’elle. J’étais inondé de sang. Et il y a eu un moment où la peur s’est envolée. J’avais les gestes assurés, les réponses cliniques. J’ai réussi à attraper le dessous de la tête du bébé, j’ai tiré, il résistait, elle hurlait, j’ai tiré plus fort, il est venu d’un coup. Je n’en revenais pas de l’avoir entre les mains. On est restés quelques secondes en suspens, il s’est mis à hurler pour signaler qu’il était vivant. Je l’ai nettoyé, j’ai coupé le cordon et je l’ai posé sur sa mère qui l’a pris dans ses bras et a trouvé la force de l’embrasser et de le serrer contre elle avec un amour insensé.

Je lui ai refait une piqûre d’anesthésiant pour la suturer. À nouveau, mon cœur tambourinait, j’avais l’impression de me coudre moi-même, j’étais inondé de sueur. J’espère bien ne plus jamais avoir à recommencer.

Elle m’a donné un sourire pour me remercier. Va-t-elle s’en remettre ? Je ne peux plus grand-chose pour elle. Je passerai chaque jour pour les voir tous deux. Le bébé a l’air d’avoir six mois, une tête énorme de trente-huit centimètres et il pèse quatre kilos cinq. Il a aussi des doigts transparents, une force incroyable et de longs cheveux noirs très soyeux.

14 novembre 1942. Les Alliés ont débarqué à Alger. Dupré m’a raconté à quelle vitesse incroyable ils avaient réussi à prendre la ville et à se rendre maîtres de l’Algérie. En une journée. À peine ont-ils entendu quelques coups de canon et de lointaines rafales. Il paraît que la liesse populaire était énorme quand les Anglais et les Américains ont défilé rue d’Isly. Sergent me fait dire qu’il pense à moi et, dès qu’il m’a trouvé un successeur, il me rapatrie. La seule chose que je ne comprends pas, Dupré et Sergent non plus, c’est comment les Américains ont pu nommer l’amiral Darlan haut-commissaire, lui qui a servi si fidèlement Pétain et soutenu la collaboration avec les Allemands. On ne peut quand même pas retourner sa veste aussi impunément.

31 décembre 1942. Je finis l’année dans l’incertitude la plus totale. J’attendais Sergent ou du moins Dupré. Rien. Que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce qu’ils tardent autant ? M’ont-ils oublié ? Chaque journée se traîne, interminable. Je n’ai pas quitté la station depuis dix jours de peur de les rater. Et toujours cette voix qui revient à la nuit tombée. Il n’y a pourtant pas le moindre vent.

7 janvier 1943. Enfin Sergent. Je l’attendais comme le Messie. Avec d’aussi mauvaises nouvelles, j’aurais préféré qu’il ne vienne pas. Mais il a tenu à me les porter lui-même. Darlan a été assassiné fin décembre par un jeune résistant fusillé deux jours après au terme d’un procès qui aura duré moins d’une heure. Les vichystes ont désigné le général Giraud pour le remplacer. Sa première décision a été de refuser la grâce que lui demandait la Résistance. Les suivantes ont été de maintenir les lois raciales et antisémites et de ne pas ouvrir les camps de concentration du Sud, où des milliers de juifs, de résistants et de réfugiés espagnols croupissent dans des conditions horribles. Impossible de me faire revenir. Je lui avoue que je me sens perdu, je voudrais qu’il m’explique. Il ne comprend pas plus que moi ce qui se passe. « Dès que c’est possible, je vous remplace, vous pouvez me faire confiance », affirme-t-il.

Il a bien vu mon air sceptique, peut-être méfiant.

« Encore de la patience, il faut être philosophe », me dit-il.

C’est donc à cela que sert la philosophie. À se résigner.

5 février 1943. Je m’ennuie. Je me pétrifie. C’est la première fois de ma vie que j’ai cette impression de m’écrouler. Je n’ai plus envie de rien. Je ne fais plus rien. Je ne dors pas, je ne mange plus, je ne me lave plus. J’attends, assis sur le pas de ma porte. Je guette le paysage immobile et qu’il se produise quelque chose d’inattendu, qu’un rayon de soleil traverse les nuages, qu’un oiseau vole soudain ou que cette voix de femme me parvienne une fois de plus.

Écrire ces lignes me demande un effort démesuré.

J’ai remonté ma montre à une heure fantaisiste, uniquement pour voir la trotteuse avancer et avoir ainsi la preuve que je suis bien vivant.

Où sont mes amis aujourd’hui ?

25 février 1943. Dupré est arrivé avec une nouvelle immense. Les Allemands ont capitulé à Stalingrad, il y a trois semaines. Je devais être le seul être humain sur cette terre à l’ignorer. Cent mille prisonniers ! L’hiver russe aura triomphé une fois encore. La roue a tourné. Il va perdre. C’est sûr. Mais quand ? J’ai une sale impression. Je vais crever avant. Je suis inutile. Je n’arrive plus à me convaincre de l’importance de mon sacerdoce.

8 mars 1943. La pluie n’a pas cessé depuis trois jours. Le ciel est triste à se tirer une douzaine de balles dans la tête. Ça n’en finira jamais. Je suis fini, oublié dans ce trou. Je vais mourir ici. Sur ce promontoire stupide. Si j’avais eu du courage, je me serais battu et je serais déjà mort.

Finalement, je me retrouve comme mon homonyme du Procès, coincé dans un monde logique et incompréhensible. Je me demande quelle raison l’organise et quelle logique l’administre. Et je perds mes forces et ma vie à essayer de poser la bonne question, celle qui obtiendra une réponse, car, pour toutes les autres qui me torturent, il n’y en a aucune.

9 mars 1943. Le sommeil me fuit toujours. J’ai dormi deux heures, je crois. Je ne sais pas si je rêvais ou si j’étais éveillé, je faisais l’amour avec Christine. Ou je me regardais faire l’amour avec elle. Je suis sûr que c’était elle. Je n’ai jamais aperçu son visage. C’était sa voix, je crois, son odeur peut-être, la couleur de sa peau certainement. Où est-elle ?

4 juin 1943. Que ce soit avec la quinacrine seule ou associée avec la prémaline, les gamétocytes restent élevés. Avec l’un ou l’autre médicament administré une fois par semaine, en dose d’un comprimé et demi à trois comprimés selon l’âge, les résultats ont été pareillement insuffisants. J’ai moins de gamétocytes et surtout de plasmodium chez les sujets recevant de la prémaline S, mais cela n’a pas suffi à empêcher l’apparition de l’épidémie saisonnière de paludisme.

C’est bien le plasmodium qui est la cause efficiente de la maladie et l’anophèle qui le propage, mais Sergent avait encore raison, cela ne suffit pas, il faut aussi un certain degré de fréquence, d’abondance ou d’intensité. Il existe un vrai « seuil de danger » où la maladie se propage. Il y a plus de moustiques à Paris qu’en Algérie mais pas de réservoir humain pour ceux-ci. Il faut donc rester sous ce seuil soit par des mesures anti-larvaires énergiques, soit par des médicaments actifs contre le plasmodium, le médicament contre le paludisme reste à découvrir. À ce jour, il n’existe pas.

1 ... 31 32 33 34 35 36 37 38 39 ... 110
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)