Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Et je m’élance.
Bien m’en chope. Le vraoum ! phénoménal s’opère tandis que je me trouve dans l’escadrin. La déflagration me souffle et je me retrouve au rez-de-chaussette dans un tas de gravats. Tu parles d’un typhon, Léon ! Comme si la maison était aspirée par le haut. La nana a été engloutie sous les décombres. On aperçoit juste une jambe qui dépasse. Quant au Gros, il est debout dans l’encadrement d’une porte-fenêtre, pas démoralisé pour une peseta.
— Elle disait juste, hein ? note l’Enflure.
— Aide-moi, on va tenter de la dégager.
Nous nous attelons à la tâche et nous voilà transformés en terrassiers, déblayant avec acharnement des plaques de briques, des cadres de portes, un lustre en fer forgé et mille autres choses instantanément accumulées par l’explosion.
Nos efforts, comme il est dit dans de très beaux livres qui plaisent à tout le monde, ne choquent personne, hébergent toutes les idées reçues, reçoivent des lettres complimenteuses, exaltent la pérennité de la langue farcie française, sont sérieux et gris à souhait, ne servent à rien et y parviennent sans difficulté, me font honte, apaisent les esprits chagrins, ont la queue pendante, n’éjaculent que des petites plumes dont on fait les oreillers, racontent ce qu’il est bon de savoir et que tout le monde sait en naissant ; nos efforts, reprends-je, sont couronnés tu sais de quoi ? Oui, mon grand gland : de succès.
Ce qu’il y a de bath avec toi, c’est que tu laisses pas finir les phrases. Tu devines tout. Tu fulgures, mec. Bravo ! Moi, tu vois, j’ai besoin qu’on m’aide un peu en comprenant ce que j’écris. Mes bouquins, tu sais, il y en a beaucoup des lus, mais bien peu d’épelés ; comme j’aime à geindre, j’ai du mal à traverser la couche quaternaire. Ce qu’on peut casser comme phrases-mèches en forant la connerie universelle.
Ils sont là, ils lisent, ils s’insurgent, s’indignent, se récrient, écrivent, comparent. Comment veux-tu qu’on croie en eux ? Qu’on espère ? Qu’on puisse attendre le futur ? Fallières dans une combinaison thermique, l’homme de ce jour d’hui. Le jeune autant que le vieux. Hardi d’avoir un demi-siècle devant soi, mais si lourd des millénaires précédents ; enlisé, le pauvre biquet. Petit malin ! Flemmard, je dénonce, ça surtout : flemmard ! Moi, fils du peuple, pour le peuple, j’ose dire, braver, défier. Je juche le Trouduc sur son piédestal. Ecce homo. Admirez le beau connard sans poils ! Oui, oui, je dénonce. Il faut en arriver là, ne pas craindre. Et puis d’abord craindre qui ? Les autres ? J’en suis un, je connais. Je peux parler, j’aide à coltiner le péché du monde. Tudieu qu’il est pesant ! Je tombe pour la troisième fois, la bonne.
Et l’on finit de dégager la gosse ; plus morte que vive, au point qu’elle ne s’en remettra probablement jamais. Ou alors, oui, ce sera la petite voiture pour de bon. Justice immanente, crois-tu ? J’incline. Elle a la colonne vertébreuse de traviole, Ninette. Les cannes disloquées, une frime passée au laminoir. Elle respire plus ou moins et son cœur breloque comme ton réveille-matin après que tu l’aies laissé choir de la table de nuit.
Pendant qu’on s’activait, les secours se pointent. Des flics, des journalistes, qui effervesçaient toujours sur la plage. Moi, ma tronche, dans les cas difficiles, la vraie centrale nucléaire, tu le sais ? Quelle idée grenue m’empare ?
Je plonge…
On est deux touristes du fabuleux Fuente. On se promenait. On a entendu des cris. On a survenu dare-dare. Et comme on se pointait, poum ! Tout a sauté ! On s’est portés au secours. On a trouvé un Noir mort dans l’allée. On a délivré cette fille mal en point. Elle nous a révélé, avant de perdre connaissance, que deux flics français se trouvaient dans la maison avec elle, et qu’ils ont volé en éclats, les malheureux. Volatilisés. De profundis.
Les naninanères s’organisent. Une ambulance se pointe. Je profite de la confusion pour y grimper au côté de la mômasse après avoir enjoint à Bérurier de venir prendre la planque près de l’hosto au volant d’une voiture de location dans les meilleures des laids. Tu mords bien la trajectoire du gars Sana, l’artiste ? Tu réalises le cheminement souterrain de sa pensée fleuve ? (Fleuve Noir, œuf corse.) Tu comprends son dessein animé, au gentil commissaire de tes deux ?
C’est clair comme du pipi de rosière, non ?
Tojero va apprendre de source officielle que deux policiers français sont morts dans l’explosion et que sa collaboratrice a été dirigée sur l’hosto dans un état critique. Il va faire intervenir de toute urgence pour que la môme ne survive pas, car il serait catastrophique qu’elle parle.
T’es comme Otto, tu dis d’ac ?
Moi, je crois que mon astuce est vieille comme tes robes, mais qu’elle est plus solide que le pont de la rivière Kwaï. C’est avec les vieilles ficelles qu’on confectionne les meilleurs paquets.
— Vous vous appelez Rosita ?
Et Rosita elle a rosi ce que rosissent les rosas, l’espace d’una mañana.
Vachement poilue, pas faire mentir la tradition. C’est fou ce qu’elles ombragent des aisselles et des lèvres, les Ibériques. Du pubis aussi, et des cannes. Te leur en pousse jusque sur les cuisses. Si t’aimes pas l’astrakan, t’es feinté avec elles. Va et viens dans la fourrure !
Je lui file mon regard limpide comme deux tisonniers incandescents dans les châsses. Ça lui dégringole vertigineusement dans les profondeurs et, lorsque l’éclat de ma prunelle a atteint son slip de coton renforcé, elle consent à me dédier le sourire abandonné que j’escomptais.
— Oui, me répond-elle, comment l’avez-vous deviné ?
Je ne lui dis pas que j’avais une chance sur deux de tomber juste : Maria ou Rosita, hein ? Bon. Non, ne le lui dis pas.
La blessée gît dans la salle de réanimation. Inopérable. On lui a foutu des tuyaux un peu partout, pour dire de faire quelque chose en attendant l’heure de son vol sur Air Paradis. C’est Rosita, sous-chef infirmière de première classe qui factionne à son chevet, réglant des tubes, des manettes, des zinzins de survie.
Mon entrée inopinée l’a scandalisée.
— Vous n’avez pas le droit !
— Je sais, mais…
— Sortez !
— Je sortirai, mais…
Et alors, moi, sorceleur comme pas deux :
— Vous vous appelez Rosita ?
Et elle :
— Oui, comment l’avez-vous deviné ?
Je saisis sa main potelée, rouge et pattue, la porte à ma poitrine, sans un mot. Car un homme en séduisance doit toujours faire « toucher » son cœur avant sa bite par la femme convoitée, c’est dans les conventions collectives inaliénables.
— Vous sentez ?
Elle sent, oui. Ce serait malheureux, dis, un gars qui cogne régulo ses soixante-cinq pulsations bon an mal an.
— Qué ? elle murmure, me semble-t-il.
— Toi ! lui réponds-je.
— Mais je ne vous connais pas !
— Moi, je te connais. Je suis toujours sur ton passage. Je t’admire lorsque tu passes. Quand tu es passée, je pleure et j’attends que tu repasses !
Comme tu le vois, je suis un type qui s’encombre pas de préjugés. L’action directe est toujours payante.
Je charge à nouveau mes yeux d’un maximum d’émouvance, avec un zeste de lubricité. Elle abaisse ses paupières bistres.
— Vous êtes fou !
Mais c’est dit dans le suave. Gagné !
Je raffole des blouses blanches. Surtout quand les gerces n’ont rien d’autre dessous qu’une culotte.
— C’était aujourd’hui ou jamais, lui affirmé-je.
— Aujourd’hui que quoi ?
— Que ça…