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Bouge ton pied, que je voie la mer

Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:

— Bouge ton pied que je voie la mer, soupira Véra.
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
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Tous ces bipèdes agglutinés me flanquent la nausée. Y a pas pire qu’une foule d’hommes, tu sais, si ce n’est un homme seul, parfois.

Soudain, la rumeur de la foule est couverte par un gigantesque bruit de moteur et deux gros hélicoptères se pointent pour explorer le fond marin depuis en haut, car tu n’ignores pas combien la perspective plongeante est privilégiée par rapport à la blennorragie par exemple qui n’en comporte pas.

Les deux appareils verdâtres, aux cocardes de la vaillante Espagne, flanquent un vent (avec leurs pales) de panique dans l’assistance. Tout individu survolé par un hélicoptère, reçoit de cet hélicoptère, une poussée de trouille de haut en bas égale au poids de la chiasse déplacée et je te parie ce que tu m’as montré l’autre jour contre ce que tu sais, qu’on ne peut rester impavide avec un tel moucheron au-dessus de la tronche, surtout quand ledit vole à basse altitude. Et voilà donc la foule qui s’accroupit. Moi, l’Antonio, habitué à ce genre de cerveau-lent (que certains écrivent cerf-volant, mais ça les regarde, chacun baise la femme du voisin comme il l’entend, hein ?) je reste de marbre.

Et c’est la seconde miraculeuse. Le cadeau de la Providence. La super-prime. Ma chance de flic. Car tout poulet la rencontre au moins une fois au cours d’une enquête, et c’est à lui de s’en saisir.

Voilà que ces dos brusquement voûtés me découvrent l’horizon côté terre. Et du fait, devine ce que j’aperçois ? Sur le perron d’une somptueuse villa blanche, la mère Kaufmann. Oh ! c’est fugace. Elle ne fait que la traverser rapidos, accueillie par un grand diable blond habillé de bleu ; et elle disparaît dans la demeure. Pour du bol, c’est du pot, non ?

Je réfléchis un tantisoit, juste la moindre, me demandant si je donne l’assaut tout seul, ou bien si je m’assure le concours de Béru et du Noirpiot.

Je décide d’éviter les risques superflus (et reflux) pour ne pas compromettre l’opération. Aussi vitement qu’il m’est loisible, comme disait la marquise de Sévigné dans son ode aux Pieds-Nickelés, je retourne au Fuente enchanteur, marchant à contre-courant des curieux qui toujours foncent à la plage en espérant voir quelque chose, n’importe quoi, ne serait-ce que d’autres cons venus pour regarder aussi.

La sublime aux yeux verts est toujours alanguie, mais sur le dos cette fois.

— Vous n’avez pas été trop long, complimente-t-elle.

— Parce que je n’ai pas terminé, lui dis-je en lui octroyant sous forme de baiser prolongé un nouveau gage de ma sympathie. Ne vous impatientez pas, surtout, et laissez le soleil commencer ce que je terminerai à l’ombre tout à l’heure.

Et puis poum ! je continue ma petite bonbonne d’échevin (Dans les expressions toutes faites, seules importent la cadence et l’intonation).

L’appartement à Mémère est mis à sac par Equal. Il fouille tout avec une rare maîtrise, mais il n’y a rien à trouver. Le Gros se fout gentiment de sa poire, tout en lichetrognant le bourbon de chère Daisy.

Il dit :

— J’sens qu’tu brûles ! Vas-y, Blanche-Neige ! Moui ! Passe ton doigt dans la rainure ! Quoi ? Just’ d’la poussière ? Cherche encore, Médor ! T’faudrait un compteur Gégène, hein, mon grand ?

L’autre ne répond pas. Il palpe, sonde, toque, écoute, enfile une longue aiguille, dévisse…

— Repos ! lui intimé-je, va falloir mouler les sherlockonneries pour jouer « Le Commando attaque à l’aube ». J’ai repéré la vieille. Tout l’monde sur le pied de guerre. On rassemble l’artillerie légère et on donne l’assaut !

Trois phrases concises, et même circoncises, afin de leur résumer la situasse, et nous nous lançons courageusement dans l’héroïque aventure.

CHAPITRE SUIVANT

Une haie d’épineux isole la propriété du bord de mer. Une porte hérissée de piquants (métalliques ceux-là) y a été ménagée. Fermée à clé, mais bagatelle ! Nous remontons une pelouse en pente, en suivant les lacets savamment élaborés d’un sentier asphalté de rose.

Une piscine à la découpe fantoche mire le ciel bleu dans son eau bleue, si bien que ça ne représente rien, comprends-tu ?

Une terrasse aux dalles blondes. Une porte-fenêtre entre-bâillée. Quelqu’un nous a vus surviendre, comme dirait le Gravos, car ledit se présente à nous, d’une malgraciance carabinée.

— Ici, c’est une propriété privée ! fait l’homme en espagnol ; et il aurait tort de s’en priver vu qu’il parle couramment ce dialecte.

— Elle a bien raison de l’être, assuré-je sans m’émouvoir, car il serait dommage de livrer une maison de cette classe au grand public.

Et nous continuons d’avancer.

Notre interlocuteur porte une livrée : pantalon noir, veste à la russe dans les tons kaki. Très brun, l’œil étincelant d’Espagne.

— Qui demandez-vous ? questionne le vaillant Ibérique en bombant le torse.

— Mme Kaufmann, une amie à nous.

— Il n’y a personne de ce nom ici, disparaissez immédiatement !

Qu’à peine a-t-il achevé, je lui cloque une manchette de parachutiste japonais sur la glotte.

— Pour t’apprendre à mentir, petit vilain ! lui dis-je tandis qu’il se plie comme un mètre de charpentier avant de se déposer sur les dalles blondes de la terrasse, terrassé, donc !

On l’enjambe.

On pénètre dans la demeure luxueuse, très vaste, de plain-pied, avec un bout d’étage dans la toiture ; juste pour dire.

Immense salon, moderne : laqué, chinoisé, richement con, glandu. Je hais.

Vide !

Nous le traversons et déboulons sur le devant de la crèche. Une Bentley lie-de-vin est en train de manœuvrer sur la partie parking pour s’esbigner. On se précipite. A son bord : Mme Kaufmann, un petit bonhomme très âgé, à barbe blanche, le teint bistre. Au volant, le grand blondasse loqué de bleu qu’il m’a été donné d’apercevoir au moment où la foule s’est prosternée sous les hélicoptères.

Nous nous tenons devant la tomobile, faisant de grands signes croisés pour lui intimer de stopper. Mais tu crois que ?

Fume !

Le conducteur champignonne à bloc, la caisse a un rush et emplâtre notre pote Equal.

Je n’ai eu que le temps de me propager de côté, l’aile avant me frotte le genou au passage, ce qui me déséquilibre, moi qui suis un homme tellement équilibré !

Béru, pour sa part, se trouvait hors champ.

— Vachards ! hurle-t-il.

Et de dégainer sa rapière. Il praline : tchloff ! tchloff ! L’emmerde, c’est que nos feux sont équipés de silencieux.

C’est pratique parce que ça ne dérange personne quand tu défourailles au cinéma, par contre ça t’enlève de la précision. Les deux quetsches vaporisées par Béru se fichent, l’une dans le coffre, l’autre dans la lunette arrière qui s’anéantit. J’ai le temps d’apercevoir la face large de chère Daisy qui nous regarde par l’ouverture, et aussi une espèce de petit dôme blanc qui pourrait fort bien être celui d’une cage à oiseaux.

La Bentley disparaît à travers les plantations. Je fonce au parking où se trouve une petite Audi, mais la clé de contact n’est pas au tableau de bord. Je fouille la boîte à gants, pour si des fois : hélas non. Alors, rageur, je m’en extrais pour rejoindre Béru au chevet de Walti.

Notre ami noir est devenu d’un vilain gris. Il a les yeux mi-clos, la bouche entrouverte.

— C’est grave ? demandé-je à mon pote.

— Nazé de première. Les roues gauches y ont éclaté la cage toromachique. Un brin de côte lu aura transpercé le guignol biscotte il a été scrafé net.

Une profonde tristesse me point. Il était beau et sympa, ce grand Noir. Ses lunettes cerclées d’or n’ont même pas été brisées par l’impact et continuent de donner à son beau visage l’air d’être vivant.

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