Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Si ce qu’il m’a révélé est vrai, il est mort d’avoir trop aimé son job, Walti. Un acharné. Il en voulait.
Je récupère son feu extra-plat, une arme terriblement efficace, dernier cri, qui tire des balles explosives capables de démanteler la ligne bleue des Vosges. Du temps que j’y suis, j’explore toutes ses poches. Effectivement, je dégauchis sa carte électronique flatulée de la C.I.A., preuve manifeste qu’il ne m’a pas berluré.
Un coup de feu claque, très sec, et une gerbe de gravier me fouette le dos. Ça provient de la maison.
— Planquons-nous, Gros !
On roule derrière des massifs de fleurs tandis que d’autres bastos pleuvent. Il y a un seul tireur, et c’est pas Buffalo Bill. Ce petit téméraire ne serait même pas fichu de fracasser une pipe en terre (qui se dit également pie-panthère).
Manière de le situer mieux, j’ôte l’un de mes mocassins (celui que tu voudras) et le lance à quelques mètres plus à droite. Aussitôt, le larbin que j’ai foudroyé en arrivant bondit hors de la maison et se met à défourailler. Moi, tu me connais ? Nanti, comme ils disent dans la haute finance, de la seringue à Equal, je vise soigneusement son arme et je presse suavement la détente de la mienne.
La vaca ! Si je m’attendais !
Dis, il a plus de main, le larbinuche flingueur, tout à coup. Il est moignon tout plein ! Il a exécuté une cabriole de chamois sentant venir l’avalanche sous ses pattounes et se tient adossé à la façade de la maison, tout glandu, à mater le vilain bouillonnement rouge qui dorénavant lui tient lieu de dextre (ce qu’il a bien fait de ne pas défourailler avec les deux pognes, comme on t’enseigne dans les stands de tir, entre nous soit dit).
Je me relève, m’époussette l’élégance et rabats vers cézigue.
— C’est bien pour dire de foutre son Noël en l’air, dis-je à l’Espanche. Suppose que ta chère et tendre t’ait déjà acheté une paire de gants, vous aurez l’air malin !
Bérurier qui vient de nous rejoindre, ajoute finement :
— Au cas qu’tu jouerais du tambour, faudrait t’rabatt’ sur la grosse caisse, mec.
Je les laisse converser pour visiter la demeure. Je trouve une grosse femme boulotte à l’orée de la cuisine, l’épouse du larbin, je vais l’apprendre incontinent. Sa belle moustache tremble d’émotion et sa poitrine, pareille à deux avant-scènes de la Scala, est agitée d’un mouvement ascensionnel et descensionnel précipité.
— Il y a encore quelqu’un dans la maison ? je lui demande en lui faisant respirer le flacon de parfum que je tiens par la crosse.
Elle louche sur le goulot, redoutant la sortie de quelque petit oiseau pas gentil.
— Il y a mademoiselle.
— Où est-elle ?
— En haut !
Jugeant cette doudoune affolée inoffensive, j’escalade l’escadrin menant à l’étage.
On a aménagé, t’ai-je dit, un appartement dans le toit. Juste une vaste pièce flanquée d’une salle de bains et d’un dressing-room.
La pièce est divisée en deux parties : chambre et salon. Dans cette deuxième, je fais la connaissance d’une petite créature malingre, enchâssée dans une chaise d’infirme comme une opale dans son chaton, et si je la compare à une opale, c’est qu’elle en a le teint.
Elle porte une robasse de vilain lainage pisseux, est coiffée en paquet de cresson ; et son nez en pied de samovar supporte des lunettes de myope aux verres tellement épais qu’ils ressemblent à deux loupes presse-papiers.
Cette demoiselle circule sur les berges non stabilisées de la quarantaine et le destin ne lui a pas été des plus favorables puisque, outre son nanisme, sa paralysie et son hypermyopie, il l’a rendue un peu idiote sur les bords. C’est beaucoup pour un seul être. Il est des malchanceux-étalons comme il est des veinards-étalons. Les porte-fanions de la scoumoune et les étendardistes de la chance ; ceux qui perdent et ceux qui gagnent ; ceux qui pleurent et ceux qui rient ; ceux qui vivent leur mort, et ceux qui ignorent qu’elle existe. Mais ne t’occupe : Dieu reconnaîtra les chiens ! Si on n’avait pas l’au-delà, qu’est-ce qu’on deviendrait ?
— Salut, miss ! je lance gaillardement à ce pauvre être dépeuplé qui vous manque.
Elle articule une succession de syllabes que la monteuse essaiera de replacer dans le bon ordre avant le mixage. Je lui décoche un sourire amitieux et redescends.
Tout en chialant, Maria, la bonne, fait un garrot à son époux, sur les directives d’Alexandre-Benoît. Elle lamente qu’elle lui avait bien dit de ne pas travailler pour ces gens-là, depuis sa sortie de prison, à Barcelone. Il y a d’autres moyens de gagner sa vie, en s’occupant de vols à la roulotte, par exemple, comme avant, au lieu de s’engager chez des étrangers mystérieux aux agissements louches.
Elle veut appeler un docteur, le conduire à l’hosto avant qu’il ne se vide ou que la gangrène ne se mette de la partie. Son arrière-grand-père en est mort, précisément de la gangrène, à la suite d’une plaie au pied mal soignée.
Je lui aboie très fort de la fermer.
Pas question de secourir davantage son loustic avant qu’il ne se soit mis à table (en anglais to the table). Je suis féroce ; intraitable sur la question. On nous a tué un pote, tiré dessus, on a droit à des compensations, sinon, ça va être le gros carnage, l’hécatombe intégrale. Elle y passera itou, la grosse : le cul dans une marmite d’eau bouillante pour se refaire une fraîcheur dans les régions sinistrées. On veut savoir, nous. Tout, et bien comme il faut. Sans la moindre omission dans le récit. Qui sont les propriétaires de cette baraque, ce qu’ils fabriquent, qui ils fréquentent, et d’autres choses encore qui ne viennent pas spontanément à l’esprit mais qu’on veut connaître.
L’Espago regarde dégouliner son beau raisin, malgré le garrot.
Sang et lumière ! L’Espagne ! Olé, olé ! Mort au toro. Il se rend parfaitement compte qu’il faut aller vite. Alors il se met à jacter plus vite et plus fort qu’une mitrailleuse. Ça lui part à une telle allure qu’on n’a pas le temps de bien capter.
Le proprio est un grand patron de la pègre espanche. Tojero, il s’appelle. Paco Tojero. Il couvre un monstre trafic. Tout le monde le sait, mais personne ne peut rien prouver, air connu. Sous toutes les latitudes et dans toutes les civilisations, tu rencontres de ces gros malins tireurs de ficelles, disposant d’appuis occultes puissants, d’hommes à leur botte, de condés à toute épreuve. Des potentats du crime, jouissant du pouvoir discrétionnaire, prenant l’argent, donnant la mort, et qui règnent sur un empire ténébreux.
Donc, Tojero possède cette propriété, parmi beaucoup d’autres. Il y vient rarement. Non, ce n’est pas lui qui se trouvait dans l’auto trucidaire, mais l’un de ses « adjoints », une sorte d’Anglo-Saxon taciturne : mister Burn. Depuis deux jours, il recevait un Levantin bizarre nommé Omar Alam Eriken, et ils s’enfermaient pendant des heures dans l’appartement de la señorita Antonia, pour, prétendaient-ils, lui appliquer une thérapeutique orientale. Qui est cette infirme ? La fille d’un ancien compagnon de Tojero flingué par les poulets madrilènes il y a une vingtaine d’années. Tojero l’a recueillie et installée à Marbella.
Je lui demande si la dame Kaufmann est déjà venue ici, il assure que non. Elle s’est pointée tout à l’heure seulement, le domestique-truand ayant reçu l’ordre d’aller l’attendre à la porte donnant sur la plage.
— Tu vas me donner le numéro de téléphone de Tojero, tranché-je.
Il paraît effrayé.
— Mais…
— Prends ton temps, mon grand, il travaille contre nous tous, certes, mais en ce qui te concerne, le compteur tourne un peu plus vite.