Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Et je la cueille dans mes bras, la serre, doucement pour commencer, ensuite plus fort, évoquant la nana sur le muret, qui m’attend en se pomponnant la chagatte, tu veux parier ? Et je pense tout de suite par-dessus à Véra, si bonne baiseuse ! Seigneur, comme Tu es bon et grand, et juste de nous avoir accordé cela, dans notre nuit épaisse : des culs merveilleux, pleins d’odeurs légères et profonds comme des tombeaux.
Je pose ma bouche sur ses lèvres, mes lèvres sur sa bouche, je la fends de ma jambe droite, mes mains s’élargissent pour cueillir les deux volets de son fessier robuste, du genre rase-mottes, pot d’échappement traînant sur la chaussée.
Elle cède, elle infuse. Son nez fait le bruit de la soupape d’un autocuiseur.
Je la soulève. La porte jusqu’au lit vide livide voisin de celui de la blessée.
— Ah ! Rosita, Rosita ! Beau soir d’Espagne, ô merveilleux soir d’amour !
Elle raffole. Tu parles. Elle va sur ses cinquante-cinq bougies, la mère ! Vieille fille, elle n’osait plus espérer. Comme quoi elle avait bien raison de débiter des chapelets pour réclamer à Dieu la venue de son Don Quijote. Il est arrivé, enfin ! Sanantonio le Légendaire ! Muchas gracias ! Dis, c’est pas du produit surgelé ! L’apothéose de la Société de Consommation, Antoine ! Emballage cadeau !
Je suis conscient d’accomplir une bonne action. La charité est un devoir, à tous les niveaux.
La voilà qui tortille en gémissant, appelant sa chère maman à la rescousse, que merde, j’ai ma suffisance comaco ! si je dois, en plus m’embourber la mère ! Je lui déguise la culotte en chiffon à jauge d’huile. Moulasse rebondie. Elle a le tohu-bohu angora, la miss ! Des jambons plus mahousses qu’on pouvait le soupçonner, à force de tortillas, tu penses, et de paellas ! Valencia, quand tu montes sur une chaise comment veux-tu que je t’aime ?
Et tu sais ma surprise ? Vierge ! Ou presque. N’a eu de rapports qu’avec un canari, tout au plus. Si elle a un julio, il est pas monté cosaque, le frère !
Je me rends tout de suite compte que pour aller pique-niquer chez cette damoiselle, équipée comme voilà, me faudrait du temps et beaucoup de vaseline. N’ayant ni l’un ni l’autre à dispose, j’y vais d’un petit solo de guitare. On est dans le pays où cet instrument est roi, après tout !
Elle chantonne l’air de « Houlala qu’c’est bon ». Je lui laisse constater que cette séance uniquement tactile n’est pas due à une défaillance du bonhomme mais à une atrophie de son cadre de scène. Elle tente de me prodiguer des gaucheries inflammatoires, ce qui part d’un bon sentiment mais ne débouche sur rien, tu t’en doutes.
Et au bout de peu, sous l’effet de mes indexations, majeurations (de majeur, le médius) et pouçations (en fin de course, petit à petit l’oiseau faisant son nid), Rosita se biche un superbe panard dont ses clameurs portent témoignage. Elle reste inanimée pendant un bon bout, tu vois, les bras en croix, comme un qui apprend le deltaplane.
J’en profite pour lui dire : « Bye-bye, à très bientôt, reine de ma vie. » Je fonce ouvrir la porte et la referme sans sortir, lui laissant accroire que. A pas de loup à peine garou, je me glisse dans l’une des autres stalles fermées par des rideaux de plastique gris-contre-torpilleur. Immobile. Je me retiens de respirer, de craquer, de grincer, bref, d’être le moins du monde sonore.
La mère Rosita s’attarde encore sur le plumard, ayant toutes les peines du monde, plus la sienne, à retrouver sa respiration quotidienne. Au bout d’un temps, pourtant, elle se lève en ahanant et trottine jusqu’au lavabo pour bassiner à l’eau froide son frifri endolori par mes gâteries véhémentes. Ouf ! ça va mieux. Elle a cru qu’elle ne pourrait pas remarcher avant mèche, la chère infirmieuse. La chattoune fumante comme une corrida au soleil ! Que dix broquilles plus tôt elle s’attendait à rien de semblable, la chère esseulée. Et puis un mecton se pointe, bien sous tous les rapports, trop bien même puisqu’elle n’est pas cap de lui donner asile, cette connasse ! Contrainte de se laisser gougnazer le gouzou pour s’escalader le sensoriel jusqu’à l’extase. La furieuse partie de clito avant que l’Espagne vote à gauche. Chérie, va !
Et je l’entends qui s’ablutionne dans les grandes largeurs, mais l’eau fraîche n’est qu’illusoire dans ces cas-là ! Faudrait de l’émollient, de l’onctueux. Elle sait une pommade miracle, Rosette, qu’elle ira chercher à la pharmacie de l’hosto pour bien se beurrer la tartine à tête reposée. Tiens, elle y va de ce pas ! Sa culotte ! Seigneur ! dans quel triste état la lui ai-je mise !
Comme quoi le dévergondage engendre des frais. Elle avait pas prévu ma mignonne branlette à son budjet, Rosita. J’écris budget avec un « j » parce qu’elle est espingotte, façon de l’honorer, tu comprends ?
Elle se la renfile comme elle peut, mais ça pendouille, ça festonne. Dessous de violée, deux sous de violettes ! Pauvre âme ! Toutes les âmes ont un cul, n’oublie jamais cela, fiston. C’est Sanantonio qui te le dit. Toutes les âmes ont un cul, et également un frifri ou une bite : les saints, les présidents, les Miss Monde, les Esquimaux, les grands romanciers, les manars, Einstein, Dupont, Canuet, toi, moi, une âme et un cul, entremêlés solide, imbriqués, indémêlables. Une âme et un cul, l’un faisant toujours contrepoids à l’autre et visse Versailles. Quand tu as bien pigé cette réalité, tu peux t’en aller à travers la vie, le cœur tranquille et la queue à la main.
Rosita jette un œil professionnel à l’agonisante, puis sort rapidos.
Je ne perçois plus que le bruit de succion de l’inhalateur d’induction tierce.
Et la lourde s’écarte doucette. De mon poste d’observance, j’avise des jambes de femme, gainées de nylon comme il est toujours indiqué dans les bouquins plus mauvais que les miens, et même parfois dans certains meilleurs. Le bas d’une blouse blanche. Une infirmière vient remplacer Rosita tandis qu’elle se vaseline la case départ. Ladite s’approche du lit. Froissement d’étoffe. Je repte pour me dégager la tronche de sous le lit qui m’abrite. En effet, il s’agit d’une infirmière. Elle est occupée à faire une piqûre à la mourante. Je la vois de profil, mais ça me permet de l’identifier tout de même.
Alors je me dertulure et fonce à la porte, feu en main.
La gonzesse tressaille et arrache son aiguille. Sa seringue est vide. Gagné ! Effectivement, la mourante ouvre lentement la bouche afin d’exhaler un dernier soupir grand format pour solde et liquidation du compte.
— Vous vous êtes laissée piéger pour pas grand-chose, déclaré-je, car de toute manière elle était râpée et n’aurait pas repris connaissance.
La fille reste très calme. Pas bravache ni craintive. Elle jette sa seringue désormais inutile dans le seau à déchets.
— Commissaire, vous êtes flic, pas tueur à gages ; je ne vous menace pas, donc vous n’avez aucune raison de tirer sur une faible femme. D’autre part nous nous trouvons en Espagne et non en France, vos fonctions sont ici sans effet. De plus, pour en finir avec mes arguments, sachez que je ne suis pas seule ici ; mais alors pas seule du tout.
— Conclusion ?
— Conclusion, je retourne à mes moutons, vous à vos poulets et tout est bien qui finit bien.
— Vous venez de commettre un assassinat, dis-je ; devant moi. Il n’est pas besoin d’être espagnol pour porter témoignage d’un crime dans ce pays.
Elle sourit. Dieu qu’elle est ravissante. Et comme on lui donnerait le non-lieu sans confection.
— Conclusion ? me parodie-t-elle.
On joue « Parodie perdue » à guichet fermé, dans ce merveilleux patelin.
— Conclusion, j’appelle la police et tout se fait par les voies légales.
— Grand idiot, qui donc tient un revolver ? Si je me mets à hurler au secours, c’est vous qu’on inquiétera.