Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
— Faudrait p’t-êtr’ porter d’la jaffe à la gonzesse d’en haut ? remarque la Belle âme. Dans sa trottinette, la pauv’ môme peut guère s’occuper d’son frichti.
— La moitié de ma pitance suffira, dis-je.
Je joue les saint Martin de la becte en sectionnant mon sandwich de voyou par le milieu.
— On va y faire écluser un gorgeon d’bourgogne, décide Béru, faut qu’ça soye fête au village pour c’te souris, les occases d’s’fend’ le pébroque sont plutôt rares.
Et pendant qu’il prépare un plateau-repas, je me mets à repenser au vieux Levantin tout juste entr’aperçu dans la Bentley meurtrière.
— Pourquoi ces deux types s’enfermaient-ils chez la paralytique, Gros ? lui demandé-je à brûle-justaucorps.
Chose curieuse, bien que ma pensée débouche, hirsute, dans un instant qu’elle ne concerne pas, il la chope au vol.
— Biscotte, s’lon mon idée personnelle, y devaient surveiller la plage, depuis chez la gosse.
— Probable, oui.
Il a achevé de préparer la bouffe de sa protégée.
— C’est plus joyce que le p’tit pacsif des compagnies aériennes qu’on te fait prendre à l’embarqu’ment, hein ? Aut’fois, les voiliageurs étaient traités comm’ des pachas, à présent, on les prend pour des émigrants ; l’jour approche qu’on nous embarquera à coups d’pompes dans les noix : Schnell ! Schnell ! Le monde vire Gestapo, mon drôle ! On est trop nombreux pour rester libres. On s’ach’mine vers l’camp de concentration.
— T’as raison, Alexandre-Benoît, on devrait redevenir arboricoles pendant qu’il en est temps, plonger dans la forêt amazonienne pour avoir du répit.
Et bon, trêve de philosophie oisonne, nous remontons auprès de « Mademoiselle ».
Sur le palier une légère surprise nous attend : sa porte est fermée de l’intérieur.
Béru va pour toquer et déjà la saucisse de Toulouse qui lui sert d’index droit se transforme en croissant au beurre quand j’interromps son geste :
— Minute !
A voix basse, ce qui est plus obtempérationnel.
Je lui fais signe de s’arrêter de respirer pour mieux écouter.
Je perçois un léger cliquetis qu’il me semble reconnaître. Le Gros, au bord de l’éclatement, se défait en trombe de son gaz carbonique, ramasse avec les éponges un peu d’oxygène inutilisé qui passait par là et chuchote :
— Qu’est-ce qui t’intriguante ?
Au lieu de répondre, je coule mon sésame dans l’orifice serrural, mais ouichtre, la porte est close au verrou.
Je déleste Bérurier de son plateau.
— Allez le Mammouth, enfonce les prix !
Il a pigé, ne prend que deux pas de recul et se précipute. Le verrou dit « ouf » et la lourde reste porte bée de tant d’audace. Je me rue à l’intérieur. En une seconde quatre dixièmes deux centièmes et un peu de très menue monnaie, j’avise le topo. Eloquent, offert, intégral.
Ça se passe au dressing. Une penderie pivote, formant porte. Ladite est béante. L’infirme qui s’est débarrassée de sa chaise roulante s’active, un casque sur la tête, devant d’impressionnants instruments, cadrans, manettes, voyants multicolores, qu’elle manipule et interprète rapidement, en technicienne aussi consommée que les potages Liebig qui voudront bien accepter cette publicité rigoureusement gratuite, San-Antonio étant à louer (et on ne s’en prive pas) mais pas à vendre.
Je me rue vers elle, la décasque, la chope aux épaules et l’évacue de son réduit si vitement que t’aurais même pas le temps de former une boulette avec la crotte de nez que tu viens de t’extirper, bougre de dégueulasse, t’as donc pas de kleenex, merde !
La gonzesse qui n’est pas plus invalide que John Mac Enroe met la main à son corsage et veut attraper le minuscule pistolet Schleurkmeurk à petafinage concentré fixé sous son aisselle gauche.
Mais dis, hein ? San-Antonio, c’est quoi ? De la tarte à la myrtille moisie ou du flocon d’avoine détrempé ?
Une paire de baffes sur les baffles lui chahute le centre de gravité. Pendant un instant, la pernicieuse se demande si Newton est son pédicure chinois ou s’il est marchand de pommes rue Lepic.
Bérurier en rajoute en lui tirant un crochet pour dame seule au menton. La fille part à dame, si j’ose user de ce sémaphore, et Sa Majesté n’a plus qu’à la réinstaller dans son fauteuil roulant pour l’y saucissonner de première avec des collants trouvés dans la commode et qu’il transforme en liens en les tordant.
— Elle a failli nous posséder, non ? ricane le Plantureux. Si j’y aurais pas apporté d’la tortore, la gredine nous f’sait marrons.
— Comme quoi la générosité est toujours récompensée, renchéris-je.
Le Gros cueille ma moitié de sandwich pour y planter son dentier.
Il mastique plus vite qu’un vitrier tandis que j’explore l’étroit local où sévissait la donzelle. Il y a là des appareils de radio, certes, mais en outre une installation mystérieuse.
— Mon petit doigt me chuchote que c’est elle qui a fait partir l’engin de ce matin, fais-je. Ici est le P.C. de l’organisation.
— On avance, on avance ! se réjouit le Dodu, la bouche pleine.
Lui, je vais t’avouer une chose, il n’est pas fasciné par les techniques de pointe. Il préfère le camembert, le hareng-pommes à l’huile et le beaujolais primeur aux gadgets scientifiques. Il ne s’est jamais éloigné de l’animal, Béru, et c’est ce qui assure son prodigieux équilibre et son effarante santé physique et morale. Il aime la terre, le cul, le lard, le vin, la force musculaire et chier sans problème.
Pour lui, la vie, c’est vivre, tout simplement. Il est sous le signe de cinq sens.
Un soupir. La gonzesse papillote des châsses, nous regarde. Une vague brume obscurcit encore son regard assoupi par le poing du Mastodonte.
Et soudain, elle a un soubresaut.
— Non ! s’écrie-t-elle. Vite ! Il faut fuir, tout va sauter !
CHAPITRE N’IMPORTE QUOI
Je lui souris sans me départir, m’approche de la fenêtre du genre chien-assis pour regarder le jardin fleuri où gît le pauvre Equal. Ce qu’on est peu de chose. Air connu ! Poète prends ton cul ! Un tas de viande, tripes, arrosés d’un dégoûtant liquide. Depuis qu’il est mort, il fait moins noir ; son décès le blanchit. Et c’est quoi, un Noir, sinon un Blanc foncé ; comme un Blanc est un Noir délavé. Et c’est quoi un homme, sinon cette chose en flaque, là-bas dans l’allée ; cette chose si absente que ça n’a plus d’importance qu’elle fût.
— Tout va sauter ! Tout va sauter ! hurle la fille de grand rechef, à voix gosilleuse, proche de l’hystérie.
— Pas possible ! rigole mister Mastard.
— Le dispositif terminal ! Ils l’ont sûrement déclenché ! Nous étions en ligne. Ils savent ! Ils vont tout faire sauter !
Elle est absolument folle de terreur.
— Pour une gonzesse qui fait dans la haute arnaque, vous ne paraissez pas tellement aguerrie, remarqué-je.
— Fuyons ! Vite ! Vite ! répond-elle, si je puis appeler cela une réponse.
Je pige fort bien qu’il y a du véridique dans son affirmation. Il est vraisemblable que Paco Tojero et sa clique aient prévu de saborder l’installation si elle venait à être découverte.
Je fais signe au Gravos d’emporter la gonzesse.
Il ne se défonce pas l’oigne pour ce faire et drive le fauteuil jusqu’à l’escalier où il le laisse aller.
Je déclare à haute voix :
— Je ne partirai pas d’ici avant que vous ne m’ayez révélé ce qu’est ce fourbi, ma poule. Vous ne pensez pas que je coupe dans vos salades ? D’ailleurs je vais appeler des renforts.