Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
« Excusez-moi », dit-il.
Excusez-moi. Si vous avez des questions, vous devriez les poser tant qu’il est encore temps.
Nerissa n’en avait qu’une — Cassie faisait-elle partie de ceux qu’utiliserait l’hypercolonie ? —, mais Ethan lui passa devant et posa un genou à terre pour s’adresser au sim. On dirait qu’il lui adresse une prière, pensa Nerissa. Ou qu’il le demande en mariage. « Qui a le contrôle du mécanisme qui manipule les signaux radio, vous ou l’hypercolonie ? »
Vous désignant le parasite, le virus.
« C’est moi », murmura le sim.
(Mais il n’y a pas de moi, se rappela Nerissa. Il n’y a pas d’esprit. Rien qu’un processus.)
« L’hypercolonie ne peut donc plus s’en servir. Mais les deux entités peuvent produire et contrôler des simulacres ?
— Oui.
— Ils sont créés comment ? Vous avez été créé comment, vous ?
— Je suis né d’une mère humaine. »
Non, se dit Nerissa. Impossible.
« Le mécanisme reproducteur, vous nous direz où il est ?
— Non.
— Parce que vous voulez le protéger ?
— Oui.
— Et vous sous-entendez que nous pourrions vouloir le protéger.
— Oui.
— Pourquoi ferait-on ça ?
— Sa destruction serait désastreuse pour l’humanité. Pas seulement parce qu’il y aurait une panne temporaire des communications sur toute la planète, même si ce serait déjà catastrophique en soi. Les limites imposées au comportement humain ne seraient plus respectées. Les conflits pourraient dégénérer et échapper à tout contrôle. Vous savez ce que la guerre signifiait il y a un siècle. Pensez à ce qu’elle signifierait de nos jours, si on la laissait reprendre.
— Votre argument ne me paraît pas convaincant.
— Je ne m’attends pas à vous convaincre. J’espère juste que vous réfléchirez au moins aux enjeux. Plus précisément, il est tout à fait possible que, si vous n’intervenez pas, certains de vos proches se fassent tuer.
— De qui parlez-vous ? »
Le simulacre sans yeux tourna la tête vers Nerissa. « De Cassie. De Thomas. Et de beaucoup d’autres.
— Vous voulez dire que ce qu’ils font en ce moment est dangereux ? Ou que vous les tuerez si l’occasion se présente ?
— Les deux.
— Alors pourquoi diable devrions-nous vous aider ?
— Je ne vous demande pas de m’aider. Que vous choisissiez de protéger votre civilisation en général ou les gens que vous aimez en particulier, cela servira mes intérêts.
— Dites-nous où sont Thomas et Cassie, alors… vous pouvez faire ça ?
— Je ne sais pas où ils sont, mais je crois qu’ils cherchent Werner Beck. »
Nerissa ne put se retenir davantage. « Comment vous savez ça ? Qu’est-ce que vous savez de Cassie et Thomas, et qu’est-ce que vous savez de Werner Beck ? »
Mais le sim refusa de répondre à cette question-là.
Il mourut sous leurs yeux.
En commençant par ses parties humaines. Nerissa supposa que, épuisé par la fièvre et l’infection, le cœur de la créature avait tout simplement cessé de battre. Le sim exhala pour la dernière fois, un nuage puant d’humidité que la brise emporta aussitôt. Ses parties internes perdirent ensuite toute cohésion. Le corps se relâcha et un fluide vert se mit à couler de ses nombreuses blessures.
Nerissa aida Ethan à recouvrir les restes de feuilles mortes, non pour protéger le simulacre et encore moins par une espèce de respect malvenu à son égard, mais parce que tomber dessus serait désagréable et dangereux pour un randonneur ou un enfant des environs.
Les animaux s’en prendraient sûrement au cadavre. Les os seraient dispersés. À la fin de l’hiver, seuls les fourmis et les coléoptères s’intéresseraient un tant soit peu à ce qu’il en resterait. Le corps du sim pourrait aider à nourrir quelques colonies d’insectes au fond de l’humus et des troncs pourris de la forêt, ironie qui n’amusa guère Nerissa. Il y a de la grandeur dans cette manière d’envisager la vie. Eh bien non, pensa-t-elle. Pas vraiment.
« Il faut donc qu’on trouve Werner Beck », dit-elle à Ethan une fois de retour dans l’automobile. La neige tombait plus dru, transformant la route en une obscurité pâle et voilée. « J’imagine que tu sais où il est ?
— Dans le Missouri, d’après sa lettre. »
Celle qu’Ethan avait récupérée dans sa boîte en abandonnant la ferme. « Il avait autre chose d’utile à dire dedans ?
— Tu pourras la lire quand on trouvera où s’arrêter.
— Tout ce qu’a raconté le sim… Tu en penses quoi ? Tu en crois un seul mot ? »
Il haussa les épaules. « Il y avait peut-être du vrai. Du moins, tout ne m’a pas semblé invraisemblable. »
Nerissa se rappela une citation, quelque chose d’un philosophe grec appelé Xénophane. À l’époque, Ethan l’admirait de pouvoir ainsi ressortir des bribes de poésie et de prose de sa mémoire fourre-tout. Mais ce n’était pas un talent, plutôt une bizarrerie de la nature. Son propre petit tour de magie tape-à-l’œil. « Si même par hasard il lui arrivait de dire la parfaite vérité, il ne le saurait pas lui-même. Tout s’appuie sur l’apparence.
— Ouais, réagit Ethan. C’est à peu près ça. »
13
Campagne du Kansas
Cassie ne fut pas surprise par la facilité avec laquelle Leo réussit à voler une voiture. C’était un savoir-faire qu’il tenait de ses amis de Buffalo — pas ceux de la Society, les musiciens et petits malfaiteurs des quartiers est avec lesquels il traînait le week-end. C’était aussi à cause de ses fréquentations que Cassie ne l’avait jamais pris au sérieux et avait trouvé très superficielle cette fascination qu’il exerçait sur Beth. Mais à présent qu’elle était elle-même une criminelle, elle appréciait à leur juste valeur les compétences qu’il avait acquises.
La fête de l’Armistice avait attiré à Jordan Landing de nombreuses automobiles venues des fermes et routes rurales des environs, si bien qu’il n’y avait que l’embarras du choix. Leo attendit minuit passé avant de jeter son dévolu sur un modèle récent de Ford Equipoise blanc, un véhicule de taille moyenne assez répandu dans la région, garé sur le parking d’un motel à presque un kilomètre au nord sur la route principale. Sans doute le propriétaire dormait-il et n’irait-il porter plainte qu’au matin, ce qui leur donnait une avance convenable. Il cassa l’antenne radio de la voiture et s’en servit pour forcer la portière côté conducteur. Démarrer fut plus compliqué, mais la trousse à outils présente dans la boîte à gants — jauge de pression, pince fine, tournevis à embout interchangeable — lui permit d’y arriver. Par chance, aucune de ces activités n’attira l’attention. Dieu bénisse les paisibles petites villes de cette paisible contrée ainsi que leurs habitants honnêtes et sans méfiance, pensa Cassie.
À l’aube, ils étaient trois cent cinquante kilomètres plus à l’ouest et à seulement une heure de leur destination, un atelier de réparation automobile appelé Chez Dowd, sur une partie plate de l’autoroute du Kansas entre Salina et Great Bend.
Chez Dowd, réparations et pièces détachées automobiles, disait l’enseigne.