Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
— Non. Je reste avec lui.
— T’es bête ou quoi ? lâcha Mercurio. Tu veux être son petit clerc, c’est ça ? »
Sans lui répondre, Zolfo se tourna vers Benedetta : « Viens toi aussi.
— Je vais pas avec les curés, répliqua-t-elle d’un ton décidé.
— On combattra ensemble contre les Juifs et on vengera Ercole.
— Qu’est-ce que t’as donc dans la tête ? demanda Mercurio.
— Le frère Amadeo dit que je pourrai raconter mon histoire pour faire comprendre aux chrétiens que les Juifs sont un fléau pire que les sauterelles envoyées par Dieu à Pharaon, répondit Zolfo tout d’un trait. J’ai trouvé un père et un idéal.
— Mais comment tu parles ? dit Benedetta. Tu répètes tout ce que te dit ce moine…
— Laisse. C’est qu’un gamin idiot », l’interrompit Mercurio. Puis, à Zolfo, avec colère, le doigt pointé : « Nos pères n’ont même pas su qu’on était nés, et nos mères nous ont jetés à la rue en se foutant complètement de savoir si on serait vivants le lendemain matin. Si tu cherchais un père, t’avais qu’à rester avec Scavamorto.
— Tu peux parler, je m’en fiche », répondit Zolfo en croisant les bras sur sa poitrine. Puis il s’adressa à Benedetta : « Tu viens avec moi ? »
Benedetta le regarda. Ses yeux se remplirent de peine. « Ma mère m’a vendue à un prêtre, dit-elle doucement. C’était ma première fois. » Elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer. « Non, je ne viens pas. »
La confidence de Benedetta avait eu sur Mercurio l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Zolfo, lui, la regarda comme si cela ne le concernait pas. Mais Mercurio savait que c’était une manière de combattre la peur. « Viens avec nous », lui dit-il, en lui touchant le bras.
Zolfo s’écarta vivement. Sa voix était dure. « Non. Et je veux ma part des pièces. »
Benedetta regarda Mercurio, qui fit oui de la tête. Elle compta six pièces d’or et les posa sur la table. Zolfo referma aussitôt le poing sur elles.
Le frère Amadeo revint et perçut la tension dans l’air. Il posa la main sur l’épaule de Zolfo, comme on conforte un fanatisé. Les deux autres lui firent face. Zolfo ouvrit sa paume et montra les pièces au prédicateur, avec un regard de défi à Benedetta et Mercurio.
Le frère Amadeo ouvrit de grands yeux. « Avec cet argent, le Seigneur bénit notre sainte croisade.
— Au moins, Scavamorto t’aurait pris tes pièces sans jouer les hypocrites, couillon », siffla Mercurio. Il posa un quart de sol d’argent sur la table. « Ça, c’est pour Anna del Mercato. Fais en sorte que ça ne disparaisse pas dans tes poches, moine. » Il soutint le regard de frère Amadeo et, passant près de lui, se dirigea vers la porte. « Benedetta, on s’en va. »
Elle regarda Zolfo, sachant que, derrière ce masque dur, il n’était qu’un gamin. Mais elle secoua la tête, et sortit à son tour.
Anna del Mercato les vit partir alors qu’elle était dans son potager. C’était toujours comme ça : ils arrivaient le soir et s’en allaient au matin. Pourtant, ce garçon n’était pas comme les autres : il portait les vêtements de son mari. Son cœur se mit à battre plus fort. Elle leva sa sarclette, mais visa mal et fendit en deux un chou noir qui avait survécu au gel.
« Où on va ? », demanda Benedetta après qu’ils eurent marché quelque temps.
Mercurio était troublé par ce que Benedetta avait dit à Zolfo. Vendue à un prêtre. Pour chacun d’eux, la vie avait été horrible, mais il comprenait maintenant ce que Scavamorto avait voulu dire le dernier soir : être abandonné par sa mère pouvait parfois être une chance. Il ne répondit pas.
« Alors, où on va ? », demanda de nouveau Benedetta.
Mercurio la regarda. « Tu sais ce qu’Anna del Mercato m’a dit ce matin, quand je me suis réveillé ? Elle m’a demandé si j’avais un projet.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Elle dit qu’un être humain doit toujours avoir un projet, sinon c’est comme s’il ne vivait pas vraiment.
— Et elle, c’est quoi son projet ? demanda insolemment Benedetta.
— Son projet, c’était son mari. La voix de Mercurio se fit incertaine. Et maintenant il est mort. Elle dit qu’elle est un peu morte avec lui.
— Et qu’est-ce que ça peut nous faire ?
— Je sais pas… » Mercurio lança un coup de pied dans un caillou. « J’ai juste pensé que j’ai jamais eu de projet. En tout cas, je crois pas.
— C’est des idioties de vieille femme.
— Ouais… »
Ils marchèrent en silence. Mercurio lançait des coups de pied dans les cailloux. Benedetta rentrait les épaules, en frissonnant.
« Quel projet on a, nous, en ce moment ? », demanda-t-elle ensuite.
Mercurio la regarda. Mais c’était Giuditta qu’il voyait. « On va sur la grand-place. Il faut trouver un bateau pour Venise. »
La place du marché et des affaires était encore endormie, en cette heure très matinale. Mercurio s’adressa à un batelier qui répondit qu’en temps de guerre, les étrangers n’avaient pas le droit d’entrer à Venise. Ils restèrent un peu à flâner. Mercurio aperçut une boutique abritée par un grand auvent bleu. Les rares clients qui la fréquentaient avaient l’air triste. Intrigué, il s’approcha et vit que c’était un prêteur sur gage.
« C’est qui, l’usurier ? demanda-t-il à quelqu’un qui passait.
— Isaia Saraval », lui répondit-on.
Il regarda à l’intérieur de la boutique. Un grand costaud le dévisagea. Mercurio le salua mais l’autre, sans répondre, continua de le tenir à l’œil. Il comprit que c’était une sorte de garde. Puis, derrière un rideau damassé, apparut un homme dans la cinquantaine, le visage long et effilé, l’air aimable. Il portait une longue chaîne où pendait une loupe. Mercurio ressortit, en se disant qu’il avait dû s’en servir pour évaluer le collier d’Anna del Mercato.
« Et maintenant, on fait quoi ? », demanda Benedetta.
Mercurio repéra une auberge en face de la boutique et s’y dirigea. Benedetta y mangea comme quatre. Mercurio ne toucha pas à sa tête de cochon rôtie accompagnée de chou-fleur bouilli. Regardant vers la boutique du prêteur sur gage, il vit un garçon y entrer d’une manière louche, et dit à Benedetta : « Reste là ». Il alla attendre devant la boutique. Bientôt, l’énergumène qui veillait sur les avoirs d’Isaia Saraval renvoya le garçon. « La prochaine fois que tu reviens, mon patron te dénonce.
— Espèce de merde », marmonna l’autre en s’éloignant.
Mercurio s’approcha de lui. « Bonjour, l’ami. »
Le garçon le regardait d’un air soupçonneux.
« T’as voulu mettre en gage quelque chose qui t’appartenait pas, c’est ça ? demanda Mercurio.
— T’es qui, toi ? Tire-toi.
— Je suis comme toi, compère, dit Mercurio pour le rassurer. Et je cherche un bateau qui m’amènerait à Venise. Je peux payer. »
L’autre fut soudain très intéressé. « Fallait le dire tout de suite, l’ami. Combien tu peux payer ?
— On est deux, répondit Mercurio.
— Un sol d’argent chacun.
— Un sol d’argent pour deux.
— Bon, d’accord. » Le garçon, qui ressemblait un peu à un rat, tendit la main. « Donne-moi l’argent et on se retrouve demain matin au Canal Salso.
— Tu me prends pour un con ?
— Il faut que je trouve un bateau…
— Tu verras l’argent quand on sera à bord. Alors, tu veux conclure l’affaire ou pas ? »