Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
Le djinn était soumis à des secousses électroniques et poussait de petits rires aigus. « Aïe ! ça me chatouille ! Aïe ! ça suffit ! ». Je revins dans le corridor où flottait une odeur de poudre. Des feux de Bengale tournoyaient au plafond, des fusées partaient, laissant derrière elles des traînées de fumée colorée. Je croisai un double de Volodia Potchkine poussant un gigantesque incunable à fermoirs de cuivre, deux doubles de Roman Oïra-Oïra ployant sous le fardeau d’une poutre, puis Roman lui-même, chargé de dossiers bleu vif provenant des archives du service des Problèmes Ardus, puis un garçon de laboratoire du service du Sens de la Vie qui convoyait une troupe de spectres en habits de Croisés, furieux d’être menés chez Junta pour y subir un interrogatoire …
La législation du travail était sciemment violée, mais je n’avais plus du tout envie de m’opposer à ces infractions, parce que les hommes qui avaient bravé la tourmente pour venir ici à minuit, trouvaient beaucoup plus intéressant d’achever ou de reprendre une expérience que de s’abrutir d’alcool, se trémousser, jouer aux gages ou flirter. Les hommes qui étaient venus ici préféraient être ensemble que séparés, ils ne pouvaient supporter les dimanches, car ces jours-là ils s’ennuyaient. C’étaient des mages dont la devise était : « Le lundi commence le samedi ». Oui, ils connaissaient des formules magiques, ils savaient transformer l’eau en vin, et chacun d’entre eux n’aurait pas eu de difficultés à nourrir mille personnes avec cinq pains. Mais cela, c’était une façade, quelque chose d’extérieur. Ils étaient mages parce que leurs connaissances étaient si vastes que la quantité avait fini par devenir qualité et qu’ils avaient avec le monde des rapports autres que ceux des gens normaux. Ils travaillaient dans un institut qui étudiait le problème du bonheur humain et du sens de la vie, mais même parmi eux personne ne savait exactement ce qu’est le bonheur et quel est le sens de la vie. Ils avaient adopté cette hypothèse de travail que le bonheur est dans la recherche ininterrompue de la compréhension de l’inconnu, et le sens de la vie aussi. Tout homme est un mage en puissance mais il ne le devient réellement que lorsqu’il commence à penser un peu moins à lui et plus aux autres, lorsqu’il préfère travailler que se distraire au vieux sens du mot. Leur hypothèse de travail ne devait pas être loin de la vérité, parce que, de même que le travail a fait du singe un homme, de même l’absence de travail, dans des délais beaucoup plus brefs, fait de l’homme un singe et même pis.
Dans la vie, nous ne nous en apercevons pas toujours. Le parasite, l’oisif, le débauché, l’arriviste continuent à marcher sur leurs extrémités inférieures, à parler un langage articulé ( bien que le cercle de leurs sujets de conversation se rétrécisse énormément ). En ce qui concerne les pantalons étroits et le goût du jazz, d’après lesquels on a voulu à un moment déterminer le degré de primatomorphisme, on s’est aperçu assez rapidement qu’ils peuvent être le fait des plus grands magiciens.
A l’institut, il était impossible de dissimuler la plus petite régression. On nous offrait toutes les possibilités de devenir magicien, mais en revanche on était impitoyable pour les renégats. Il suffisait qu’un collaborateur se livrât ne fût-ce qu’une heure à des actes égoïstes et instinctifs ( et même à de simples pensées parfois ) pour qu’il s’aperçût avec effroi que le duvet de ses oreilles s’épaississait. C’était un avertissement. Ainsi le sifflet de l’agent nous avertit d’une amende possible, ainsi la douleur nous prévient-elle de la maladie. Après, tout dépend de l’individu. L’homme ne peut pas toujours dominer ses vilaines pensées, c’est en cela qu’il est un homme, degré intermédiaire entre l’homme de Néandertal et le mage. Mais il est libre d’agir en opposition avec ses pensées, et alors, il conserve ses chances. Il peut aussi céder, abandonner la partie ( « On ne vit qu’une fois », « Il faut tout essayer dans la vie », « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » ) et il ne lui reste plus qu’à quitter l’institut le plus vite possible. Dans le monde, il sera encore quelqu’un de convenable, gagnant mollement mais honnêtement l’argent de son salaire. Mais il est difficile de se décider à partir. A l’institut, l’atmosphère est cordiale, sympathique, le travail est honnête, propre, considéré, les salaires sont corrects et on n’a pas à rougir de ce qu’on fait. C’est pour cela qu’on voit traîner dans les corridors et les laboratoires des hommes qui ont les oreilles couvertes de poils durs et gris, qui ne savent plus s’exprimer de façon cohérente, qui s’abêtissent à vue d’œil sous les regards compatissants ou réprobateurs de leurs collègues. Ceux-là on peut encore les plaindre, essayer de les sauver, espérer leur rendre l’apparence humaine.
Mais il en est d’autres. Ils ont des yeux sans expression et savent à coup sûr de quel côté se trouve l’assiette au beurre. Ils sont même intelligents à leur manière et ont bien étudié la nature humaine. Calculateurs et sans principes ils connaissent toute la force des faiblesses humaines, ils savent utiliser le mal à leur profit et là, ils sont infatigables. Ils se rasent soigneusement les oreilles et inventent des produits capables de détruire le cuir chevelu. Ils parviennent à des résultats remarquables dans ce qui est leur grande affaire : édifier un avenir radieux dans un appartement ou dans un jardin isolés du reste du monde par des barbelés …
Je retournai dans le bureau du directeur, jetai les clefs inutiles dans un tiroir et lus quelques pages du grand ouvrage de J. P. Nevstrouev, Équations de magie mathématique. Ce livre se lisait comme un roman d’aventures, car il était bourré de problèmes énoncés et non résolus. J’avais très envie de travailler et je me préparais à abandonner mon poste pour rejoindre mon Aldan lorsque Modeste Matvéievitch téléphona.
Tout en mâchant bruyamment il me demanda d’un ton mécontent :
— Où étiez-vous, Privalov ? Cela fait trois fois que je vous téléphone, c’est inadmissible !
— Bonne année, Modeste Matvéievitch.
Je l’entendis déglutir puis dire d’une voix radoucie :
— Même chose pour vous. Et votre garde ?
— Je viens d’inspecter les locaux. Tout est normal.
— Il n’y a pas eu de combustion spontanée ?
— Absolument pas.
— Vous avez coupé le courant partout ?
— Briarée s’est foulé le doigt.
Il s’inquiéta.
— Briarée ? Attendez … Ah oui ! le numéro d’inventaire quatorze quatre vingt neuf … Pourquoi ?
Je lui expliquai.
— Qu’avez-vous fait ?
Je lui racontai.
— Vous avez bien fait. Continuez votre surveillance. C’est tout pour moi.
Tout de suite après, je reçus un coup de téléphone d’Edik Ampérian qui me demanda poliment de calculer les coefficients d’insouciance optimaux pour cadres supérieurs. J’acceptai et nous convînmes de nous retrouver dans deux heures à la salle d’électronique. Puis le double d’Oïra-Oïra entra et d’une voix incolore me demanda les clefs du coffre de Janus Polyeuctovitch. Je refusai. Il insista. Je le mis dehors.