Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
— La question a été réglée, dit Woermann. Le soldat sera puni. Et je puis vous assurer que cela ne se reproduira plus jamais.
— Je l’espère bien, répondit Cuza. Il est déjà difficile de trouver des renseignements dans ces livres quand les conditions sont optimales. Quant à travailler sous la menace… l’esprit s’y refuse.
— Il ferait mieux de ne pas refuser, Juif ! s’écria Kaempffer. Il ferait mieux de faire ce qu’on lui dit !
— Je ne parviens pas à me concentrer sur ces textes quand je suis obsédé par la sécurité de ma fille. Je pense que ce n’est pas très difficile à comprendre.
Woermann eut l’impression que le professeur cherchait un allié en lui.
— Je crains que cela ne soit inévitable, dit-il. Elle est l’unique femme de ce qui est essentiellement une base militaire. Cette situation ne me plaît pas non plus. Ce n’est pas la place d’une femme. A moins… à moins que nous ne l’installions à l’auberge. Elle pourrait emporter quelques livres et travailler seule avant de revenir confronter ses recherches avec celles de son père.
— C’est hors de question ! s’exclama Kaempffer. Elle demeurera ici pour que nous puissions la surveiller !
Il s’approcha de Cuza et dit plus calmement :
— Une seule chose m’intéresse : ce que vous avez découvert cette nuit pour que nous restions tous en vie.
— Je ne comprends pas…
— Personne n’est mort cette nuit, dit Woermann.
Il guetta une réaction sur le visage du vieil homme. La peau tendue ne frémit pas. Seuls les yeux révélèrent en s’agrandissant une certaine surprise.
— Magda ! appela-t-il. Viens ici !
La porte de l’autre pièce s’ouvrit et la fille apparut. Elle avait l’air très calme mais la main qu’elle posa sur le chambranle de la porte tremblait légèrement.
— Oui, Papa ?
— Il n’y a pas eu de victimes cette nuit ! dit Cuza. Ce doit être une des incantations que j’ai lues !
— Cette nuit ?
La fille ne put dissimuler son trouble : le souvenir de l’horreur qu’elle avait vécue… Mais elle se tourna vers son père qui hocha doucement la tête, et son visage s’illumina.
— Merveilleux ? Je me demande de quelle incantation il s’agit.
Des incantations, se dit Woermann. Lundi dernier, une telle conversation l’aurait fait rire. Mais aujourd’hui, il était prêt à écouter tout ce qui pouvait leur sauver la vie. Tout.
— Voyons donc cette incantation, dit Kaempffer, dont les yeux reflétaient un certain intérêt.
— Certainement, fit Cuza en saisissant un lourd volume. Voici le De Vermis Mysteriis de Ludwig Prinn. Il est rédigé en latin. J’espère que vous lisez le latin, major ?
Kaempffer ne répondit pas et se contenta de pincer les lèvres.
— Quel dommage, fit le professeur. Enfin, je vais traduire…
— J’espère que vous ne vous moquez pas de moi, Juif !
Cuza ne se laissa pas intimider, et Woermann éprouva pour lui une certaine admiration.
— La réponse se trouve ici ! s’écria-t-il en désignant les livres. Ce qui s’est passé cette nuit le prouve assez. Je ne sais toujours pas ce qui hante le donjon mais avec un peu de temps, un peu de calme et moins d’interventions, je suis certain de pouvoir découvrir la vérité. A présent, bonjour, messieurs.
Il chaussa ses lunettes et tira un livre vers lui. Woermann sourit devant la rage impuissante de Kaempffer, et il prit la parole avant que le major ne commît quelque bêtise.
— Je crois qu’il serait dans notre intérêt de laisser le professeur accomplir le travail pour lequel nous l’avons fait venir.
Kaempffer passa la porte. Woermann jeta un dernier coup d’œil sur le professeur et sa fille avant de l’imiter. Ces deux-là lui cachaient quelque chose. A propos du donjon ou de l’entité mystérieuse qui l’habitait, il n’aurait su le dire. D’ailleurs, cela n’avait pas grande importance. Du moment qu’il n’y avait plus de morts. Il ne savait même pas, en fait, s’il désirait connaître la vérité. Toutefois, il serait le premier à demander des comptes si la sinistre litanie des victimes devait un jour recommencer.
Le professeur Cuza repoussa le gros ouvrage dès que la porte se fut refermée. Il se frotta les doigts, l’un après l’autre, méthodiquement.
Le matin était le moment le plus pénible de la journée. Chaque partie de son corps le faisait souffrir. Les mains, tout spécialement. Ses phalanges étaient pareilles à des gonds rouillés. Toutes ses articulations refusaient de fonctionner pour effectuer le geste le plus simple. La douleur s’atténuait en fin de matinée, après qu’il eut absorbé deux doses d’aspirine ainsi que de la codéine – quand il parvenait à s’en procurer. Son corps n’était plus pour lui de la chair et du sang mais une horlogerie abandonnée sous la pluie qui aurait subi des dommages irréparables.
Et puis, il y avait cette sécheresse dans la bouche qui ne le quittait jamais. Les docteurs lui avaient expliqué qu’« il n’est pas rare que les malades atteints de sclérodermie observent une nette diminution du volume des sécrétions salivaires ». Cette observation clinique se traduisait chez lui par l’impression d’avoir une langue aussi sèche que du plâtre de Paris. Il avait toujours un peu d’eau à portée de la main et, s’il n’en buvait pas, sa voix devenait rocailleuse, presque inaudible.
Avaler des aliments lui était également pénible, comme si ses muscles refusaient de mâcher puis d’entraîner le bol alimentaire vers l’estomac.
Ce n’était pas une vie, et il avait plus d’une fois envisagé de mettre un terme à toute cette mascarade. Mais il n’avait jamais rien tenté. Peut-être parce qu’il manquait de courage ; peut-être aussi parce qu’il voulait faire face à toutes les épreuves qui l’attendaient encore.
— Tu vas bien, Papa ?
Magda se tenait près de la cheminée et frissonnait. Le froid n’en était pas à l’origine. Papa savait qu’elle avait été bouleversée par l’apparition et qu’elle n’avait pas dormi de la nuit. Lui non plus, d’ailleurs. Mais se faire ensuite agresser à moins de dix mètres de son appartement…
Des sauvages ! Il aurait donné n’importe quoi pour les voir tous morts – pas seulement ceux qui logeaient au donjon mais tous ces nazis infects qui grouillaient en Europe. Il aurait souhaité les exterminer avant qu’ils ne l’exterminent. Mais que pouvait-il faire ? Un vieillard infirme incapable de défendre sa propre fille – que pouvait-il faire ?
Rien. Il aurait voulu pleurer, hurler de rage, briser des objets, abattre les murailles à l’instar de Samson.
— Tout va bien, Magda, dit-il. Ce n’est ni pire ni mieux que d’habitude. Mais il y a une chose qui me chagrine. Ta place n’est pas ici. Ce n’est la place d’aucune femme.
— Je le sais, soupira-t-elle. Mais il n’y a pas moyen de partir sans leur permission.
— Que tu es dévouée, dit-il, alors qu’une bouffée d’amour pour elle montait en lui. Mais je ne parlais pas de nous. C’est de toi que je parlais. Je veux que tu quittes ce donjon dès qu’il fera nuit.
— Je ne suis pas très douée pour escalader les murs, dit-elle avec un pauvre sourire. Et je ne me vois pas en train de faire du charme à la sentinelle. D’ailleurs, je ne saurais pas comment m’y prendre.
— Rappelle-toi, la sortie de secours est située juste sous nos pieds.
— C’est vrai, fit-elle, j’avais oublié.
— Comment pourrais-tu l’oublier ? C’est toi-même qui l’as découverte !
Cela s’était passé au cours de leur dernière visite. Il réussissait encore à se déplacer seul, avec l’aide de deux cannes, toutefois. Il avait envoyé Magda dans la gorge pour qu’elle trouve une pierre angulaire ou peut-être même une simple roche portant une inscription… n’importe quoi qui aurait pu lui fournir des renseignements sur le bâtisseur de ce donjon. Magda n’avait trouvé aucune inscription, rien qu’une grande dalle de pierre posée contre le mur de la tour de guet ; elle s’était appuyée contre la dalle, qui avait pivoté pour révéler une série de marches menant vers le haut.