Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Le rouquin se tenait à la proue et regardait en direction des côtes. Le sardinier avait traversé l’étendue monotone de la mer Noire à un rythme régulier, bien trop lent toutefois pour son unique passager. Au moins, il ne s’était pas fait arrêter par les patrouilleurs roumains ou russes qu’il avait doublés. Cela aurait été catastrophique.
Devant lui s’étirait le delta complexe par lequel le Danube se jetait dans la mer Noire. Le littoral verdâtre et marécageux se caractérisait par d’innombrables petites baies. Accoster ne serait pas très difficile mais il perdrait beaucoup de temps à tenter de regagner les terres plus fermes de l’intérieur. Et le temps était compté !
Il fallait qu’il trouve une solution.
Il contempla le delta, puis la barre du bateau, puis à nouveau le delta. Le tirant d’eau du sardinier était assez faible, il pourrait sans dommage naviguer par trois ou quatre pieds d’eau, remonter une partie du delta à contre-courant et atteindre le Danube…
Il fouilla dans sa ceinture et en sortit deux pièces mexicaines de cinquante pesos. Leur poids total devait avoisiner les soixante-dix grammes d’or. Il les montra au Turc et, s’adressant à lui dans sa propre langue, dit :
— Kiamil ! Deux autres pièces si tu me fais remonter le courant !
Le pêcheur regarda les pièces sans dire un mot. Il avait déjà suffisamment d’or dans la poche pour devenir l’homme le plus riche du village. Du moins pendant quelque temps. Car rien ne dure éternellement, et il lui faudrait ensuite repartir hisser les filets. Deux pièces de plus n’étaient pas à négliger.
Le rouquin observa Kiamil qui, mentalement, effectuait des calculs. Il y avait beaucoup à gagner, mais les risques n’étaient pas absents : il faudrait voyager de jour, longer la rive au plus près et, surtout, s’aventurer dans des eaux roumaines avec une embarcation immatriculée en Turquie.
C’était de la folie. Au cas où, par miracle, ils rejoindraient sains et saufs le port de Galatzi, comment ferait-il pour redescendre le fleuve ? Il serait intercepté, emprisonné. Le rouquin parviendrait toujours à se tirer d’affaire. Mais lui, Kiamil, y perdrait son bateau et peut-être même la vie.
Le jeu n’en valait pas la chandelle. Kiamil repoussa les pièces.
— Cela ne fait rien, dit le rouquin. Restons-en à notre accord d’origine. Débarque-moi n’importe où.
Le vieux Turc soupira de soulagement quand le rouquin rangea les pièces dans sa ceinture. La vue de tout cet or risquait de lui faire perdre la tête.
Le rouquin jeta sur son épaule la couverture dans laquelle était enfermé tout son bien et prit sous son bras la longue caisse de bois. Kiamil renversa le moteur quand la proue fut assez proche du rivage, et le rouquin sauta à terre.
Il se retourna pour dire adieu au Turc qui, déjà, faisait marche arrière.
— Kiamil ! cria-t-il. Tiens, attrape !
Il lui lança les deux pièces mexicaines, qu’une vieille main calleuse s’empressa d’attraper au vol.
Les oreilles pleines de bénédictions bruyantes au nom de Mahomet et de tout ce qu’il y avait de sacré dans l’Islam, le rouquin fit demi-tour et s’enfonça dans les marais. Il allait devoir affronter des nuées d’insectes, des serpents venimeux, des sables mouvants. Puis les hommes de la Garde de Fer. Mais rien ne pourrait l’arrêter ; il serait ralenti dans sa progression, tout au plus. Car ces dangers n’étaient rien en comparaison de ce qu’il savait trouver à une demi-journée de cheval en direction de l’ouest, au col de Dinu.
XVII
Debout près de la fenêtre, Woermann regardait les hommes dans la cour. Hier encore, ils étaient mélangés, uniformes noirs et uniformes gris. Aujourd’hui, une ligne invisible séparait les membres des einsatzkommandos des soldats de l’armée régulière.
Hier, ils avaient un ennemi commun, un être qui tuait sans se soucier de la couleur de l’uniforme. Mais l’ennemi n’avait pas frappé cette nuit, et ils se comportaient aujourd’hui en vainqueurs revendiquant chacun pour soi la responsabilité de la victoire. Cette rivalité était des plus naturelles. Les einsatzkommandos se considéraient comme des soldats d’élite capables de réagir en toute circonstance. Les hommes de l’armée régulière se prenaient pour les seuls véritables combattants ; bien sûr, ils redoutaient ce que représentait l’uniforme noir des SS, mais ils ne voyaient dans les einsatzkommandos rien de plus que des policiers supérieurs à la moyenne.
Les premières failles dans l’unité s’étaient manifestées au petit déjeuner. Tout avait été normal jusqu’à ce que Magda fît son apparition. Il y avait eu quelques plaisanteries, un peu de bousculade pour s’approcher d’elle tandis qu’elle remplissait deux assiettes, une pour son père et l’autre pour elle-même. On ne pouvait même pas parler d’incident, mais le groupe s’était divisé. Les SS avaient affirmé avoir la priorité sur elle puisqu’elle était juive ; les hommes de l’armée régulière ne reconnaissaient aucune priorité à qui que ce fût. Cette fille était splendide, et le fichu ou les vêtements trop grands ne pouvaient dissimuler ses charmes. Sa féminité se lisait sur ses lèvres, sur la douceur de sa gorge, le grain de sa peau, dans l’éclat de ses yeux.
A midi, les rivalités se ranimèrent de plus belle quand elle réapparut. Deux hommes s’empoignèrent et roulèrent à terre, et Woermann demanda au sergent Oster d’intervenir avant que les choses ne s’enveniment trop. Mais Magda était déjà partie.
Peu après le déjeuner, elle avait demandé après lui. Son père avait besoin d’un crucifix dans le cadre de ses recherches. Pourrait-il lui en prêter un ? C’était une chose possible – il lui donna une petite croix d’argent appartenant à l’une des victimes.
Et maintenant, les hommes qui n’étaient pas de service bavardaient dans la cour tandis que les autres s’affairaient à démanteler la partie arrière du donjon. Woermann se demandait comment il pourrait éviter un nouvel affrontement à l’heure du dîner. L’idéal serait peut-être de faire porter un plateau au professeur et à sa fille. Moins on la verrait et mieux ce serait…
Son regard fut attiré par la silhouette de Magda qui, hésitante tout d’abord, puis avec plus d’assurance, se dirigeait vers la cave, un seau à la main. Les hommes la regardèrent, immobiles, puis accoururent de tous les coins de la cour.
Quand elle ressortit de la cave, ils l’attendaient, regroupés en un demi-cercle compact. Il y eut des remous, des cris, des sifflets. Magda les ignora et tenta de reprendre le chemin de la tour de guet. Un des einsatzkommandos lui barra la route, mais, aussitôt, un soldat en uniforme gris le repoussa et s’empara du seau pour faire preuve de galanterie. Le SS voulut l’en déposséder et ne réussit qu’à en renverser le contenu sur le pantalon et les bottes du soldat de l’armée régulière.
Des rires fusèrent parmi les uniformes noirs, et le visage du soldat régulier devint cramoisi. Woermann devinait ce qui allait se passer mais il ne pouvait intervenir du troisième étage de la tour. Il vit le soldat en gris jeter le seau à la tête du SS. Il s’élança alors dans l’escalier, dont il dévala les marches à toute allure.
Au rez-de-chaussée, il eut tout juste le temps d’entrevoir Magda regagner ses appartements. Une véritable émeute avait éclaté dans la cour. Il dut tirer en l’air à deux reprises et menacer d’abattre ceux qui continueraient à se battre pour que les hommes retrouvent leur sang-froid.
Décidément, cette fille devait s’en aller.
Quand le calme fut revenu, Woermann confia ses hommes au sergent Oster et se rendit tout droit au premier étage de la tour. Il allait profiter de ce que Kaempffer était auprès des einsatzkommandos pour ordonner à la fille de quitter le donjon. Il fallait lui faire franchir la chaussée et la conduire à l’auberge avant que Kaempffer ne se doutât de quelque chose.