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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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— Regarde ce qu’ils t’ont fait ! dit-elle, virulente, en voyant la peau se bleuir.

— Ça à déjà été pire, fit Papa.

— Je le sais bien, mais tout ceci aurait pu ne jamais avoir eu lieu. Qu’est-ce qu’ils essayent de nous faire ?

— De qui parles-tu ?

— Des nazis ! Ils s’amusent avec nous, nous leur servons de sujet d’expérience ! Je ne sais pas au juste ce qui vient de se produire… c’était très réaliste, mais ce n’était pas réel ! Ils nous ont hypnotisés, drogués, ils ont éteint la lumière…

— Tout ceci était bien réel, Magda, dit Papa d’une voix douce.

Et cela confirmait ce qu’elle savait au plus profond d’elle-même, ce qu’elle aurait tant aimé l’entendre nier.

Le sang afflua subitement dans les doigts du vieillard, qui émit un sifflement de douleur. Puis la chair se réveilla, et la brûlure devint insupportable.

Papa s’efforça pourtant d’achever ce qu’il voulait lui dire.

— Je lui ai parlé en slavon… je lui ai dit que nous n’étions pas ses ennemis… qu’il devait nous laisser tranquilles… et il est parti.

Il grimaça de douleur puis tourna vers Magda des yeux d’un éclat inhabituel. D’une voix basse, rauque, il poursuivit :

— C’est lui. Magda. Je le sais. C’est lui !

Magda ne répondit pas. Elle aussi savait.

XV

LE DONJON
Mercredi 30 avril
6 heures 22

Le capitaine Woermann avait tenté de veiller toute la nuit mais sans y parvenir. Il s’était installé auprès de la fenêtre surplombant la cour, le Luger serré contre sa poitrine, bien qu’il doutât qu’un.9 mm pût quelque chose contre celui qui hantait le donjon. Trop de nuits sans sommeil et pas suffisamment de petites siestes avaient finalement eu raison de lui.

Il se réveilla en sursaut, ne sachant plus où il était. Il se crut un instant à Rathenow : dans la cuisine, Helga, sa femme, préparait des œufs et des saucisses, tandis que ses fils étaient partis traire les vaches. Mais ce n’était qu’un rêve.

Il bondit de la chaise quand il constata que le ciel était clair. La nuit s’était écoulée, et il était encore vivant. Une fois de plus, la mort l’avait épargné. Mais son bonheur ne fut que de courte durée, car il comprit aussitôt que quelqu’un d’autre avait péri. Il savait qu’un cadavre ensanglanté gisait dans un recoin du donjon.

Il rangea son Luger et traversa la pièce pour sortir sur le palier. Tout était calme. Il descendit l’escalier en se frottant les yeux. Comme il arrivait au niveau inférieur, la porte de l’appartement des Juifs s’ouvrit.

Magda apparut mais ne le vit pas. Elle portait un pot de métal. Perdue dans ses pensées, elle gagna la cour et tourna à droite en direction de l’escalier menant aux caves. Elle paraissait savoir parfaitement bien où elle allait : cela le troubla, puis il se souvint qu’elle était déjà venue à de nombreuses reprises au donjon. Elle avait connaissance des citernes et savait qu’elle pourrait y trouver de l’eau fraîche.

Woermann sortit dans la cour pour la regarder. Ce spectacle avait quelque chose de féerique : une femme marchant parmi les brumes de l’aube au milieu de murailles de pierre incrustées de croix de métal. Un rêve. Elle semblait très belle sous ses vêtements épais. Ses hanches ondulaient naturellement, et cela ne pouvait que le bouleverser. Son visage était joli – ses yeux bruns, surtout. Si au moins elle avait défait ses cheveux au lieu de les retenir sous un fichu, elle aurait été splendide.

Il s’apprêtait à la suivre à la cave pour s’assurer qu’elle ne cherchait pas autre chose que de l’eau, quand le sergent Oster arriva en courant.

— Mon capitaine ! Mon capitaine !

Woermann soupira et s’apprêta à entendre les tristes nouvelles.

— Qui avons-nous perdu ?

— Personne, mon capitaine ! dit Oster en brandissant une feuille de papier. J’ai fait l’appel, tout le monde est là !

Woermann ne céda pas à la joie – il avait été trop éprouvé au cours de la semaine précédente – mais il laissa toutefois une petite place à l’espoir.

— Vous en êtes sûr ? Absolument sûr ?

— Oui, mon capitaine. A l’exception du major et des deux Juifs.

Woermann se tourna vers l’arrière du château, où se trouvaient les appartements de Kaempffer. Était-ce lui qui…

— J’ai gardé les officiers pour la fin, dit Oster, comme pour s’excuser.

Woermann hocha la tête. Eric Kaempffer avait-il été victime… Ç’aurait été trop beau. Woermann n’aurait jamais cru possible de haïr à ce point un être humain…

Il traversa la cour pour se diriger vers l’arrière du donjon. Kaempffer mort, il redeviendrait le maître incontesté des lieux, qu’il s’empresserait de quitter avant midi ; les hommes des einsatzkommandos auraient le choix de demeurer au donjon ou de le suivre, ce qu’ils feraient très certainement.

Bien sûr, Kaempffer pouvait être toujours en vie ; ce serait pour lui une grande déception, mais la situation ne serait pas entièrement négative : pour la première fois depuis leur arrivée, une nuit se serait écoulée sans voir la mort d’un soldat allemand. Et cela, c’était capital. Pour le moral des hommes. Pour le sien, aussi.

Oster courut derrière Woermann.

— Vous croyez que les Juifs sont responsables ?

— De quoi ?

— De ce qu’il n’y ait pas eu de mort cette nuit.

Woermann fit halte, leva les yeux vers la fenêtre de Kaempffer. Oster était visiblement persuadé que Kaempffer était toujours vivant.

— Pourquoi dites-vous cela, sergent ? Qu’auraient-ils pu faire ?

— Je n’en sais rien, dit Oster en fronçant les sourcils. Mais les hommes le croient, les miens, tout au moins – je veux dire, les nôtres. Après tout, nous avons perdu quelqu’un chaque nuit sauf la nuit dernière. Et les Juifs sont arrivés hier soir. Peut-être ont-ils découvert quelque chose dans les livres…

— Peut-être.

Il pénétra dans la partie arrière du donjon et s’engagea dans l’escalier.

Curieux, mais assez improbable. Le vieux Juif et sa fille ne pourraient avoir trouvé de solution aussi facilement. Le vieux Juif… voilà qu’il se mettait à parler comme Kaempffer ! Quelle misère !

Essoufflé, Woermann arriva devant la porte de Kaempffer. Trop de saucisses, se dit-il en se tenant le ventre, trop de siestes aussi. Il tendit la main vers le loquet quand la porte s’ouvrit brusquement sur le major.

— Ah, Klaus ! dit-il d’un ton bourru. J’avais cru entendre du bruit.

Kaempffer ajusta la courroie de cuir noir de son étui à revolver.

— Je suis content de voir que vous êtes en pleine forme, dit Woermann.

Étonné de cette sincérité évidente, Kaempffer se tourna vers lui puis vers Oster.

— Eh bien, sergent, de qui s’agit-il, cette fois-ci ?

— Pardon ?

— Oui, qui est mort cette nuit ? C’est l’un des miens ou des vôtres ? Je veux que le Juif et sa fille soient conduits jusqu’au cadavre et qu’ils…

— Personne n’est mort cette nuit, trancha Oster.

Kaempffer leva les sourcils de surprise.

— C’est bien vrai ? Personne n’est mort ?

— Si le sergent le dit…

— Alors, nous avons réussi !

— Nous ? Mais dites-moi, mon cher, qu’avons-nous fait, au juste ?

— Eh bien, nous avons passé une nuit sans mort ! Je vous avais dit que nous en viendrions finalement à bout !

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