Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Elle avait insisté pour explorer la base de la tour, dans l’espoir d’y découvrir quelque vieux document. Mais elle ne vit rien de plus qu’un escalier en colimaçon qui semblait muré à l’extrémité supérieure. Muré ? Non – l’escalier débouchait sur une niche située à l’intérieur même de la muraille qui séparait les deux chambres. Là, Magda trouva une autre pierre qui pivotait aisément et permettait donc d’entrer ou de sortir secrètement des appartements de la tour.
Cuza n’avait accordé aucune importance à cet escalier – après tout, chaque château, chaque donjon possédait son passage secret. Mais il y voyait aujourd’hui un moyen pour Magda de recouvrer la liberté.
— Je veux que tu empruntes l’escalier dès qu’il fera nuit et que tu marches dans la gorge en direction de l’est. Quand tu auras atteint le Danube, tu le suivras jusqu’à la mer Noire. Après quoi, tu te rendras en Turquie et…
— Sans toi ?
— Bien entendu !
— Abandonne cette idée, Papa ! Je resterai avec toi !
— Magda, tu dois obéir, c’est un ordre que te donne ton père !
— Non ! Je ne te quitterai jamais ! Je ne pourrais plus me regarder dans un miroir si je faisais une chose pareille !
Il appréciait les sentiments qu’elle éprouvait à son égard mais cela n’atténua en rien sa frustration. Il n’obtiendrait rien d’elle par l’autorité. Il décida alors de se montrer plus suppliant. Cette méthode offrait toujours d’excellents résultats. Au fil des années, par l’ordre ou par la prière, il avait toujours réussi à la faire céder. Il se reprochait parfois cette attitude dominatrice mais, après tout, elle était sa fille et lui, son père. De plus, il avait besoin d’elle. Mais aujourd’hui, le temps était venu de lui donner sa liberté pour qu’elle sauve sa vie.
— Je t’en prie, Magda, accorde cette faveur à un vieil homme qui mourra en paix s’il sait que tu as pu échapper aux Nazis.
— Et moi, je saurai que tu es resté parmi eux ? Jamais !
— Écoute-moi ! Tu pourras emporter le Al Azif avec toi. C’est un lourd volume, je le sais, mais tu trouveras bien un pays où tu pourras le vendre à un bon prix.
— Non, Papa ! dit-elle avec une détermination qu’il ne lui connaissait pas.
Elle se retira dans l’autre pièce et tira la porte derrière elle.
Je l’ai trop bien élevée, se dit-il. Je l’ai tenue si près de moi qu’elle ne peut plus me quitter, fût-ce au prix même de sa vie. Est-ce pour cela qu’elle ne s’est jamais mariée ? Est-ce ma faute ?
Cuza se frotta les yeux de ses mains gantées de coton et évoqua les années passées. Magda était depuis sa puberté l’objet de l’intérêt des hommes, et elle ne laissait personne indifférent. Elle se serait probablement mariée et aurait eu beaucoup d’enfants – et lui-même aurait été grand-père – si sa mère n’était morte subitement onze ans plus tôt. Magda n’était âgée que de vingt ans à l’époque mais elle avait changé du tout au tout pour assurer son rôle d’infirmière, de secrétaire, d’associée. Bientôt, les hommes la trouvèrent trop distante.
Mais il y avait des problèmes plus urgents à régler. L’avenir de Magda était des plus limités si elle ne se résignait pas à quitter le donjon. En outre, il y avait l’apparition à laquelle ils avaient été confrontés la nuit précédente. Cuza était certain qu’elle reviendrait à la tombée du jour et ne voulait pas que Magda vécût ce moment. Il avait décelé dans ses yeux une volonté qui lui avait tordu le cœur ainsi qu’une poigne de glace, une faim indicible… non, Magda devrait être loin lorsque la nuit tomberait.
Plus que toute autre chose, il désirait rester seul pour attendre son retour. Ce serait l’apogée de sa vie – rencontrer un mythe, une créature dont on se servait depuis des siècles pour effrayer les enfants. Sans parler des adultes. Prouver enfin son existence ! Il se devait de parler à nouveau à cette chose… de la forcer à lui répondre, pour savoir enfin, de tous les mythes qui l’entouraient, lesquels étaient vrais et lesquels étaient faux.
Son cœur bondissait dans sa poitrine à la seule pensée de cette confrontation. Étrangement, il ne se sentait pas menacé par cette créature. Il connaissait sa langue et avait même réussi à communiquer avec elle la nuit dernière. Elle l’avait compris et ne leur avait pas fait de mal. Il entrevoyait la possibilité de créer une sorte de terrain d’entente spirituel. En tout cas, il ne souhaitait nullement l’empêcher d’agir ou l’anéantir – le professeur Theodor Cuza ne pouvait être l’ennemi de tout ce qui contribuerait à décimer l’armée allemande.
Il contempla la table en désordre, certain de ne rien trouver de menaçant dans ces livres tant décriés. Il comprenait à présent pourquoi on avait cherché à les détruire : ces ouvrages étaient de véritables abominations. Mais ils lui étaient fort précieux dans le petit jeu qu’il jouait avec les officiers allemands. Il devait demeurer au donjon tant qu’il n’aurait pas tout appris de l’être qui y vivait. Ensuite, les Allemands pourraient faire de lui ce qu’ils voudraient.
Mais Magda… Magda devait être en sécurité. Et puisqu’elle ne voulait pas partir d’elle-même, peut-être pourrait-il la faire chasser ? Le capitaine Woermann allait être fort utile. Il ne semblait pas particulièrement heureux de voir une femme errer parmi ses hommes. Oui, si Woermann pouvait être provoqué…
Cuza se méprisait déjà de ce qu’il allait faire.
— Magda ! appela-t-il. Magda !
Elle ouvrit la porte et passa la tête.
— J’espère que ce n’est pas pour me demander à nouveau de quitter le donjon parce que je ne…
— Non, pas le donjon, la chambre seulement. J’ai faim, et les Allemands nous ont dit que nous pourrions prendre à manger aux cuisines.
— Ils n’ont rien apporté ?
— Non, et je suis sûr qu’ils ne le feront pas. Il faut que tu ailles chercher quelque chose.
— Comment, tu veux que je traverse la cour après ce qui vient d’arriver ?
— Je suis certain que cela ne se reproduira plus…
Il détestait lui mentir mais il ne pouvait agir autrement.
— Les hommes ont reçu des consignes de leurs officiers. Et puis, tu ne seras pas dans une pièce sombre mais à l’air libre.
— Oui, mais leur façon de me regarder…
— Nous devons manger.
Sa fille le contempla longuement puis elle hocha la tête.
— Tu as raison.
Magda boutonna sa veste de laine jusqu’au dernier bouton puis elle traversa la pièce sans rien ajouter.
Cuza la regarda passer. Elle était courageuse, et elle mettait en lui toute sa confiance… une confiance qu’il était en train de trahir. Il savait ce qu’elle allait trouver au-dehors et pourtant, il l’y avait envoyée. Pour chercher à manger.
Lui qui n’avait jamais eu aussi peu faim.
XVI
La terre était à nouveau en vue, après seize interminables heures de frustration, longues chacune comme des jours sans fin.