Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Les soldats échangèrent un regard. Un voyageur sans papiers n’avait aucun droit – ils pouvaient donc en user avec lui comme bon leur semblait.
— Pas de papiers ? répéta le moustachu en commençant de donner des coups de crosse dans l’estomac du rouquin. Dans ce cas, comment pouvons-nous savoir que tu n’apportes pas des armes aux partisans réfugiés dans les collines ?
Le rouquin ne répliqua pas et feignit la souffrance ; se montrer stoïque aurait eu pour conséquence de déchaîner la colère de son interlocuteur.
— Fouille-le ! dit alors le moustachu à son compagnon.
Ses mains glissèrent sur le corps de l’étranger puis ses gestes se firent plus nerveux quand il sentit la ceinture. Il lui ouvrit la chemise et défit la ceinture. La vue des pièces d’or galvanisa le courage des membres de la Garde de Fer.
— Où as-tu volé cela ? demanda le moustachu en frappant de nouveau le rouquin.
— C’est à moi. C’est tout mon bien. Mais vous pouvez le garder. Laissez-moi passer, c’est tout ce que je vous demande.
Le rouquin pensait vraiment ce qu’il disait : l’or ne lui servait plus à rien désormais.
— Ne t’en fais pas, nous allons le garder. Mais montre-nous d’abord ce que tu caches là-dedans, dit le moustachu en désignant la longue boîte.
— N’y touchez pas ! s’écria le rouquin, pour qui la comédie avait assez duré.
Il y avait quelque chose de menaçant dans sa voix, et les deux soldats se figèrent. Le moustachu parla à voix basse, frémissant de rage, puis il éclata :
— Tu ne vas pas…
Mais le rouquin s’était jeté sur lui et emparé de son arme. Il n’eut pas le temps de réagir. La crosse du fusil s’écrasa contre sa mâchoire puis contre sa gorge. L’autre voulut intervenir mais le rouquin fut là aussi plus prompt : retournant son arme, il enfonça la baïonnette dans la poitrine du jeune homme qui s’effondra à terre.
Le moustachu était encore vivant mais son larynx brisé bloquait la respiration. Les yeux exorbités, les mains crispées sur son cou, il s’écroula sur le cadavre de son compagnon.
Le rouquin n’éprouvait rien, ni regret ni triomphe, comme lorsqu’il avait tué Carlos, le batelier. Il ne voyait pas en quoi le monde serait appauvri par la disparition de deux membres de la Garde de Fer. Il savait aussi que ce serait lui qui serait couché à présent à terre, blessé ou mort, s’il avait attendu un peu plus longtemps pour passer à l’action.
Le rouquin boucla sa ceinture et dissimula les cadavres ainsi que les armes dans les rochers. Puis il reprit le chemin du donjon.
Magda arpentait la petite chambre éclairée à la bougie et se frottait sans cesse les mains. De la fenêtre de l’auberge, elle apercevait le donjon. Il faisait déjà nuit, et les nuages sombres venus du sud occultaient complètement la lune.
Elle redoutait l’obscurité… et la solitude. Bien sûr, Lidia, la femme de Iuliu, n’était pas très loin, mais elle ne pourrait rien pour elle si la créature du donjon décidait de franchir la gorge pour l’attaquer.
Iuliu s’était montré très aimable, voire obséquieux, ce qui l’étonnait un peu. Il avait toujours été courtois mais il semblait maintenant la couver littéralement.
Magda pouvait voir la fenêtre éclairée du premier étage de la tour. Papa s’y trouvait seul. Elle lui en avait terriblement voulu quand elle s’était rendu compte de la façon dont elle avait été manipulée. Mais les heures s’écoulaient, et la colère cédait la place à l’inquiétude. Comment ferait-il pour se défendre tout seul ?
Elle s’appuya contre la fenêtre et observa les quatre murs de plâtre de la chambre. La pièce était assez réduite et le mobilier sommaire : un petit placard, une coiffeuse avec un miroir, un tabouret et un grand lit moelleux. Sa mandoline était posée sur le lit, et elle n’y avait pas touché depuis son arrivée. De même qu’elle n’avait pas ouvert les Cultes des Goules. Elle n’avait emporté ce livre que pour donner le change aux Allemands et n’avait nullement l’intention de l’étudier.
Elle eut envie de sortir quelques instants. Elle éteignit deux des bougies et laissa la troisième allumée. Elle ne voulait pas que la chambre fût totalement plongée dans l’obscurité. Elle ne pourrait plus jamais rester dans le noir après l’étrange rencontre de la nuit dernière.
Un escalier de bois poli la conduisit au premier étage. Elle y trouva l’aubergiste adossé à un pilier, l’air pitoyable.
— Ça ne va pas, Iuliu ?
Il sursauta, la regarda un instant dans les yeux, puis se prostra à nouveau.
— Votre père… il va bien ?
— Pour l’instant, oui. Pourquoi ?
Il se couvrit les yeux et laissa échapper un flot de paroles :
— C’est ma faute si vous êtes ici. Je suis un misérable… Mais ils voulaient tout savoir sur le donjon et, moi, je ne pouvais répondre à leurs questions. Alors, j’ai pensé au professeur qui connaît tant de choses. Je ne savais pas qu’il était si malade et je ne croyais pas qu’ils vous auraient fait venir avec lui. Mais j’ai dû céder ! Ils m’ont frappé…
Magda sentit la colère monter en elle : Iuliu n’avait pas le droit de parler de Papa aux Allemands ! Puis elle reconnut que, dans des circonstances semblables, elle n’aurait pas agi autrement. Du moins, elle comprenait à présent pourquoi on avait fait venir Papa au donjon, et pourquoi l’aubergiste se montrait si révérencieux.
— Vous me haïssez, n’est-ce pas ? dit-il, le regard suppliant.
Magda s’avança vers lui et posa la main sur son épaule.
— Non, vous n’avez pas voulu nous nuire.
— J’espère que tout se passera bien pour vous.
— Je l’espère aussi.
Lentement, elle suivit le chemin qui menait à la gorge. Les cailloux crissaient sous ses pas. Il était minuit et il faisait froid. Le brouillard s’était levé et enveloppait le donjon. La lumière provenant de la cour rendait l’air phosphorescent, et le donjon ressemblait à quelque paquebot de luxe dérivant sur un océan de brume.
Et la peur s’insinua en elle.
La nuit dernière… Elle revit les yeux dans le noir, elle sentit la poigne glacée sur son bras. Elle effleura de ses doigts la tache grisâtre qu’elle y avait laissée. Non, ce n’était pas un rêve. C’était un cauchemar devenu réalité. Une créature qu’elle avait toujours cru née de l’imagination des hommes était en fait bien réelle, et elle rôdait dans ce donjon de pierre. Ce donjon où Papa demeurait seul. Et elle savait qu’il l’attendait. Papa espérait que l’être lui rendrait à nouveau visite, et elle ne serait pas à ses côtés pour l’aider. Ils avaient été épargnés la nuit dernière mais une telle chance pouvait-elle se reproduire ?
Et puis, si la créature désirait subitement traverser la gorge et s’en prendre à elle ? Jamais elle ne pourrait supporter une nouvelle entrevue !
Tout cela était irréel, se dit-elle dans un sursaut. Les morts vivants n’existaient pas !
Et pourtant…
Un bruit de sabots interrompit le cours de ses pensées. Elle tourna la tête et vit vaguement un cheval et son cavalier galoper vers la chaussée menant au donjon. Au tout dernier instant, l’homme arrêta sa monture. Malgré la pénombre, Magda remarqua une longue boîte attachée aux flancs du cheval. Puis le cavalier mit pied à terre.
Sans savoir exactement pourquoi, elle se dissimula derrière des broussailles et observa l’homme qui regardait le donjon. Les événements des derniers jours l’avaient rendue méfiante envers tous ceux qu’elle ne connaissait pas.
Grand et musclé, il ne portait pas de coiffure et ses cheveux roux flottaient au vent. Sa respiration était rapide mais il n’était pas essoufflé. Elle le vit suivre du regard les sentinelles du donjon, comme s’il les comptait. Son attitude tout entière était celle d’un homme tendu, frustré, voire étonné.