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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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— Puisque vous le dites… Mais je voudrais savoir quelque chose : qu’est-ce qui a produit l’effet désiré ? Ou plus exactement, qu’est-ce qui nous a protégés la nuit dernière ? Je veux le savoir avec certitude pour que cela se reproduise la nuit prochaine.

La satisfaction de Kaempffer disparut aussi vite qu’elle avait surgi.

— Allons voir ce Juif, fit-il, en bousculant presque Oster pour passer en premier dans l’escalier.

Au moment où ils pénétraient dans la cour, Woermann crut entendre une voix de femme provenant de la cave. Il ne saisit pas les mots mais la détresse de la femme était évidente. Et ce furent bientôt des cris de colère et de terreur.

Il courut jusqu’à l’entrée de la cave. La fille du professeur – il se souvint alors qu’elle s’appelait Magda – était coincée dans l’angle formé par les marches et le mur. Son tricot était déchiré, ainsi que son chemisier et son soutien-gorge, dévoilant ainsi le globe blanc d’un sein. Un homme des einsatzkommandos s’écrasait sur elle en dépit des coups de poing furieux dont elle le bombardait.

Woermann hésita un instant puis se précipita dans l’escalier. L’homme était tellement fasciné par la poitrine de Magda qu’il n’entendit pas Woermann arriver. Les dents serrées, il frappa de toutes ses forces le soldat au flanc gauche. Taper sur un de ces salauds lui faisait du bien, et il dut se retenir pour ne pas le rouer de coups.

Le SS émit un grognement de douleur et s’apprêta à riposter quand il se rendit compte qu’il était en présence d’un officier. Un instant, il se demanda s’il allait baisser les bras ou non.

Woermann aurait aimé que le soldat répliquât. Il avait déjà la main sur son Luger. Jamais auparavant, il ne se serait cru capable d’avoir envie de tuer un autre soldat allemand, mais quelque chose en lui le poussait à abattre cet homme et de détruire à travers lui tout ce qu’il reprochait à la Patrie, à l’armée, à sa carrière personnelle.

Mais le soldat ne bougea pas, et Woermann se sentit soulagé.

Que lui était-il donc arrivé ? Il n’avait jamais haï. Bien sûr, il avait tué des hommes à la guerre, mais il ne les avait jamais haïs. C’était une impression étrange, comme si quelque étranger s’était introduit chez lui sans qu’il pût trouver un moyen de le jeter dehors.

Le soldat remit de l’ordre dans son uniforme. Woermann se tourna vers Magda. Elle referma son chemisier puis se leva calmement. Tout à coup, elle envoya une formidable gifle à son agresseur, au point de le déséquilibrer.

Elle lui cracha en plein visage toute une bordée de mots roumains que Woermann ne comprit pas mais que l’expression de haine de ses yeux expliquait parfaitement. Puis elle passa devant Woermann, ramassa le pot à eau et s’en alla.

Woermann dut faire appel à toute sa réserve de Prussien pour ne pas l’applaudir. Il regarda le soldat qui, visiblement, ne savait s’il devait s’élancer derrière la fille ou se plier à la hiérarchie.

La fille… pourquoi lui donnait-il donc ce qualificatif ? Elle devait avoir une douzaine d’années de moins que lui mais elle avait certainement dix ans de plus que son fils Kurt – Kurt qui était déjà un homme. Peut-être parce qu’il émanait d’elle une certaine fraîcheur, une certaine innocence – une qualité très précieuse qu’il se devait de préserver, de protéger.

— Comment vous appelez-vous, soldat ?

— Leeb, mon capitaine. Einsatzkommandos.

— Vous avez l’habitude de vous livrer au viol quand vous êtes en service ?

Pas de réponse.

— Est-ce que ce que je viens de voir fait partie intégrante de votre mission ?

— C’est une Juive, mon capitaine.

Le ton de l’homme impliquait que cela suffisait à justifier toute action.

— Vous ne m’avez pas répondu, soldat ! fit Woermann, qui se sentait sur le point d’exploser. Est-ce que cette tentative de viol fait partie de vos attributions ?

— Non, mon capitaine.

Woermann arracha le Schmeisser du soldat Leeb.

— Vous êtes consigné dans votre chambrée, soldat…

— Je vous en prie !

Woermann remarqua que cette supplique ne s’adressait pas à lui mais à quelqu’un d’autre qui se trouvait derrière lui. Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s’agissait, et préféra achever sa phrase.

— Pour avoir déserté votre poste. Le sergent Oster décidera d’une action disciplinaire. A moins, ajouta-t-il au bout d’une seconde, que le major envisage une punition particulière.

Kaempffer avait légalement le droit d’intervenir puisque les deux officiers appartenaient à des services différents ; Kaempffer était de plus ici sur ordre du Commandement Suprême, dont dépendaient en fin de compte toutes les forces armées. Il était de plus supérieur en grade à Woermann. Mais Kaempffer se sentait pris au piège : excuser le soldat Leeb reviendrait à accepter qu’un homme du rang déserte son poste. Aucun officier ne pouvait l’admettre. Kaempffer était coincé, et Woermann le savait.

— Emmenez-le, sergent, dit sèchement Kaempffer. Je m’occuperai de lui plus tard.

Woermann jeta le Schmeisser à Oster, qui escorta Leeb en haut de l’escalier.

— A l’avenir, dit Kaempffer d’un ton acide quand le sergent et le simple soldat furent hors de portée de voix, vous voudrez bien ne pas donner d’ordres ou infliger de punitions à mes hommes. Ils ne sont pas placés sous votre commandement mais sous le mien !

Woermann franchit quelques marches puis, quand il fut à hauteur de Kaempffer :

— Dans ce cas, gardez-les en laisse !

Le major pâlit, surpris d’un tel éclat.

— Écoutez, monsieur l’officier SS, poursuivit Woermann qui laissait enfin éclater sa colère et son dégoût, et écoutez-moi bien. Je ne sais comment faire pour être bien compris. J’aurais voulu vous raisonner mais je pense que cela ne vous atteindrait pas. Je vais donc faire appel à votre instinct de conservation, puisque nous savons tous deux de quoi il s’agit. Dites-vous bien une chose : personne n’est mort cette nuit. Et la seule différence entre cette nuit et les nuits précédentes, c’est l’arrivée des deux Juifs de Bucarest. Il faut donc qu’il y ait un rapport entre les deux événements. C’est pour cela que je vous demande de tenir éloignées vos bêtes sauvages !

Il ne prit pas la peine d’attendre la réponse de Kaempffer et se dirigea vers la tour de guet. Au bout de quelques pas, il entendit que Kaempffer le suivait. Il s’arrêta devant la porte de la suite du premier étage, frappa et entra immédiatement. La politesse était une chose, mais il voulait ne pas se départir de son image de marque aux yeux des deux civils.

Le professeur ne leva même pas les yeux vers les deux officiers. Seul, il buvait dans une petite timbale en étain, assis devant la table chargée de livres. Woermann se demanda s’il avait bougé de toute la nuit. Son regard se porta sur les livres mais s’en détourna très rapidement : l’extrait qu’il avait parcouru la veille lui revint en mémoire… il y était décrit des préparatifs pour un sacrifice en l’honneur d’une divinité dont le nom était un enchaînement de consonnes tout à fait imprononçable. Il frissonna rétrospectivement. Comment pouvait-on lire de telles choses sans en tomber malade ?

Il jeta un coup d’œil circulaire. La fille était absente – elle se trouvait probablement dans la chambre. Cette pièce semblait plus petite que la sienne, deux étages plus haut – mais peut-être n’était-ce qu’une impression causée par l’accumulation de livres et de bagages.

— Ce qui s’est passé ce matin, est-ce là un exemple de ce que nous devrons affronter toutes les fois que nous voudrons boire un peu d’eau ? dit sèchement le vieillard impassible. Ma fille doit-elle se faire agresser dès qu’elle quitte cette pièce ?

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