Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Woermann était le remède à son angoisse. Il était également officier et il n’y avait rien de plus normal à ce qu’ils se tiennent mutuellement compagnie. Kaempffer prit avec résolution le chemin de la tour mais, au bout de quelques pas, il s’arrêta brutalement. Woermann ne le laisserait jamais franchir sa porte ; quant à lui offrir un verre de schnaps… Woermann méprisait le Parti, la SS, et tous ceux qui s’y trouvaient associés. Son attitude était incompréhensible : Woermann était un pur Aryen, qui n’avait rien à craindre des SS. Dans ce cas, pourquoi les méprisait-il tant ?
Kaempffer fit demi-tour et regagna l’arrière du donjon. Tout rapprochement avec Woermann était impossible. Cet homme était trop borné pour accepter la réalité de l’Ordre Nouveau. Il convenait donc de s’en tenir le plus éloigné possible.
Et pourtant… Kaempffer redoutait la solitude. Mais il n’y avait personne.
Lentement, craintivement, il monta vers ses appartements en se demandant quelle nouvelle horreur allait l’y attendre.
Le feu dispensait plus que de la chaleur à la pièce : il lui apportait une lumière bien supérieure à celle que pouvait diffuser l’ampoule unique sous son abat-jour conique. Magda avait étendu un sac de couchage près du feu mais son père ne semblait pas s’y intéresser. Elle ne l’avait pas vu aussi pétillant depuis des années. Mois après mois, la maladie avait sapé ses forces et les heures de sommeil avaient pris l’avantage sur l’éveil.
Ce soir, c’était un autre homme, qui dévorait avec impatience les textes disposés devant lui. Magda savait que cela ne pourrait durer. Il n’avait aucune réserve d’énergie.
Magda hésita pourtant à lui suggérer de se reposer. Lui qui avait récemment perdu tout intérêt dans l’existence était maintenant animé d’une vie nouvelle. Elle le vit poser le De Vermis Mysteriis, enlever ses lunettes et se frotter les yeux d’une main gantée de coton. L’instant était peut-être venu de lui conseiller de cesser ses lectures.
— Pourquoi ne leur as-tu pas parlé de ta théorie ? demanda-t-elle.
— Hein ? fit-il en levant la tête. Laquelle ?
— Tu leur as dit que tu ne croyais pas aux vampires, mais ce n’est pas tout à fait exact, n’est-ce pas ? A moins que tu n’aies finalement renoncé à tout jamais à cette idée.
— Non, je crois toujours qu’il a pu exister un véritable vampire dont se sont inspirées toutes les légendes roumaines. Il y a des indices historiques mais pas de véritable preuve, ce qui m’a interdit de publier un livre à ce sujet. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi de n’en pas parler aux Allemands.
— Pourquoi ? Ce ne sont pas des spécialistes.
— Exact, mais ils pensent pour l’instant que je suis un vieux savant qui peut leur être utile. Si je leur parlais de ma théorie, ils ne verraient plus en moi qu’un vieux Juif radoteur et inutile. Et je ne connais personne dont l’espérance de vie soit plus minime que celle d’un vieux Juif inutile. N’ai-je pas raison ?
Magda hocha la tête, bien que la conversation ne s’engageât pas comme elle le souhaitait.
— Mais cette théorie… Crois-tu que ce donjon a abrité…
— Un vampire ? dit Papa avec un petit geste. Qui donc pourrait dire ce qu’est au juste un vampire ? Il y a eu tant de légendes à ce sujet qu’on ne sait plus où commence la réalité et où finit le mythe. D’un autre côté, il y a eu tellement d’histoires de vampires en Moldavie et en Transylvanie que quelque chose les a forcément engendrées. Toute légende possède en son cœur une parcelle de vérité.
Ses yeux brillaient et il s’arrêta un instant, pensif.
— Je n’ai pas à te dire qu’il se passe ici des choses anormales. Ces livres sont là pour prouver que cette bâtisse a quelque rapport avec le mal. Et cette inscription sur le mur… est-ce l’œuvre d’un dément ou la preuve que nous avons affaire à un de ces moroi, un de ces morts vivants ? Voilà ce qu’il nous faut découvrir.
— Mais toi, qu’en penses-tu ? le pressa-t-elle, frissonnante à l’idée que les morts-vivants pussent vraiment exister.
Elle n’avait jamais cru à leurs légendes, ils n’étaient pour elle qu’une sorte de jeu intellectuel. Mais aujourd’hui…
— Je ne peux rien te dire pour l’instant. Mais j’ai le sentiment que la réponse n’est pas loin. Ce n’est pas rationnel et pourtant… non, ce n’est pas une chose que je puisse expliquer. Mais l’impression est là. Et toi aussi, tu l’éprouves, j’en suis persuadé.
Magda hocha la tête en silence.
Papa se frotta à nouveau les yeux.
— Je n’arrive plus à lire, Magda.
— Dans ce cas, je vais t’aider à te coucher.
— Pas encore. Je suis trop las pour dormir. Joue-moi plutôt quelque chose.
— Papa…
— Je sais que tu as emporté ta mandoline.
— Papa, tu sais quel effet ma musique a sur toi.
— Je t’en prie…
Elle lui sourit, bien incapable de lui refuser quoi que ce soit.
Elle tira sa mandoline d’une valise. Elle l’avait emportée par réflexe : la musique tenait un rôle capital dans sa vie, surtout depuis que Papa avait été chassé de l’Université. Elle donnait maintenant des leçons de piano ou de mandoline à de jeunes enfants.
Elle prit place près de la cheminée et vérifia l’accord des cordes. Puis elle se lança dans une mélodie compliquée, une histoire d’amour tragique typiquement tzigane. Le second couplet terminé, elle leva les yeux vers son père.
Appuyé au dossier du fauteuil, les yeux clos, il serrait dans ses mains gantées un violon imaginaire. Ses doigts écrasaient les cordes et sa main droite faisait courir l’archet. Il avait été un bon violoniste, et ils avaient souvent joué en duo. Mais c’était avant que ses mains ne se déforment.
Et, bien que ses joues fussent sèches, Papa pleurait.
— Oh, Papa, si j’avais su… je n’aurais pas dû jouer cette chanson…
Magda était furieuse contre elle-même. Au lieu de choisir une mélodie pour mandoline seule, elle avait interprété un air qui rappelait à son père que jouer lui était désormais interdit.
Elle voulut se lever pour lui prendre la main mais n’en fit rien. La pièce ne semblait plus aussi bien éclairée.
— Ne t’en fais pas, Magda… se souvenir de l’époque où l’on jouait, cela vaut toujours mieux que ne jamais avoir joué. Et puis, j’entends toujours le son de mon violon… dans ma tête. Joue encore, je t’en prie.
Mais Magda ne bougea pas. Elle sentait un froid glacial envahir la pièce. La lumière diminuait.
Papa ouvrit les yeux et découvrit son visage.
— Magda, que se passe-t-il ?
— Le feu s’éteint !
Les flammes ne diminuaient pas d’intensité à cause d’une trop grande quantité de cendres ou d’un manque de bois ; elles semblaient rentrer dans les bûches, tout simplement. Leur éclat déclinait, mais il en allait de même pour l’ampoule unique suspendue au plafond. La pièce plongea progressivement dans l’obscurité – une obscurité qui était plus qu’une simple absence de lumière. C’était quelque chose de physique, presque de tangible, qu’accompagnaient un froid pénétrant et une odeur âcre, une pestilence évoquant irrésistiblement les malédictions et les tombes béantes.
— Que se passe-t-il ?
— Il arrive ! Magda, reste auprès de moi !
Elle se blottit tout contre son père et serra dans sa main les doigts déformés du vieillard.
— Qu’allons-nous faire ? dit-elle à voix basse, sans même savoir pourquoi elle chuchotait.
— Je ne sais pas.