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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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Il ne prit pas la peine de frapper à la porte.

— Fräulein Cuza !

Le professeur était installé devant la table ; sa fille n’était pas visible.

— Que lui voulez-vous ?

— Fräulein Cuza ! cria-t-il à nouveau, sans daigner répondre à la question qui lui était posée.

— Oui ? fit-elle, anxieuse, sur le pas de la porte.

— Je veux que vous fassiez vos bagages pour partir immédiatement à l’auberge. Vous avez deux minutes, pas une seconde de plus.

— Mais je ne peux pas abandonner mon père !

Il ne céderait pas et espérait que son visage ne le trahirait pas. L’idée de séparer le père de la fille ne lui plaisait pas – il était clair que le professeur avait besoin de soins et que sa fille lui était toute dévouée – mais ses hommes passaient en premier et l’influence qu’exerçait Magda sur eux était particulièrement néfaste. Le père demeurerait au donjon et la fille irait habiter à l’auberge. Discuter ne servait à rien.

Woermann la vit adresser un regard suppliant à son père mais le vieil homme ne bougea pas. Elle retourna alors dans sa chambre.

— Il ne vous reste plus qu’une minute et demie, dit Woermann.

— Une minute et demie pour quoi faire ? dit une voix derrière lui.

Woermann fit face au SS.

— Mon cher major, j’étais justement en train de dire à Fräulein Cuza de faire ses bagages pour partir à l’auberge.

Kaempffer ouvrit la bouche pour répondre mais le professeur l’en empêcha :

— Je vous l’interdis ! Je ne permettrai pas que l’on m’enlève ma fille !

Kaempffer se tourna vers le professeur, aussi surpris de cette rébellion que Woermann.

— Vous interdisez quoi, vieux Juif ? Il faudrait peut-être que vous compreniez enfin que vous n’avez rien à interdire ! Rien !

Le vieil homme courba la tête, résigné.

Satisfait du résultat produit par son éclat, Kaempffer s’adressa à Woermann :

— Veillez à ce qu’elle parte sur-le-champ ! Elle nous a déjà causé trop d’ennuis !

Stupéfait, Woermann vit le major quitter la pièce aussi vivement qu’il y était entré. Le professeur avait relevé la tête et ne semblait plus vouloir se soumettre.

— Pourquoi n’avez-vous pas protesté avant l’arrivée du major ? lui demanda Woermann. J’ai eu l’impression que vous vouliez faire partir votre fille.

— Peut-être, mais j’ai changé d’avis.

— C’est ce que j’ai vu. Et vous l’avez fait de la manière la plus provocante qui soit. Est-ce que vous manipulez toujours les gens ?

— Mon cher capitaine, dit Cuza avec infiniment de sérieux, personne ne s’occupe d’un infirme. Les gens voient le corps dévasté par l’accident ou la maladie, et ils en déduisent automatiquement que l’esprit qui l’habite est tout aussi infirme. « Il ne peut pas marcher, il ne peut donc rien avoir d’intelligent à nous communiquer. » Un infirme tel que moi apprend bien vite à faire naître dans l’esprit des hommes une idée à laquelle il a déjà pensé mais aussi à leur faire croire qu’ils en sont à l’origine. Ce n’est pas de la manipulation mais de la persuasion.

Magda sortit de la chambre, une valise à la main, et Woermann comprit qu’elle aussi avait été manipulée — « persuadée » — par le professeur. Il comprenait à présent le sens des innombrables déplacements de Magda à la cave ou dans la cour. Mais il ne s’en formalisa pas outre mesure puisqu’il s’était toujours opposé à la présence d’une femme au donjon.

— Vous serez libre de vos mouvements à l’auberge, dit-il. Je suis certain que vous comprendrez que toute tentative de fuite de votre part aurait des conséquences fâcheuses pour votre père. Je fais confiance à la dévotion que vous lui portez, et à votre honneur.

Le père et la fille échangèrent un regard.

— Ne craignez rien, capitaine, je n’ai pas l’intention de l’abandonner.

Il vit le professeur serrer les poings de rage.

— Tu devrais emporter ce livre avec toi, dit Cuza, qui tendit à sa fille le gros volume intitulé Al Azif. Étudie-le ce soir, nous en discuterons demain.

— Tu sais bien que je ne comprends pas l’arabe, dit-elle avec un sourire ironique. Je préfère celui-ci.

Elle prit sur la table un livre de petite taille, puis elle se pencha vers son père pour l’embrasser sur le front. Elle regarda ensuite Woermann dans les yeux.

— Prenez soin de mon père, capitaine. Je n’ai que lui.

Machinalement, sans réfléchir à ce qu’il disait, Woermann répliqua :

— Ne craignez rien, je m’occuperai de tout.

Il se maudit intérieurement. Il n’aurait jamais dû dire une chose pareille. Cela allait à l’encontre de toute son éducation prussienne. Mais il y avait quelque chose dans ses yeux qui le poussait à faire ce qu’elle voulait. Il n’avait pas de fille mais, s’il en avait eu une, il aurait aimé qu’elle se conduisît avec lui comme Magda avec son père.

Non… il n’avait rien à redouter d’elle, elle ne s’enfuirait pas. Mais le professeur était un malin qu’il faudrait avoir à l’œil…

Le rouquin menait sa monture dans les collines proches de l’entrée sud du défilé de Dinu. Dans sa hâte, il ne remarquait même pas que le paysage verdoyait. Le soleil déclinait et les roches devenaient plus hautes, plus arides aussi. Le chemin qu’il empruntait ne devait pas mesurer plus de quatre mètres de large. Après cet étranglement, il trouverait le défilé de Dinu. Le trajet serait alors des plus aisés, même dans le noir. Il connaissait bien la route.

Il se réjouissait déjà d’avoir évité les nombreuses patrouilles circulant dans la région quand il vit deux soldats armés de fusils à baïonnette. Il fit faire halte à sa monture tout en réfléchissant à la façon dont il les aborderait. Ne voulant pas d’histoires, il décida de jouer les humbles.

— Où vas-tu si vite, chevrier ?

Le plus âgé des deux avait pris la parole. Il avait un visage grêlé, une épaisse moustache. Le plus jeune se mit à rire au mot « chevrier », comme si ce terme sous-entendait quelque chose de dépréciatif.

— Je me rends à mon village. Mon père est malade. Je vous en prie, laissez-moi passer.

— Chaque chose en son temps. Où vas-tu, au juste ?

— A côté du donjon.

— Le donjon ? Je n’en ai jamais entendu parler. Où se dresse-t-il ?

Cela répondait au moins à l’une des questions que se posait le rouquin. Ces hommes auraient eu connaissance du donjon s’il avait été impliqué dans quelque action militaire.

— Pourquoi m’arrêtez-vous ? demanda-t-il, faussement étonné. Ça ne va pas ?

— Les gens comme toi n’ont pas le droit d’interroger les membres de la Garde de Fer, dit le moustachu. Mets pied à terre, qu’on te voie de plus près.

Ainsi donc, ils n’appartenaient pas à l’armée mais à la Garde de Fer. Se rendre au donjon serait plus difficile qu’il ne l’avait prévu. Le rouquin descendit de cheval et garda le silence pendant que les hommes l’observaient.

— Tu n’es pas d’ici, lui dit le moustachu. Fais-moi voir tes papiers.

C’était ce que le rouquin avait le plus redouté pendant tout son périple.

— Je ne les ai pas sur moi, monsieur, dit-il avec une politesse extrême. Je suis parti si précipitamment que je les ai oubliés. Je peux aller les chercher si vous le désirez.

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