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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Qu’est-ce qui se passe ici ?

Michael se tenait sur le seuil de la serre, le visage durci par la colère. Kelly se sentit arrachée à l’emprise de Jena par des forces invisibles. Un instant plus tard, les bras protecteurs de Michael se refermaient sur elle. Elle secoua la tête pour retrouver ses esprits.

— Rien, Michael, dit Jena. Kelly s’est sentie mal et je lui disais de s’appuyer sur moi. C’était quand même un joli petit numéro de télékinésie possessive.

— Économise ta salive, Jena. (Michael observa Kelly qui paraissait désorientée.) Nous partons.

La portant à moitié, il emmena la jeune fille hors de la pièce. Jena les suivit jusqu’à la porte.

— Désolée que vous ne puissiez rester. On était juste sur le point de lancer quelques petits jeux de société ; strip mental et jeu de la vérité. Je suis sûre que Kelly aurait adoré. (Jena lança au garçon un regard appuyé.) À un de ces quatre.

Michael s’éloigna rapidement, entraînant Kelly. Il lui sembla entendre mugir dans son dos les vents glacés de la saison des mutants.

Jena regarda les feux arrière du glisseur disparaître au coin de la rue. Elle était déçue et ravie à la fois. Elle avait à peine eu le temps de jeter un regard dans le cerveau de Kelly, mais ce qu’elle y avait appris s’était révélé instructif. Kelly et Michael avaient eu des relations intimes. Très intimes. Et les parents de Michael n’en savaient rien. Pas encore.

— C’est toi qui as dit à Michael de partir ? demanda Vala dont les pieds flottaient pratiquement à hauteur d’yeux.

— Mais non, idiote, répondit Jena. (Elle s’éloigna de la fenêtre avec un sourire forcé qui cachait sa frustration.) Pourquoi aurais-je fait ça ?

— Ben, parce qu’il a amené cette normale. Qu’est-ce qui lui a pris ?

— Il l’aime, répondit Jena. (Sa voix était perçante, elle-même pouvait l’entendre. Contrôle-toi, ma fille. Tu as tout le temps pour régler cette affaire.) Quelle hôtesse irait dire à un invité de partir simplement parce que sa petite amie détonne dans le décor ?

Vala eut un sourire retors.

— C’est aussi bien qu’il soit parti, s’il doit fréquenter une normale.

Jena n’eut pas besoin de faire le tour de la pièce pour savoir que toutes les têtes approuvaient cette réflexion.

9

— Je suis désolé, mademoiselle Ryton. Nous n’avons rien pour vous.

Le pâle visage incrusté sur l’écran la contemplait d’un regard inexpressif. La plaque sur le bureau indiquait pourtant bien PAUL EDWARDS, CONSEILLER EN PLACEMENT. Mélanie le dévisagea, se refusant à le croire.

— Mais j’ai rempli une demande d’emploi, dit-elle. Vous m’avez envoyé un courrier me disant que j’avais le poste. Vous voyez ? fit-elle en tenant l’imprimé devant l’appareil.

Le pâle M. Edwards examina la lettre.

— Il doit s’agir d’une erreur.

— Une erreur ? Quelle erreur ?

— À l’évidence, nous nous sommes engagés abusivement. Vous êtes le troisième demandeur d’emploi que j’ai dû éconduire aujourd’hui.

Je l’aurais parié, pensa Mélanie. Est-ce qu’ils avaient eux aussi les yeux dorés ? Elle chiffonna la lettre. Et tout haut, elle déclara :

— Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? J’ai dépensé tout mon argent pour venir ici.

Le visage blême resta impassible.

— Je suis désolé. Je vous suggère de téléphoner à votre famille afin qu’ils vous envoient un billet de retour. À présent, si vous voulez bien m’excuser…

L’écran devint noir. Mélanie se mordit la lèvre et rassembla ses affaires. Le tailleur de fil rose qu’elle avait revêtu pour la circonstance la grattait. Le poste aurait-il été encore vacant si elle s’était présentée avec des lentilles de contact pour cacher ses yeux ? La discrimination manifeste était un délit puni par la loi. Oui, mais un boulot qui s’évaporait dans la nature suite à une erreur d’écritures, ce n’était pas de la discrimination, n’est-ce pas ?

Elle sortit de la cabine d’entretien et traversa le vaste bureau, désert à l’exception d’un réceptionniste, le seul être humain en chair et en os que Mélanie eût rencontré dans cette agence pour l’emploi. Elle quitta le sanctuaire climatisé, franchit les portes de verre coulissantes et se retrouva dans la pleine chaleur de midi, celle de Washington à la fin mai. Les feuilles des érables, le long des trottoirs, étaient immobiles, le parfum des roses passées saturait l’air. Quelques passants marchaient lentement le long de l’immeuble, tels des somnambules, écrasés par la chaleur. Mélanie enleva sa veste.

Qu’allait-elle faire maintenant ? Rentrer chez elle ? Pas question. C’était s’avouer vaincue. Elle était venue aujourd’hui dans cette ville et elle y resterait. Elle montrerait aux autres qu’elle pouvait se débrouiller toute seule. Vaincue, frustrée, elle refoula son envie d’éclater en sanglots. Apercevant une cabine à l’angle de la rue, elle utilisa quelques-unes des précieuses plaques de crédit qui lui restaient pour se procurer la liste des offres d’emploi. Il y avait certainement un boulot pour elle à Washington.

Michael regarda Kelly traverser la chambre en quête d’un joint. Elle était nue. D’ordinaire, il ne se lassait pas d’admirer le spectacle de ce corps délié en mouvement ; mais ce soir-là, il était contrarié.

— Pourquoi faut-il que tu t’absentes deux mois durant ? fit-il avec humeur.

— Mon père a loué un chalet au lac Louise pour juillet-août, répondit Kelly en portant un joint à ses lèvres.

Il refusa de la tête celui qu’elle lui proposait.

— J’ignorais que tu étais du genre campagne.

Elle sourit.

— Je ne le suis pas, encore que j’apprécierais volontiers un peu plus de fraîcheur.

— N’y va pas.

— Il le faut. Franchement, Michael, ce n’est que pour deux mois. À t’entendre, on dirait que c’est pour toujours.

— Ton père essaie de nous séparer.

Michael se leva et se mit à arpenter la chambre.

— Tu es parano. C’est moi qui devrais être inquiète, après la rencontre avec ta « charmante » cousine.

— Jena ? (L’espace d’un instant, Michael se rappela le parfum musqué de la jeune fille, la chaleur de sa main sur son bras. Furieux, il chassa ce souvenir.) Ne sois pas ridicule. Et puis, je te l’avais dit, on n’aurait pas dû aller à cette soirée. Je persiste à penser qu’elle a tenté sur toi un viol mental.

— Ne fais pas dans le mélodrame, rétorqua Kelly en se réinstallant contre les oreillers. J’ai eu simplement un vertige, c’est tout. D’ailleurs, tu as dit qu’elle faisait de la télékinésie.

— C’est ce que je croyais.

— Toujours est-il que, ça ou autre chose, je me méfie. Elle est trop gentille. Et elle s’intéresse trop à toi.

— C’est l’effet de clan, objecta Michael. Ne t’inquiète pas. Le sentiment n’est absolument pas réciproque.

Kelly sourit à nouveau.

— Très bien. J’aurai au moins satisfait ma curiosité à propos des soirées entre mutants, et ce, pour un bon bout de temps. Peut-être pour toujours.

— Mais tu vas quand même au lac Louise ?

— Oui. (Elle ôta le joint de ses lèvres et sa main toucha le corps du garçon.) Maintenant, donne-moi une raison pour avoir envie de revenir.

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