La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Si j’ignorais de quoi il s’agissait, Jonas, pour sa part, était manifestement au courant. Il hurla quelques mots que je ne compris pas, et fouetta la croupe de mon destrier de l’extrémité de ses rênes. L’animal bondit en avant, manquant de peu me jeter à terre, et je me retrouvai tout de suite lancé au triple galop. Je me souviens que nous passâmes comme une fusée entre deux arbres rapprochés au point qu’il ne restait pas même un empan de libre de chaque côté, et d’avoir aperçu la chose se détacher sur le fond du ciel, aussi noire qu’un morceau de suie ; l’instant d’après, elle passait dans un bizarre crépitement entre les branches, derrière nous.
Nous la perdîmes de vue, lorsque, quittant la lisière du bois, nous nous enfonçâmes dans une ravine asséchée qui se trouvait au-delà. Mais, après avoir atteint le fond et entrepris l’escalade de la paroi opposée, elle émergea d’entre les arbres, plus déchiquetée que jamais.
Elle parut, le temps de réciter une prière, ne plus savoir où nous nous étions réfugiés, car elle s’éleva dans le ciel dans une direction qui n’était pas la nôtre – pour cependant plonger à nouveau vers nous en faisant un long vol plané à la trajectoire tendue. J’avais déjà dégainé Terminus Est, et je dirigeai Noir-de-jais à force de rênes entre Jonas et la chose volante.
Si véloces qu’aient été nos destriers, elle était encore plus rapide. Si j’avais possédé une lame pointue, je suppose que j’aurais essayé de l’embrocher d’un coup d’estoc, comme un poulet – et je serais très certainement mort. Au lieu de cela, je lançai un coup de taille à deux mains. J’eus l’impression de fendre de l’air, et crus tout d’abord que la chose était à la fois trop légère et trop résistante pour le tranchant pourtant parfaitement effilé de Terminus Est. Cependant, au bout d’un instant, elle se déchira en deux comme un vieux chiffon ; j’éprouvai une brève sensation de chaleur, comme si l’on avait brusquement ouvert et refermé en silence la porte d’un four.
Spontanément, j’aurais sauté de cheval pour aller l’examiner, mais Jonas criait en faisant de grands gestes. La haute futaie de la forêt de Saltus était maintenant loin derrière nous, et nous abordions une région de collines pentues et de cèdres aux troncs tordus ; un bosquet de ces arbres avait poussé sur le sommet vers lequel nous nous dirigions. Nous nous jetâmes comme des fous dans l’entrelacs de leurs branches, couchés sur l’encolure de nos montures.
Le sous-bois devint bientôt tellement épais qu’elles durent ralentir l’allure et avancer au pas. Et puis soudain, nous nous trouvâmes au pied d’une paroi abrupte et forcés de nous arrêter. N’étant plus assourdi par le fracas des branches brisées sur notre passage, je pus entendre une sorte de froufrou sec, un peu comme si un oiseau blessé était en train de se débattre dans les rameaux les plus élevés des arbres. J’avais les poumons oppressés par les parfums balsamiques des cèdres.
« Il faut sortir de ce trou, me lança Jonas, haletant. Ou au moins, continuer à nous déplacer. » L’arête d’une branche cassée lui avait entaillé la joue, et le sang se mit à couler tandis qu’il parlait. Après avoir jeté un coup d’œil dans les deux directions, il choisit d’aller sur la droite, c’est-à-dire vers le fleuve, et fouetta sa monture pour l’obliger à s’enfoncer dans ce qui avait tout l’air de taillis impénétrables.
Je lui laissai m’ouvrir le chemin, me disant que si la chose noire retrouvait notre piste, je serais mieux à même de nous défendre tous deux. Je ne tardai d’ailleurs pas à l’apercevoir au travers du feuillage d’un vert grisâtre. Quelques instants plus tard, elle était rejointe par l’une de ses congénères, d’apparence presque identique, qui se mit à la suivre à quelque distance.
Nous sortîmes à nouveau du bois et, fouettant nos montures, pûmes reprendre le galop. Les fragments bruissants de ténèbres nous poursuivaient toujours, mais si leur petite taille les faisait paraître plus rapides, ils avançaient en réalité moins vite que l’entité lorsqu’elle était dans son intégrité.
« Il faut absolument trouver un feu », cria Jonas, réussissant à couvrir le bruit des sabots de nos destriers. « Ou encore un gros animal que nous tuerons. Cela marcherait sans doute si tu ouvrais le ventre de l’une de nos bêtes ; mais en cas d’échec, nous ne pourrions plus nous enfuir. »
D’un signe de tête, je lui fis comprendre que j’étais d’accord pour ne pas sacrifier l’un de nos destriers, en dépit de l’idée qui m’était venue – à savoir que le mien n’allait peut-être pas tarder à s’écrouler d’épuisement. Jonas fut d’ailleurs obligé de faire ralentir le sien pour ne pas me distancer. Je lui demandai : « Est-ce du sang, que veulent ces bestioles ?
— Non. De la chaleur. »
Jonas lança son destrier sur la droite, lui frappant le flanc de sa main de métal. Le coup avait dû porter, car l’animal bondit comme piqué par un taon. Nous sautâmes un lit de rivière asséché, puis, descendîmes en glissant et en dérapant une colline poussiéreuse, avant de tomber sur une étendue plus dégagée au sol uni, où les destriers purent donner toute leur mesure.
Les lambeaux de ténèbres continuaient à froufrouter derrière nous. Ils volaient à une hauteur double de celle d’un arbre moyen et paraissaient portés par le vent. Cependant, on pouvait voir à l’inclinaison des herbes qu’ils avançaient en réalité contre lui.
Devant nous le sol changea aussi subtilement et nettement qu’un vêtement à l’endroit d’une couture, exhibant un ruban sinueux et verdoyant aussi plat que s’il avait été passé au rouleau. J’y lançai Noir-de-jais, l’encourageant de mes cris et lui claquant le flanc du plat de mon épée. Il était maintenant couvert d’une sueur traversée de rigoles de sang, dues aux blessures qu’il s’était faites dans le bois de cèdres. J’entendais derrière moi les avertissements que me hurlait Jonas, mais je n’y fis pas attention.
Le chemin décrivit une courbe et je pus voir au loin, à travers une échappée entre les arbres, le miroir éclatant des eaux du Gyoll. Une autre courbe, et Noir-de-jais commença à donner à nouveau des signes de fatigue. Puis soudain, je vis enfin ce que je désespérais de voir. Peut-être ne devrais-je pas l’avouer, mais je brandis Terminus Est vers le ciel, la tendant vers le soleil anémié dont le cœur est rongé par le ver de la mort. « Sa vie contre la mienne, Nouveau Soleil, par votre colère, et pour mon espoir ! »
Le soldat, un uhlan qui chevauchait en solitaire, dut sûrement comprendre tout de suite que je le menaçais, comme c’était d’ailleurs le cas. Le rayonnement bleu, à la pointe de sa lance, se mit à flamboyer en même temps qu’il donna de l’éperon dans notre direction.
Tout à bout de souffle qu’il apparût, Noir-de-jais n’en fit pas moins un crochet impeccable, tel un lièvre pourchassé. Il me suffit d’une légère traction sur les rênes pour qu’il fasse demi-tour, ses sabots labourant l’herbe du chemin. En moins d’une respiration, nous étions déjà repartis dans la direction d’où nous venions, lancés à fond de train contre les choses noires qui nous poursuivaient. Je ne sus pas sur le moment si Jonas avait ou non compris mon plan, mais toujours est-il qu’il le suivit, dans la mesure où pas un instant il ne ralentit le train.
L’une des créatures plongea sur nous – véritable trou de ténèbres déchiré dans le flanc de l’univers, car elle était faite de fuligine véritable, ne renvoyant pas plus de lumière que mon propre vêtement. Je crois qu’elle essaya d’atteindre Jonas, mais elle passa à portée de mon épée. Je l’ouvris en deux comme je l’avais déjà fait, et elle s’effondra à nouveau en lançant un souffle de chaleur. Sachant maintenant d’où provenait celle-ci, elle me parut encore plus maléfique et abominable que la plus nauséabonde des odeurs, et le seul fait de la sentir sur ma peau me hérissa le poil. Je dégageai rapidement dans la direction opposée au fleuve, redoutant à tout moment un éclair de la lance du uhlan. À peine avions-nous quitté le chemin que jaillissait la flamme bleue, carbonisant le sol et mettant le feu à un arbre mort.