Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Avant le 12 mai, date du premier jour de tour de manivelle, Louis va aussi souvent que possible à Maule. Dans sa maison de campagne, il peut chérir ses légumes, ses arbres fruitiers et ses fleurs tout en se reposant, non sans veiller à ce que ses systèmes de sécurité le mettent à l’abri des cambrioleurs. Il a fait installer des détonateurs chargés à blanc un peu partout, mais ils se sont rapidement révélés inefficaces. Il opte alors pour un modèle dernier cri. Une alarme dont la serrure est actionnée de l’extérieur. Une serrure cachée derrière des bouteilles vides qu’il faut écarter avant d’y introduire la clef. Plus souvent qu’à son tour, Louis oublie de désactiver l’alarme et, en ouvrant la porte, provoque un raffut d’enfer. « Il ressortait aussitôt en se bouchant les oreilles, bousculant les bouteilles en les brisant au passage, raconte Patrick de Funès. Constatant qu’il avait laissé la clef dans la voiture, il était le dernier à rire de ce gag, et pestait à qui mieux mieux[161]. » Il n’est d’ailleurs pas le seul à rouspéter. Ses rares voisins lui en font aimablement la remarque et, pour se faire pardonner, il leur offre quelques produits de son potager. C’est à Maule que Jeanne annonce à son mari qu’elle attend un troisième enfant. Quelques mois plus tôt, ils avaient déjà caressé cet espoir, mais Jeanne avait été victime d’une fausse couche. Cette fois, pas question de perdre le bébé. Jeanne doit veiller sur elle, et leur séjour en Espagne ne pourra qu’être bénéfique. Pourvu qu’elle donne naissance à une fille, dont ils ont déjà choisi le prénom : Julia, comme la tante Julia de Jeanne.
Le 23 avril 1958, le film d’Yves Robert affronte les jugements des critiques et des spectateurs. L’Affaire Blaireau s’appelle désormais Ni vu ni connu. Un changement de titre imposé par les distributeurs de la société Pathé. Ces derniers estiment que le mot « affaire » est trop sérieux et qu’il pourrait faire penser à… l’affaire Dreyfus ! Comme quelques mois auparavant était sorti avec beaucoup de succès un film baptisé À pied, à cheval et en voiture[162], les distributeurs proposent à Robert de le renommer À plume, à poil et en friture parce que dans son histoire il y a de l’eau, des faisans, des truites et un homme tout nu. Face à ce curieux argument, Yves Robert se met en colère, il menace de ne pas signer son film et il lance : « Et pourquoi pas… “Ni vu ni connu, j’t’emmerde” ? » Une idée que trouve amusante Jules Borkon, avant de convenir avec les distributeurs et Yves Robert d’en rester à Ni vu ni connu. Mais, décidément, Borkon choisit bien mal ses dates de programmation. La semaine suivante, les salles obscures affichent Mon oncle de Jacques Tati. Autant dire que le dernier opus de celui qui mit en vacances Monsieur Hulot ramasse tout sur son passage. Pourtant les critiques, à de rares exceptions près (dans Le Figaro[163], on peut lire « Yves Robert manque encore de métier cinématographique »), sont bonnes, surtout pour Louis de Funès. Ici on salue sa bouffonnerie, là on le trouve merveilleux et, surtout, dans Paris-Presse Max Favalelli assure qu’« il est mille fois plus comique que Darry Cowl[164] ». Être considéré comme plus drôle que Darry Cowl, voilà bien un compliment flatteur[165] mais qui, pour autant, ne le hisse pas encore au sommet. Pour cela, il lui faudrait rencontrer des metteurs en scène capables de lui offrir autre chose que des premiers rôles dans des films passant inaperçus. Si des producteurs comme Robert Dorfmann ou Alain Poiré reconnaissent que son délire grimacier fait rire le temps d’une ou plusieurs scènes, ils renâclent à lui confier le rôle principal d’un projet financièrement lourd. Il n’y a jusqu’alors que Jules Borkon pour croire en lui. Comme un cheveu sur la soupe et Ni vu ni connu, sans être des bides, ne sont pas des films capables d’asseoir sa notoriété. Louis de Funès en est conscient, mais comment pourrait-il forcer le destin ? Avec Taxi, roulotte et corrida ? Peut-être. En tous les cas, Louis en a la ferme intention, d’autant qu’il sera épaulé en la circonstance par le couple Raymond Bussières-Annette Poivre et qu’à la place de Jacqueline Maillan on lui a choisi Paulette Dubost pour épouse. Des comédiens populaires s’attirant toujours les faveurs du public.
Au mois de mars, Louis prépare ses valises et celles de Jeanne, dont il ne saurait se passer car elle lui remonte le moral et l’apaise. Elle trouve toujours le mot pour calmer ses inquiétudes et réfréner sa nervosité. Hélas, Jeanne ne pourra être du voyage. De violentes douleurs abdominales la surprennent et elle doit être hospitalisée d’urgence. Les médecins ne peuvent que constater qu’elle vient de faire un nouvel avortement spontané. Le traumatisme est trop important pour qu’on lui donne l’autorisation d’accompagner son mari en Espagne. Elle doit garder la chambre et éviter tous mouvements pouvant l’affaiblir davantage. C’est donc un Louis de Funès esseulé et anxieux qui se met au service d’André Hunebelle, sous un soleil de plomb. Il téléphone plusieurs fois par jour à son épouse pour s’enquérir de sa santé. Quand il ne tourne pas devant les caméras, il tourne en rond. Il ne se soucie nullement d’écouter les informations à la radio, de lire les journaux qui ne parlent que de la situation alarmante en Afrique du Nord et des débats sur la future Constitution de la République. Il ne pense qu’à Jeanne, sans toutefois bâcler son rôle de chauffeur de taxi. Il aurait tant aimé qu’elle soit à ses côtés quand il est parti visiter Malaga à la recherche de la tombe de son père. Il ne l’a pas trouvée. Si Jeanne avait été là, elle aurait su le guider. Un moment, il a cru qu’elle pourrait le rejoindre, mais les médecins continuent de s’y opposer. Aussi n’est-il pas fâché de regagner Paris à la fin du mois de juin.
Il y retrouve une Jeanne remise physiquement, mais moralement abattue. Patrick et Olivier n’auront jamais de petite sœur. Après deux semaines passées à Clermont, ils partent ensemble à Rome où ils sont accueillis par le réalisateur italien Steno. Louis est le seul acteur français engagé dans Totò, Eva e il pennello proibito[166]. Son partenaire n’est autre que le prestigieux comique Totò. Âgé de soixante ans, Totò a tourné plus d’une centaine de films où sa force comique a fait crouler de rire des millions d’Italiens. Dans son pays, Totò est un monument au même titre que l’est Fernandel en France. Dans cette histoire, Louis joue un expert en tableaux et plus particulièrement de l’œuvre de Goya. Il est chargé d’authentifier un faux signé d’un copiste de génie interprété par Totò. La prestation de Louis est de courte durée, mais elle lui permet de sympathiser avec son illustre aîné. Ils parlent longuement, pourtant jamais Totò ne l’invite à prendre un verre ou à partager un repas. Ce qui ne manque pas d’intriguer Jeanne. L’homme est charmant, courtois, élégant, raffiné, mais il offre à Jeanne et Louis ce spectacle déplaisant d’un partenaire ne conviant jamais son complice à partager le verre de l’amitié. Ils ne lui en tiennent pas rigueur, ignorant tout simplement que Totò est aveugle depuis 1956 et qu’il fait tout pour le cacher. Il n’empêche que Louis s’entend si bien avec Totò qu’ils décident de travailler de nouveau ensemble l’année suivante[167].
161
Ibid., p. 83.
162
Signé Maurice Delbez avec en vedette Nöel-Nöel, ce film est sorti le 11 septembre 1957
163
25 avril 1958.
164
26 avril 1958. Darry Cowl vient de triompher avec Le Triporteur de Jack Pinoteau, sorti le 4 décembre 1957.
165
Le 20 septembre 1957, un journaliste de France Dimanche lui avait consacré un quart de page où il écrivait que « Louis de Funès [était] l’acteur le plus drôle de France ».
166
Ce film sortira en France sous le titre Totò à Madrid ou Un coup fumant le 24 septembre 1959.
167
Tourné en mars 1959 à Rome, ce qui deviendra Fripouillard et Cie sera un bide de première classe.