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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Depuis la Bourgogne, Louis suit aussi de très près les réactions que suscite la sortie en salles le 23 août de Comme un cheveu sur la soupe. Présenté dans six cinémas parisiens, le film de Régamey est fraîchement accueilli. Quelle idée aussi de le programmer à la fin de l’été ! Et d’avoir choisi la même semaine que celle où sur les écrans on peut admirer la frêle Romy Schneider dans Sissi impératrice  ! Bref, Louis de Funès est déçu, autant que Borkon, qui peste contre les critiques trop peu nombreuses et se garde bien de lui montrer celle de France-Soir[154] où le rédacteur anonyme écrit : « Il n’était que justice de permettre à ce comédien de donner dans un grand rôle la mesure de son talent. Mais, comme on dit à la boxe, il ne tient pas la limite. […] Les grimaces de Louis de Funès sont souvent irrésistibles. Trop nombreuses, elles deviennent indigestes comme un cheveu sur la soupe. Un film à voir exclusivement pour les amateurs de tartes à la crème.  » Comme un cheveu sur la soupe ne fait pas merveille en France, mais Borkon parviendra tout de même à le vendre dans soixante-dix-neuf pays[155]. Hélas, pour un coup d’essai, ce n’est pas un coup de maître. Raison de plus pour ne pas décevoir avec L’Affaire Blaireau dont les extérieurs s’achèvent début septembre pour se poursuivre quelques jours après dans les studios de Saint-Maurice. Raison de plus aussi pour se préparer au troisième film pour lequel Louis s’est engagé par contrat. Pour l’heure, il n’en connaît pas grand-chose. Si ce n’est qu’il sera tourné en Espagne en avril ou en mai. Borkon cherche encore un bon sujet et un réalisateur.

En attendant d’en savoir plus, Louis s’en retourne au Théâtre des Variétés où Danielle Darrieux a été remplacée par Jacqueline Jehanneuf. La reprise de Faisons un rêve connaît toujours le même engouement. Louis serait un homme heureux s’il n’était inquiet pour sa mère, dont la santé n’est guère florissante. À soixante-dix-sept ans, Leonor est une femme épuisée qui ne sort plus guère de son nouvel appartement du 14, rue Germain-Pilon, à deux pas de Pigalle, où l’a installée sa fille Mimi. En effet, depuis quelque temps déjà, Leonor ne pouvant plus vivre au sixième étage de la rue Raffet, c’est la sœur de Louis de Funès qui a pris la décision d’aider sa mère comme elle l’a toujours fait. Le vendredi 25 octobre en milieu d’après-midi, Leonor s’éteint paisiblement à Montmorency, où elle avait été hospitalisée. Bien que terriblement affecté, Louis monte sur scène, et Jeanne, « qui l’avait accompagné au théâtre, le trouva meilleur que jamais[156] ». Mimi se charge de régler tous les détails, y compris financiers, des obsèques de Leonor. Après un service religieux en l’église Saint-Jean-des-Abbesses, sa dépouille est transférée à Madrid où elle repose aux côtés des siens dans le caveau de la famille Soto Reguera. Une cérémonie intime en présence de Louis, de Jeanne, de Mimi et de son mari François Gir, de Patrick, d’Olivier, d’Édouard… et du comédien Daniel Ivernel.

Louis ne confie à personne, en dehors de ses proches, le soin de le consoler. Il se drape dans la pudeur d’un homme qui ne veut rien laisser paraître. La mort est un sujet qui le hante depuis des lustres et ne cessera de l’habiter. Il en parle régulièrement. « Si mon père avait gardé un trait de caractère de ses origines ibériques, c’était bien celui de parler de sa mort : le “Quand je ne serai plus là…” revenait souvent dans les conversations, raconte Patrick de Funès[157]. Je n’y prêtais plus guère attention. Ma mère réagissait plus vivement : “Enfin, Louis ! Ne parle pas comme ça ! — Mais si, nous serons séparés un jour, c’est la vie ! — Écoute, laisse-nous manger notre dessert…” » Louis, sans la craindre, pense à cette mort non sans quelquefois en plaisanter d’un « j’aime bien les cimetières. Au moins, on y rencontre des gens calmes, qui ne nous contredisent pas  ».

Tout à sa peine, Louis n’en reste pas moins attentif à l’évolution de sa carrière. On vient de lui demander de participer au tournage en janvier prochain d’un film signé Clément Duhour basé sur un scénario de Sacha Guitry, et il ne se sent pas le cœur de refuser d’être de La Vie à deux même si son rôle est minuscule, tout comme sont minuscules ceux proposés à Gérard Philipe, Pierre Brasseur, Michèle Morgan, Fernandel ou Edwige Feuillère. Il triomphe sur scène en jouant du Guitry, il peut bien lui rendre ce dernier hommage devant une caméra, même si son cachet est dérisoire. En revanche, il est bien embarrassé par la proposition que vient de lui faire Claude Magnier. Cet ancien comédien, devenu auteur dramatique à succès — grâce à sa comédie Monsieur Masure créée deux ans plus tôt par Guy Tréjan —, lui a concocté une pièce autour d’« une histoire qui n’arrivera jamais[158] ». Un argument abracadabrantesque où un chef d’entreprise jongle avec les amours de sa fille demandée en mariage par son chauffeur, sa femme de chambre devenue comtesse, son masseur « escroc » et impuissant… Bref, une histoire sans queue ni tête qui a le don de réjouir Louis de Funès qui passe la nuit à se tordre de rire[159]. Seulement, Oscar est programmé au moment même où il doit tourner en Espagne le nouveau film de Jules Borkon, Taxi, roulotte et corrida. À son grand regret, il doit décliner cette offre, même s’il s’exclame au petit matin : « Les enfants, Oscar, c’est comme un moteur de Ferrari : c’est une mécanique de précision ajustée au millimètre près[160] ! »

C’est à André Hunebelle que Jules Borkon a confié le soin de travailler sur la prochaine comédie de Louis. Jean Halain, le propre fils du réalisateur, est chargé d’en élaborer le synopsis dans la pure tradition des comédies légères fixées sur la pellicule en cette fin des années cinquante. Maurice Berger, un chauffeur de taxi, part en vacances avec son épouse et leur fils en Espagne. Il accepte d’accrocher à son automobile une roulotte fabriquée par son beau-frère, lequel part aussi en congé avec sa femme et leur fille. Une fois la frontière franchie, de nombreuses péripéties attendent les deux familles, dont une affaire de bijoux volés que Maurice recèle contre son gré. Quiproquos, bagarres, séjour en prison… et comme de bien entendu tout se termine dans une franche rigolade. Il est prévu que Louis de Funès aura pour épouse Jacqueline Maillan et que ses beau-frère et belle-sœur seront Georgette Anys et Max Revol. Quant à son cachet, il est fixé à 8 millions de francs pour un séjour de trois semaines en Espagne et quelques journées dans les studios de Joinville. Louis trouve l’ensemble à son goût, d’autant qu’il ne cache pas être ravi d’avoir ainsi l’occasion de faire découvrir à Jeanne les beautés de ce pays tenu par la poigne de fer du général Franco.

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154

30 août 1957.

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155

La critique britannique sera plus charitable avec Louis de Funès. Dans le Times de Londres, il sera comparé à Charlot.

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156

Patrick de Funès, op. cit., p. 22.

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157

Ibid., p. 67.

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158

Extrait de la préface de Claude Magnier lors de la création de sa pièce Oscar, le 20 mars 1958 au Théâtre de l’Athénée.

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159

Certains auteurs affirment que, dans le même temps, Luis Mariano aurait proposé à Louis de Funès d’être la vedette comique de Pacifico, une opérette signée Paul Nivoix au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Cette affirmation est des plus fantaisistes. D’une part, à cette époque Luis Mariano était sous contrat avec le cirque Pinder sillonnant les routes de France, et d’autre part, cette opérette a été créée par Georges Guétary. Enfin, on imagine mal Louis de Funès gâcher son talent dans ce genre d’entreprise alors qu’il s’escrimait à se faire reconnaître comme vedette de cinéma.

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160

Patrick de Funès, op. cit., p. 73.

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