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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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D’ici là, tout en surveillant les avancées de ce nouveau film, Louis reçoit une bien étrange proposition de la part d’André Barsacq, le directeur du Théâtre de l’Atelier. Le successeur de Charles Dullin le sollicite afin de savoir s’il serait d’accord pour jouer L’Avare dans ses murs une fois par semaine. Les deux hommes en parlent longuement, et Louis caresse cette idée. Mais se sent-il prêt à se lancer dans cette aventure ? Même s’il en rêve de façon presque obsessionnelle depuis un certain temps, en sortant du bureau de Barsacq il tremble de tous ses membres. « Je monologuais dans la rue dans le genre : “Quel culot de prétendre jouer L’Avare. Tu n’y arriveras pas”  », confiera-t-il à la journaliste Guylaine Guidez[143]. Oui, Harpagon le hante au point de connaître le texte de Molière sur le bout des doigts et d’avoir déjà imaginé mille jeux de scène et mentalement conçu des accessoires spéciaux tel un secrétaire truqué avec un tiroir d’une interminable longueur. Et pourtant, le rôle d’Harpagon est dramatique, « il est même sinistre, expliquera Louis de Funès[144]. Mais ce qui m’intéresse, c’est ce que peut provoquer une névrose comme l’avarice. J’aimerais montrer que cet homme devient fou, comme on le devient tous dans des moments de panique. Notre cerveau est bien fragile lorsque les choses nous échappent. On est capable de sauter à pieds joints ou de se rouler par terre. Et ça, c’est drôle !  » Seulement, en cette année 1957, Louis ne se sent pas encore prêt. Cette idée de jouer, un jour, L’Avare, nul ne l’ignore — on en parlera sans cesse, sans jamais la concrétiser, du moins sur les planches. C’est le serpent de mer d’un Louis de Funès qui a décidé de partir avec Jeanne et, pour la première fois, avec Patrick et Olivier à Semur-en-Auxois commencer le tournage de L’Affaire Blaireau.

Yves Robert n’a pas ménagé sa peine pour construire une intrigue à la hauteur des espérances de Jules Borkon. Il a fait appel à ses propres souvenirs, en particulier pour rendre crédible le concours de pêche[145]. « C’est une reproduction de ceux que j’ai connus dans mon enfance. À l’aller, la fanfare municipale précédait les pêcheurs jusqu’à l’étang, puis la fanfare catholique, les Saint-Joseph, fermait le ban. Au retour, les Saint-Joseph étaient en tête, et tous les autres derrière, bourrés comme des coings… Moi, comme on le voit dans le film, j’étais le petit garçon chargé de porter le seau des appâts : du sang de bœuf qu’on allait chercher aux abattoirs, mélangé avec des asticots grouillants qu’on “élevait” sur une dépouille de lapin  », raconte Yves Robert[146]. Le réalisateur veille aussi à ce que tout ce qui touche le braconnage ne relève pas de la fantaisie. En ce domaine, il a été à bonne école pendant son enfance en bord de Loire où, dans chaque village, il connut ces hommes hors normes et hors la loi. Il sait beaucoup de choses en matière de piégeage ou d’agrainage. Il prend également soin d’enrôler un comédien atypique pour tenir le rôle du garde champêtre. Son choix s’arrête sur le batteur de jazz Moustache, pour sa forte corpulence. À ses yeux, le couple de Funès-Moustache ressemble à celui formé par Laurel et Hardy. D’un côté le petit, de l’autre le gros. Il fait du professeur de gymnastique un professeur de piano, plus adapté au physique filiforme du jeune Claude Rich. Il s’incline devant le refus de Jules Borkon d’engager Noël Roquevert dans le rôle du maire au profit de Frédéric Duvallès, moins célèbre et surtout moins cher. Il consent encore à ce qu’un chien tienne une place importante. Borkon, dont les parents possédaient un cirque, a en effet une marotte. « Pourquoi vous pas mettre pitit chien dans le film ? ça fait toujours rire piblic, pitit chien !  » glisse-t-il à l’oreille d’Yves Robert qui assiste un jour à un casting de chiens dans son bureau. « Il leur parlait, les interrogeait, éliminant avec violence certains chiens : “Fox-terrier, non ! Toujours vu dans cirque, trop cabotin ! Dehors, foutez porte !” Le chien sortait en gueulant et Borkon l’insultait dans sa langue maternelle. Il nous a trouvé comme ça le chien du film, qui était épatant  », se souvient Yves Robert[147]. Le fameux chien s’appelle Bibiche[148] et c’est Louis de Funès qui a l’idée de le rebaptiser Fout-le-Camp.

Tout se présente donc sous les meilleurs auspices. La production a veillé à loger Louis et Jeanne à l’hôtel de la Côte-d’Or, la meilleure auberge de la ville. Deux chambres pour la famille de Funès, dont l’une réservée aux enfants. Une chambre bien vite « squattée » par un palmipède ! Dans l’une des scènes du film, Louis est accompagné d’un colvert que Patrick prend immédiatement en affection, au point de demander à Yves Robert de lui en faire cadeau. Hélas, le canard répondant au joli nom de Bidule s’acclimate assez mal à l’étroitesse des lieux. Il cancane et surtout… il ne respecte aucune règle d’hygiène. Le soir, après que Patrick l’a promené en ville, Bidule trouve refuge dans la baignoire de ses parents[149] ! Pour sa part, Olivier est davantage attiré par ce qui se passe devant et derrière les caméras. Il n’a jamais eu l’occasion de voir son père à l’œuvre et il note immédiatement que « c’est sur ce film qu’il a commencé à peaufiner son jeu. Il ne se contentait plus d’exécuter la partition : il cherchait déjà le petit détail qui changeait tout[150] ». Louis n’hésite pas, en effet, à refaire les prises pour trouver le ton juste. Il dialogue longuement avec ses partenaires Pierre Mondy et Claude Rich. Il teste ses effets, il cherche à innover. Dans ce film, pour lequel il perçoit un cachet de 3 millions de francs, Louis pratique désormais un art ménagé qui force l’admiration d’Yves Robert car « Louis de Funès était […] un homme qui inventait des personnages, en jouant avec son corps, sa voix. C’était un extraordinaire caricaturiste, un Daumier, pas au crayon, mais au stylet qui grave dans le cuivre[151] ». Louis est heureux de travailler avec ce metteur en scène plus féru d’humour que de gros comique et de gags faciles. De plus, Yves Robert[152] prend la sage précaution de ne pas parler politique avec lui, privilégiant des sujets plus terre à terre comme… le jardinage. « Louis était un écologiste avant l’heure. Un jardinier et un rosiériste de grande classe. Il achetait tous les ans au Jardin des Plantes cinquante kilos de coccinelles qu’il déposait une à une de ses propres mains sur ses rosiers. […] Louis et moi avons toujours parlé de jardinage, rarement de cinéma, et pas du tout de politique. Louis : “Tu as toujours d’aussi bons choux ?” Moi : “Oui et cette année, on fait des brocolis…” Louis : “C’est un bisannuel, fais gaffe…” [153] »

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143

In Le Nouveau Cinémonde daté du 11 octobre 1959.

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144

Louis de Funès cité par Olivier de Funès, op. cit., pp. 243–244.

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145

Cette longue séquence a été tournée à Saint-Thibault, à une vingtaine de kilomètres de Semur-en-Auxois.

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146

Op. cit., p. 233.

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147

Ibid., p. 231.

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148

Ce chien de cinéma dressé par Jean Waladie perçut 25 000 francs par semaine de tournage.

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149

À la fin de leur séjour à Semur-en-Auxois, Bidule « fut invité à rejoindre notre appartement parisien : nos passions étaient sacrées  », comme le souligne Olivier de Funès, op. cit., p. 49.

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150

Olivier de Funès, op. cit., p. 49.

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151

Op. cit., p. 229.

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152

Yves Robert ne fit jamais mystère de ses opinions politiques, très proches de celles du parti communiste.

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153

Op. cit., p. 230.

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