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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Tout en se mettant au service de Guitry, Louis n’en oublie pas pour autant la prépromotion de Comme un cheveu sur la soupe dont Maurice Régamey peaufine en cette mi-mars le montage. En compagnie de Noëlle Adam, il passe deux matinées au 26e Salon des arts ménagers[134] qui, cette année-là, met à l’honneur le nouveau moulin à café Moulinex et le dernier-né de la gamme des réfrigérateurs Frigidaire. Louis de Funès en « poète farfelu  », comme le présente le speaker des actualités Pathé, va de stand en stand en faisant le pitre et en surgissant comme « un cheveu sur la soupe  ». Il accepte aussi pour la première fois d’être photographié à son domicile en compagnie de Jeanne et de leurs deux enfants. Si cet article de deux pages dans Cinémonde[135] n’ajoute rien à ce qui a déjà été écrit sur le déroulement de sa carrière, en revanche on peut y lire qu’il « navigue comme une âme en peine dans son appartement, soupire, tape du pied et tempête à la moindre sottise de ses deux enfants qu’il élève sévèrement. Seul le jardinage parvient à le “délasser”. Il a acheté une maison en Seine-et-Oise où là il cultive sérieusement la terre (avec un motoculteur, s’il vous plaît !) et récolte des légumes nouveaux pour sa famille.  » Quant aux légendes des photos, elles sont rédigées selon les situations. Il enlace Jeanne sur un canapé et « connu par ses tics, l’éternel agité du cinéma français est l’exemplaire époux d’une femme très charmante…  ». Il fait semblant d’enfourner du linge dans sa machine à laver et « il peint, jardine, écrit, lave le linge… Quand il ne s’énerve pas tout va bien !  » On le voit encore prendre le petit déjeuner avec Jeanne, surveiller que Patrick et Olivier fassent bien leurs devoirs et jouer de la trompette en leur compagnie. Patrick fait la grimace et Olivier se bouche les oreilles car « Patrick et Olivier, deux superbes garçons de treize et sept ans, craignent leur père qui supervise leurs études et leur fait la classe le soir, avant d’aller jouer Faisons un rêve aux côtés de Robert Lamoureux et Danielle Darrieux. Pour leur apprendre aussi à aimer le jazz, il improvise quelques airs sur un piano de fortune. Quand l’inspiration vient, toute la maisonnée est fort satisfaite. On en redemande…  ». Louis s’est plié à cet exercice sur les conseils d’un Jules Borkon particulièrement opiniâtre qui est parvenu, non sans peine, à le convaincre de ne pas fermer les portes de son intimité. Borkon veut le rendre ainsi vraiment populaire et proche de ceux qui viendront le voir au cinéma. Borkon lui fait admettre qu’il doit être à leurs yeux un homme comme les autres, en proie aux heurs et malheurs de la vie quotidienne. En un mot, il veut que sa vedette fasse partie de la famille et soit autre chose qu’un simple visage en noir et blanc.

Quelques heures avant la générale de Faisons un rêve, Louis, Lamoureux, Darrieux et Max Montavon, lequel est l’indispensable valet de chambre de toute pièce signée Sacha Guitry, font un dernier filage chez le « Maître ». Tout semble au mieux, sauf un point de détail. Au deuxième acte, l’avocat, seul en scène, doit longuement parler au téléphone. Or, l’action se déroulant en 1957, le combiné ne ressemble en rien à ceux d’usage en 1914 où l’on devait actionner une manivelle pour entrer en contact avec une opératrice afin d’obtenir son correspondant. Dans le texte d’origine Guitry avait écrit : « Mademoiselle, voulez-vous me donner…  » Plus question de parler ainsi avec un téléphone automatique. Guitry s’en inquiète, demandant à Lamoureux : « Et avec le téléphone, comment faites-vous ?  » L’acteur se contente de lui répondre : « Je m’arrange !  » Le trio s’en va rejoindre le Théâtre des Variétés, où l’on a fait brancher dans la loge de Lamoureux un… téléphone en prise directe avec celui de Guitry, qui est dans l’incapacité de se déplacer, afin de l’informer des réactions du public. Avant le lever de rideau, Lamoureux peut ainsi lui dire qu’il y a un parterre de ministres, d’académiciens, de vedettes de cinéma, une kyrielle de critiques… Pendant toute la durée du spectacle, Lamoureux, à chaque fois qu’il quitte le plateau, informe Guitry, lequel s’entend dire : « Je crois que c’est dans la poche… Ça a l’air de fonctionner merveilleusement. De Funès a fait un gros succès…  » Au terme du spectacle, un tonnerre d’applaudissements salue et les acteurs et Sacha Guitry. On compte dix rappels. Ce n’est pas un succès mais un triomphe que Lamoureux, Darrieux, de Funès et Montavon vont fêter chez un Sacha Guitry ému aux larmes. Il les congratule longuement puis, se sachant condamné à court terme, il leur lit un petit texte à sa façon : « Je vous salue, Public, et vous fais mes adieux… Les uns diront “Déjà”, les autres diront “Enfin”, mais ils ne seront sincères ni les uns ni les autres… Quant à ma barbe personnelle, considérez qu’elle est preuve à l’appui de la déclaration que je viens de vous faire. C’était le signe du départ… annonçant l’heure des adieux.  » Puis Sacha Guitry les invite à le laisser se reposer[136]. Ils n’auront plus l’occasion d’aller lui parler.

Les jours suivants, la presse ne tarit pas d’éloges. On glorifie Guitry, on encense Lamoureux et Darrieux mais aussi Louis de Funès. Pour Le Canard enchaîné, « de Funès est… de Funès[137] » ; pour Pierre Marcabru dans Arts, « de Funès est d’une drôlerie de Polichinelle[138] » ; pour Le Monde, « de Funès est impayable, ce qui rend son rôle plus gai qu’il n’était à l’écran, tenu par un Raimu amusant mais plus grave[139] » ; enfin dans Le Figaro, Jean-Jacques Gautier écrit : « Grâce à l’inimitable, à l’inénarrable, au savoureux Louis de Funès, le public de la répétition générale a ri à gorge déployée du commencement à la fin de cette fantaisie qui n’a d’autre ambition que de divertir, en quoi elle atteint parfaitement son but[140]. » Bref, Louis est de nouveau félicité sans toutefois convaincre totalement : Max Favalelli, dans Paris-Presse, note qu’« il se soumet à la dure discipline du théâtre sans tout à fait oublier les libertés du cabaret[141] ». Favalelli fait certainement référence à ce fameux deuxième acte où, face au monologue de Lamoureux, Louis marche de long en large en se tournant les pouces derrière son dos et en ne laissant jamais son visage inactif.

Pendant que Louis défend Guitry à guichets fermés, Jules Borkon manœuvre en coulisses pour préparer son second film. Il tient en particulier à engager un metteur en scène ayant le sens de l’humour. Comme il avait beaucoup aimé quelques années plus tôt Les hommes ne pensent qu’à ça réalisé par Yves Robert, il pense immédiatement à lui. Borkon lui offre sur un plateau Louis de Funès et un sujet, l’adaptation d’un roman d’Alphonse Allais, L’Affaire Blaireau. Cela ne peut que plaire à Yves Robert : « Il y avait tout ce que j’aimais, c’était un film qui se passait dehors, à la campagne, avec de la pêche, de la chasse, des animaux. Et en plus avec de Funès[142]…  » De Funès en braconnier dont les frasques indisposent le maire de Montpaillard, un paisible village où le garde champêtre vient d’être rossé par un sacripant surpris en train d’escalader le mur de la propriété d’un notable. Pas de doute, le coupable ne peut être que Blaireau, aussitôt enfermé dans la prison du bourg. L’affaire prend une tournure politique avant que le vrai responsable, un professeur de gymnastique amoureux de la fille du notable, ne se livre. Une fable acide où Alphonse Allais dénonce à sa façon le cynisme des politiciens. Borkon laisse carte blanche à Yves Robert pour s’atteler à l’écriture en compagnie de Jean Marsan et de Jacques Celhay. Il ne lui impose aucune contrainte, si ce n’est de soigner les dialogues de Louis de Funès et ceux de Noëlle Adam. Quant au choix du comédien devant endosser le costume du garde champêtre, Borkon lui laisse le soin de trouver un acteur peu connu capable d’être à la fois drôle et ridicule sans faire de l’ombre à de Funès. Le tournage doit débuter en août en Bourgogne, seul mois où Louis de Funès peut se permettre de déserter Paris, le Théâtre des Variétés faisant relâche.

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134

En 1953, Louis de Funès avait tourné un court métrage publicitaire d’une durée de quatre minutes où il tenait le rôle de M. Dupont en lutte avec deux enfants qui lui lançaient des tartes à la crème dans son salon pendant que son épouse était au 22e Salon des arts ménagers.

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135

Article paru le 7 avril 1957.

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136

Sacha Guitry décédera le 24 juillet 1957 peu après trois heures du matin.

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137

3 avril 1957.

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138

10 avril 1957.

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139

11 avril 1957.

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140

3 avril 1957.

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141

9 avril 1957.

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142

Yves Robert, Un homme de joie, Éditions Flammarion (1996), p. 232.

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