Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Suavita leva ses deux petits bras faibles, et les noua autour de la nuque du marchef stupéfait. Puis, pesant sur cet appui, elle parvint à soulever sa tête de façon à lui mettre au front un doux et charmant baiser.
– Mon père, dit-elle en même temps, je rêvais de toi, mon bien-aimé père!
L’assassin resta immobile sous cette caresse qui le navrait, mais réveillait au fond de son âme des fibres paralysées.
Il ne répondit pas. Il n’osait plus bouger. Son cœur battait horriblement.
– Tu ne dis rien! fit Suavita souriante, et tu ne m’embrasses point… Es-tu fâché contre moi?
Saurait-on dire pourquoi? L’assassin arrondit ses lèvres qui effleurèrent la joue satinée de l’enfant.
Elle lâcha prise, disant:
– Comme ta barbe est rude, père!
Puis, ses sens s’éveillant, elle eut doute; ses narines délicates perçurent avec dégoût ces horribles effluves qu’épandent à profusion le sordide séjour des prisons et des bouges, la misère, le vice, le crime.
Elle ouvrit les yeux tout à fait.
Elle vit cette tête énorme, crépue, hideuse, qui pendait sur elle comme un impur cauchemar.
Une épouvante indicible la saisit.
Elle poussa un cri rauque, et retomba sur son lit, évanouie.
XV Chasse de nuit
Coyatier fut une longue minute avant de se retrouver. Sa première parole fut celle-ci:
– Crébleu! c’est bête tout plein, mais je ne pourrais pas lui faire du mal, à présent que je l’ai embrassée!
Il prit les deux petites mains de l’enfant et souffla dedans, essayant de maladroits secours.
– Dis donc, poulette, murmura-t-il sans savoir qu’il parlait, dis donc, mon pauvre petit bichonneau. Hé! là-bas! ne va pas te laisser glisser! Je ne suis pas beau à voir, c’est bien sûr. Tu as eu peur, et il y avait de quoi. Ah! crébleu, tout de même, ça a tenu à un fil d’araignée; et dire que si j’avais eu une bonne femme, au lieu de la coquine… Imbécile! Est-ce qu’il y en a, des bonnes femmes!
«C’est égal, s’interrompit-il, car la réflexion venait, j’ai eu crânement tort de l’embrasser: ça va me mettre des bâtons dans mes roues… Eh! petit pigeon, va-t-on rouvrir ses beaux yeux!… Si on ne dirait pas que c’est mort! Et il n’y a pas à dire, c’est joli comme l’amour, quoique trop mièvre et pas de couleur assez… Ma parole sacrée, ça m’a fait du bien à ma maladie, comme si j’avais sifflé un verre de dur!
Il cessa tout à coup de taper dans les mains de la fillette et reprit d’un air soucieux:
– Ce n’est pas le tout: il s’agit d’emporter la minette, à présent. Bonhomme, tu as l’idée que tu joues ta peau à pair ou non pour cet oiseau-là, pas vrai! Ça y est. Tu l’as embrassée, c’est ta faute, et tu essayes de la repiquer: c’est un tort. Les pâmoisons, ça n’a jamais gêné les femmes. On la ficelle comme elle est là, elle ne bouge pas: c’est déjà avantageux; elle ne crie pas: c’est énorme, et on l’emporte, ni vu ni connu. Il n’y a que le poids…
Il la soupesa doucement:
– Ma parole, acheva-t-il, ça ne vaut pas la peine d’en parler: c’est de la plume.
Avec des précautions infinies, il ramena les quatre coins de la couverture de soie et en fit un paquet. Cela ne le contenta point; l’enfant lui semblait avoir là-dedans une position pénible: il dénoua la soie, roula la couverture et la ferma en ayant soin de laisser un peu d’air à l’endroit de la bouche.
– Escadron! à droite en bataille! se commanda-t-il à lui-même en prenant la fillette inanimée dans ses bras; au galop!
Et il partit.
En passant devant la cheminée, la glace lui renvoya pour la seconde fois son image.
Ce n’était pas le même homme. Il s’adressa un bienveillant signe de tête et dit:
– Marchef, mon vieux, quand vous êtes entré ici, vous n’aviez pas figure humaine. Va bien. Tenez-vous droit, et au petit bonheur!
Il prit la lampe à la main pour traverser les chambres qui le séparaient de l’entrée; il avait crainte d’endommager son précieux fardeau.
J’ai dit le mot précieux. Le marchef l’entendait ainsi désormais.
Sur la table de la salle à manger, il regarda d’un œil d’envie le poulet froid qu’il avait dédaigné naguère.
Va bien! il eût mangé ce qui restait avec plaisir.
Mais l’enfant pouvait reprendre connaissance: c’était désormais un danger sérieux. Coyatier voulait dépasser au moins les environs de la préfecture avant le réveil de la fillette.
Il descendit l’escalier lestement, après avoir laissé son «outil» dans la serrure comme cela lui avait été ordonné.
La porte de la rue était grande ouverte; il examina du mieux qu’il put la perspective du quai, à droite et à gauche, et prit sa course vers la rue de la Barillerie.
C’était son chemin direct pour gagner ce cabaret suspect, l’estaminet de L’Épi-Scié, situé au bout du chemin des Amoureux, dans les terrains vagues qui abondaient alors entre la rue d’Angoulême et le faubourg du Temple.
Il eut d’abord espoir. Le quai, en apparence, était complètement désert; et comme Paris, en ce temps, économisait l’huile de ses réverbères les nuits de lune, il avait quelque raison de croire qu’il pourrait croiser, au besoin, un agent attardé, sans être reconnu.
Il marchait au beau milieu de la voie, lentement et d’un pas solide, pour ne pas exciter les soupçons.
Comme il longeait le mur des jardins de la préfecture, lequel, nous le savons, rejoignait la maison qu’il venait de quitter aux derrières de l’établissement Boivin, il entendit un léger bruit à sa gauche et leva vivement la tête.
Le faîte du mur, nivelé au cordeau d’un bout à l’autre, avait une sorte de rugosité à son centre.
Cela semblait gros comme une tête d’enfant ou comme un chat.
Coyatier passa, mais son cœur commençait à battre.
À peine avait-il fait dix pas qu’il y eut un miaulement derrière lui.
– Pistolet! grommela le marchef. M. Badoît n’est pas loin. Tonnerre!
Il voulut presser sa marche, mais une tête d’homme sortit de l’ombre au coin de la rue de Jérusalem.
– Tiens! tiens! dit M. Badoît, car c’était bien lui, voilà un commissionnaire qui travaille au clair de lune. C’est suspect. Causons, nous deux, l’homme.
Il avança en même temps pour barrer le passage.
Le marchef prit chasse du premier coup et franchement, parce qu’il supposa que Badoît et sa mouche, comme on appelait Pistolet, étaient seuls.
Il rebroussa chemin dans la direction du Pont-Neuf. Le chat n’était plus au haut du mur.
Mais il était en bas, car le marchef trébucha, pris aux jambes par deux mains maigres qui travaillaient en conscience.
Le marchef saisit la bête aux cheveux, et, sans s’arrêter, il lança le pauvre Pistolet à la volée contre le mur en disant:
– Toi, tu ne vendras plus de matous, grenouille!
La force du marchef était connue. Il y avait de quoi écraser un bœuf. Le gamin s’aplatit littéralement contre le mur et ne bougea plus…
Quand Badoît passa l’instant d’après en courant, il se pencha pour le secourir. Le gamin lui dit tranquillement: