Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Ils restent les parias de notre civilisation qu’ils protègent d’en bas.
On les déteste, on les méprise. L’écrivain qui dit un mot en leur faveur risque sa popularité comme s’il caressait des Prussiens ou des Cosaques.
Et cependant, la plupart du temps, ils combattent l’ennemi de tous: le malfaiteur.
Et ils le combattent sans armes.
Quand ils ont des armes, on leur dit d’avance: Ne tuez pas!
Je vous l’affirme: sans le discrédit fatal qui pèse sur ces humbles champions de la sécurité générale, sans la rancune bizarre que le sentiment public, en France, garde contre ceux qui font notre vie abritée et notre sommeil tranquille, vous seriez forcés de les mettre parfois au rang des héros.
J’ai dit: en France, car il est des pays qui se laissent garder sans mépriser leurs défenseurs.
Mais nous, les Français, les spirituels par excellence, nous, le peuple exquis, charmant, incomparable, écoutez, cela est certain, nous avons un faible pour les voleurs.
Dans nos romans, dans nos drames, dans nos opéras-comiques, dès qu’un voleur paraît, il est intéressant. L’auteur sait où est le succès. Il ne s’inquiète guère de corriger les mœurs, le principal est de plaire.
Le voleur plaît; l’assassin ne déplaît pas.
On leur donne du brio, de l’esprit, de la générosité, des bottes molles, des habits brodés, de la poésie, toutes les séductions, et des chapeaux à larges bords, ornés d’une plume.
On les fait ténors ou pour le besoin barytons; la basse, peu agréable aux dames, est pour le magistrat, être tout naturellement odieux et impropre à chatouiller les jolis rêves.
Quant aux gendarmes, quelle horreur!
Et ne prononcez pas même le nom des sergents de ville, c’est shocking.
Aller contre cela, ce serait se briser contre le caractère même de toute une nation. Nous sommes avides de crimes et gourmands de coquins.
Mais je m’étonne qu’il se trouve encore des gens assez dédaigneux de la faveur publique pour mettre, au milieu d’un concert de huées, leur main sacrilège au collet des bandits – nos amours.
D’où sortent-ils, ces sacrifiés?
Et quelles sommes folles prodigue-t-on à leur dévouement, qui n’a point de récompense morale possible?…
Le marchef avait pris son parti. En trois bonds, il gagna le trottoir occidental du Pont-Neuf, celui qui regarde l’Institut de travers.
Il déposa son paquet sur le parapet et ramassa son vigoureux torse dans une attitude de défense.
– Arrivez! dit-il, j’en veux manger une demi-douzaine avant de boire à la grande tasse, car vous ne m’aurez pas en vie, vous savez bien ça, chiens galeux! Arrivez!
XVI Exploits de Pistolet
En ce moment, comme si le hasard eût voulu éclairer la bataille, la nuée se déchira, laissant voir le disque éclatant de la pleine lune.
Les deux troupes d’agents sortirent de l’ombre; maintenant que le bandit s’était arrêté, après avoir choisi son poste de combat, elles marchaient toutes deux, silencieuses et noires.
Les agents étaient au moins douze contre un; c’est l’ordinaire; ils sont souvent les plus nombreux, quoique dans une proportion généralement moindre que celle-ci.
Mais, je le répète; il y a un fait qui rétablit terriblement l’égalité de la lutte.
Le malfaiteur essaye de tuer. L’agent de l’autorité fait effort pour ne pas tuer.
Lectrices aimables, ne vous fâchez pas contre moi; je m’arrête, ajoutant seulement que les malheureux qui tombent dans ces luttes, dont tout le bénéfice est à vous, laissent derrière eux des veuves et des orphelins.
J’irais jusqu’à vous permettre vos voleurs bien-aimés s’ils étaient tous en Italie, où M. Scribe les mettait si volontiers:
Vous fûtes formées par ces chants magnanimes, je ne vous blâme pas.
Mais qu’il vous semblerait beau et pareil aux dieux immortels, le pauvre sergent de ville qui paraîtrait à la porte au moment où le parquet de votre chambre à coucher crierait sous les pieds éperonnés de Zampa!…
Le marchef, droit, immobile, campé comme une statue antique, s’adossait au parapet sur lequel il avait déposé l’enfant, et montrait en pleine lumière la robuste carrure de son torse herculéen.
Il tenait à la main son coutelas et, libre désormais de son fardeau, il pliait les jarrets, prêt à bondir.
Les deux troupes d’agents achevant d’accomplir leurs manœuvres lentes, se rejoignirent et continuèrent de marcher sur lui en formant le demi-cercle.
– Rendez-vous, Coyatier, mon garçon, dit M. Badoît, dont la voix était grave et ferme; vous voyez bien que vous ne pouvez pas nous échapper.
– À moins de vous lancer à l’eau, ajouta M. Mégaigne, comme s’il eût voulu lui suggérer un expédient.
M. Mégaigne n’avait pas la réputation d’être aussi brave que le chevalier Bayard.
– Venez-y voir, méchants pékins d’assommeurs! répondit le marchef dont les dents grinçaient. On va vous servir, arrivez, à qui le tour!
Martineau et deux autres agents étaient un peu en avant de la ligne. Coyatier, se tournant brusquement, appuya ses deux poignets au parapet et lança une double ruade.
Les deux agents tombèrent; l’un d’eux avait eu la tête fracassée par le talon ferré du bandit.
Martineau s’était lancé sur lui; mais Coyatier, prompt à la parade, lui donna de son coutelas dans la poitrine et passa d’un seul élan au travers du cercle.
Il aurait pu fuir, si Chopand ne lui eût déchargé un coup de sa canne plombée sur le crâne.
Le bandit chancela et poussa un hurlement.
Il se retourna par l’instinct de vengeance qui prend la bête, et planta son front, comme un bélier, dans le creux de l’estomac de Chopand, qui tomba foudroyé.
– Tiens! tu as la vie dure, toi, Pierrot! dit-il en reconnaissant Pistolet qui cherchait à le prendre aux jambes. Attrape et ne t’en vante jamais!
Il voulut le saisir aux cheveux, mais le gamin glissant comme un reptile, s’échappa en laissant quelques poils jaunes entre ses doigts, et Coyatier, entouré de près, avait trop à faire pour le suivre.
– Rendez-vous, Coyatier, dit encore Badoît; nous sommes tous armés, et dès qu’il y a du sang répandu, nous avons le droit de faire usage de nos armes.
– Montrez-les donc vos outils, répondit le marchef qui venait d’abattre deux agents à coups de couteau et qui était ivre de sa force; on va t’en répandre du sang, à seaux et à flots! Ça va faire monter la Seine à l’échelle du Pont-Royal!
– Ah! faillis chiens, reprit-il en râlant de rage, vous seriez vingt-quatre au lieu de douze, et quarante-huit aussi, et quatre-vingt-seize, que vous ne pourriez rien contre un homme! Allume, Badoît, vieux bourgeois! as-tu fait la guerre en Afrique?… Toi, Mégaigne de malheur, je vas te couper en deux, regarde voir!