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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Laissez voir, patron, je fais le mort. Je suis tombé déjà trois fois des gouttières sans m’endommager. Allez ferme et ouvrez l’œiclass="underline" nous ne le tenons pas encore.

Le fugitif, cependant, détalait à toutes jambes; mais quelque chose de son premier trouble le reprenait, et il disait:

– C’est drôle que j’en avais l’idée! ça ne va pas finir comme il faut!

Ces gens-là sont diminués de moitié, dès qu’ils sont mordus par un pressentiment.

En arrivant à la rue Harlay-du-Palais, Coyatier se tint prêt à s’y jeter, si rien de suspect ne frappait sa vue, et prêt aussi à suivre la ligne du quai, en cas d’embuscade.

La rue Harlay semblait solitaire, et cependant le bandit passa franc.

Il fit bien.

Deux ombres se détachèrent de la muraille, dès qu’il eut disparu et vinrent au pas de course rejoindre M. Badoît.

C’étaient Martineau et un autre habitué de l’ordinaire Soûlas.

La convocation faite par Badoît avait produit son effet. Toute la table d’hôte était là.

Coyatier avait des yeux derrière la tête. Il vit le renfort qui arrivait à Badoît, et fut à l’instant fixé sur sa situation. Les mesures étaient prises en grand; désormais, il en était sûr: il allait rencontrer des affûtiers à droite, à gauche, devant, derrière, partout où il porterait ses pas.

Il mit sa main sous sa chemise, et la retira armée d’un long couteau de boucher.

C’était l’instrument qui lui avait servi à tuer Jean Labre, au dernier étage de la tour.

Sa main gauche continuait de maintenir la fillette contre sa poitrine.

Il courait avec une rapidité extraordinaire: son fardeau ne semblait pas lui peser plus qu’un fétu de paille.

À la hauteur du Pont-Neuf, un peu au-delà du centre et sur le même plan que la statue de Henri IV, deux hommes étaient placés en évidence au beau milieu de la voie. Ils tenaient de forts gourdins en arrêt.

Coyatier pensa:

– C’est ici la fin de la souricière. Si je leur passais sur le ventre, j’aurais de l’air!

Son raisonnement était bien simple: si ceux-là se montraient, c’est qu’on voulait le forcer à tourner sur la droite, par le quai de l’Horloge, ou sur la gauche, le long du pont, vers le faubourg Saint-Germain.

Mais l’audacieux bandit n’était plus complètement lui-même. Il hésita et se dit:

– C’est drôle, je n’aimerais pas faire attraper un mauvais coup à la petiote.

Son instinct le poussait vers le quai de l’Horloge, qui était sa vraie route; mais c’était affronter de nouveau les abords de la préfecture, et l’autre voie, trois fois plus large, lui donnait espoir.

Au bout du Pont-Neuf, d’ailleurs, il aurait à choisir entre trois directions, sans compter la petite rue de Nevers; et, en définitive, ce ne pouvait être une armée qui courait cette nuit sur sa piste.

Il était sûr de ses jambes.

Peu lui importait la longueur de la route, pourvu qu’il sortît libre du réseau humain dont il se sentait entouré.

Il se lança à gauche sur le Pont-Neuf où personne ne paraissait.

Les deux hommes qui gardaient le pont à droite se replièrent immédiatement, rejoignant M. Badoît et ses compagnons, lesquels s’arrêtèrent à l’angle du pont.

Il y eut un cordon de formé: cinq hommes et Pistolet qui se tâtait les reins en grondant:

– Brutal, je te revaudrai ça!… tu m’as appelé grenouille!

Il ajouta:

– Qui donc guette au quai de l’Horloge?

– Le père Moreau, répondit Badoît.

Pistolet mit ses deux mains en visière au-dessus de ses yeux.

– Le voilà couché, là-bas sur le trottoir, dit-il. Si le marchef avait pris par là, nous le manquions… Qui garde la rive gauche?

– M. Chopand, M. Mégaigne et le reste.

– Nous le tenons! s’écria le gamin, à moins qu’il soit le diable; mais, quoique ça, je voudrais bien savoir ce qu’il déménage sous son bras… Attention!

Au lieu des niches espacées maintenant le long des deux trottoirs du Pont-Neuf, il y avait alors des pavillons loués à de petites industries.

Le dernier pavillon, à droite, était occupé par un marchand de briquets phosphoriques du nom de Fumade; dans le pavillon de gauche, on vendait des brosses, des onguents et du cirage. Il s’y trouvait en outre un homme de l’art pour tondre les chiens, couper les chats et aller en ville.

Coyatier parvint jusqu’à dix pas de ces deux pavillons sans être inquiété. Cela ne lui donnait point une confiance exagérée.

Au contraire, il se disait:

– Ils sont en force puisqu’ils me laissent gagner. Va bien, tout de même; pas moyen de reculer; s’ils ne sont pas plus de trois en avant de moi, je fonce et je passe!

Sa main droite se crispait autour du manche de son couteau.

Mais ils étaient plus de trois.

Chopand, avec deux acolytes, sortit brusquement de l’ombre du pavillon Fumade. Comme le marchef inclinait vers la gauche, M. Mégaigne et un autre, brandissant leurs cannes plombées, sautèrent sur la voie.

En même temps, un groupe noir se montra dans l’axe de la rue Dauphine, marchant en bon ordre vers le pont.

– Bloqué! dit Coyatier qui se rejeta en arrière. J’ai manœuvré comme un dindon, quoi! j’en avais l’idée! La petite demoiselle m’a rudement gêné, pauvre cœur!

Il fit volte-face, non plus déjà pour chercher une issue, car il savait ce qu’il avait sur ses talons, mais comme la bête fauve tourne et rôde avant de s’acculer.

La lune était sous les nuées, mais ses rayons tamisés faisaient la nuit claire.

Coyatier vit derrière lui un cordon immobile qui barrait toute l’étendue du pont, en largeur.

– Bloqué! répéta-t-il. Je ne l’ai pas volé. Me voilà pris entre deux portes.

«Crébleu! ajouta-t-il en jetant l’enfant sous son bras, sans précaution, cette fois, et comme un paquet; ça m’a coûté cher de l’avoir embrassée, la petiote!

Les agents échelonnés du côté de la rue Dauphine marchaient sur lui avec lenteur, les autres restaient immobiles.

Il y avait encore un large espace entre les deux troupes.

Les choses se faisaient gravement, sans fanfaronnades ni bavardages, parce que, dans les deux troupes chacun savait bien que, selon toute apparence, il y aurait bientôt du sang sur le pavé.

Le marchef avait une terrible renommée.

Il était acculé, mais le sanglier aux abois découd parfois un tiers de meute avant de tomber.

– Holà! mes vieux, cria tout à coup Coyatier qui acceptait la bataille, nous allons donc rire ensemble un petit peu? Comptez-vous, pendant que vous avez encore le temps, pour voir après combien il en manquera à l’appel.

Il y eut des veines qui eurent froid, c’est vrai; le courage de ces gens-là n’est pas brillant comme celui des soldats. Ils n’ont ni l’ivresse de la poudre ni l’enthousiasme de la gloire.

Leur vaillance, et on en cite de prodigieux exemples, loin de les mettre sur un pavois, ne parvient pas même à les réhabiliter.

Chaque acte de bravoure les avilit un peu plus.

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