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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Ce n'est point que je m�prisais sa grandeur. Ni les jardins suspendus de sa capitale. Ni les parfums de ses marchands. Ni l'orf�vrerie d�licate de ses ciseleurs. Ni ses grands barrages pour les eaux. L'homme inf�rieur invente le m�pris, car sa v�rit� exclut les autres. Mais nous qui savions que les v�rit�s coexistent, nous ne pensions point nous diminuer en reconnaissant celle de l'autre bien qu'elle f�t notre erreur. Le pommier, que je sache, ne m�prise point la vigne, ni le palmier le c�dre. Mais chacun se durcit au plus fort et ne m�le point ses racines. Et sauve sa forme et son essence car il est l� un capital inestimable qu'il ne convient point d'ab�tardir.

�L'�change v�ritable, me disait-il, c'est le coffret de parfum ou la graine ou ce pr�sent de c�dre jaune qui remplit ta maison du parfum de la mienne. Ou encore mon cri de guerre quand il te vient de mes montagnes. Ou peut-�tre d'un ambassadeur, s'il a �t� longtemps �lev� et form� et durci, et qu'� la fois il te refuse et t'accepte. Car il te refuse dans tes �tages inf�rieurs. Mais il te retrouve l� o� l'homme s'estime au-dessus de sa haine. La seule estime qui vaille est l'estime d'un ennemi. Et l'estime des amis ne vaut que s'ils dominent leur reconnaissance et leurs remerciements et tous leurs mouvements vulgaires. Si tu meurs pour ton ami je t'interdis de t'attendrir��

Ainsi mentirais-je si je disais que j'avais en lui un ami. Et cependant nous nous rencontrions avec une joie profonde mais c'est ici que les mots d�raillent � cause de la vulgarit� des hommes. La joie n'�tait point pour lui mais pour Dieu. Il �tait un chemin vers Dieu. Nos rencontres �taient clefs de vo�te. Et nous n'avions rien � nous dire.

Me pardonne Dieu d'avoir pleur� quand il est mort.

Je la connaissais bien, l'imperfection de ma mis�re. �Si je pleure, me disais-je, c'est que je ne suis point encore assez pur.� Et je l'imaginais, s'il e�t appris ma mort, comme � la rentr�e dans la nuit d'un territoire. Et contemplant ce grand basculement du monde du m�me �il que le cr�puscule. Ou celui qui se noie quand change le monde sous le miroir dormant des eaux. �Seigneur, e�t-il dit � son Dieu, il fait nuit et il fait jour selon ta volont�. Mais qu'est-il perdu de cette gerbe faite, de cette �poque r�volue? J'ai �t�.� Et voil� qu'il m'e�t enferm� dans son calme ineffable. Mais je n'�tais point assez pur et n'avais point encore assez le go�t de l'�ternel. Et, comme les femmes, j'�prouvais cette m�lancolie de surface, quand le vent du soir fane les ros�s de mes vivantes roseraies. Car il me fane dans mes ros�s. Et je me sens mourir en elles.

Au long de la vie j'avais enseveli mes capitaines, j'avais d�pos� mes ministres, j'avais perdu mes femmes. J'avais laiss� derri�re moi cent images de moi-m�me comme le serpent laisse ses peaux. Mais cependant, ainsi que revient le soleil qui est mesure et pendule du jour, ou l'�t� qui mesure le balancement de l'ann�e, de rencontre en rencontre, de trait� en trait� nouveau, mes hommes d'armes dressaient la tente vide dans le d�sert. Et nous nous y rendions. Et ainsi la coutume solennelle et ce sourire de parchemin et ce calme pr�s de la mort. Et ce silence qui n'est point de l'homme mais de Dieu.

Mais voici que je restais seul, responsable seul de tout mon pass� et sans t�moin qui m'e�t vu vivre. Tous ces actes que j'avais d�daign� d'exposer � mon peuple mais que lui, mon voisin de l'Est, avait compris, tous ces soul�vements int�rieurs dont je n'avais point fait un spectacle, mais qu'il avait devin�s dans son silence. Toutes ces responsabilit�s qui m'avaient �cras� et que tous ignoraient car il �tait bon qu'ils crussent d'abord � mon arbitraire, mais que lui, mon voisin de l'Est, avait pes�es, jamais compatissant, bien au-dessus, bien au-del�, estimant autrement que moi-m�me, voici qu'il s'�tait endormi dans la pourpre du sable, ayant ramen� le sable sur lui comme un linceul digne de lui, voici qu'il s'�tait tu, voici qu'il avait commenc� ce sourire m�lancolique et plein de Dieu qui accepte d'avoir nou� la gerbe, les yeux clos sur leurs provisions. Ah! que d'�go�sme dans mon d�sarroi! Moi si faible, accordant de l'importance � la trajectoire de ma destin�e, quand elle n'en a point, mesurant l'empire � moi-m�me au lieu de me fondre dans l'empire, et d�couvrant que ma vie personnelle avait abouti � cette cr�te, comme un voyage.

Je connus dans ma vie, cette nuit-l�, la ligne de partage des eaux, redescendant sur un versant apr�s avoir lentement gravi l'autre, et ne reconnaissant plus personne, pour la premi�re fois vieillard, et sans visages familiers, et indiff�rent � tous car je me devenais � moi-m�me indiff�rent, ayant laiss� sur l'autre versant tous mes capitaines, toutes mes femmes, tous mes ennemis et peut-�tre mon seul ami � d�sormais solitaire dans un monde habit� par des peuplades que je ne connaissais plus.

Mais c'est l� que je sus me reprendre. �J'ai bris�, pensais-je, ma derni�re �corce et peut-�tre vais-je devenir pur. Je n'�tais point si grand, puisque je me consid�rais. Et cette �preuve m'a �t� envoy�e car je mollissais. Car je me gonflais des bas mouvements de mon c�ur. Mais je saurai le ranger dans sa majest�, mon ami mort, et je ne le pleurerai point. Simplement il aura �t�. Et le sable m'appara�tra plus riche puisque souvent, au large de ce d�sert, je l'aurai vu sourire. Et le sourire pour moi de tous les hommes en sera augment� de ce sourire particulier. Ce sourire particulier enrichira tous les sourires. Car je verrai dans l'homme l'�bauche que nul tailleur de pierre n'a su d�gager de sa gangue, mais � travers cette gangue je conna�trai mieux le visage de l'homme puisque j'en aurai consid�r� un, droit dans les yeux.

�Je redescends donc de ma montagne: n'ayez point peur, mon peuple, j'ai renou� le fil. Il �tait mauvais que j'eusse besoin d'un homme. La main qui m'a gu�ri et qui m'a recousu s'est effac�e, non la couture. Je redescends de ma montagne et je croise des brebis et des agneaux. Je les caresse. Je suis seul au monde devant Dieu, mais, caressant ces agneaux qui ouvrent les sources du c�ur, non tel agneau, mais � travers lui la faiblesse des hommes, je vous retrouve.�

Quand � l'autre je l'ai �tabli et jamais il n'a mieux r�gn�. Je l'ai �tabli dans la mort. Et tous les ans on dresse une tente dans le d�sert cependant que mon peuple prie. Mes arm�es p�sent sur leurs armes, les fusils sont charg�s, les cavaliers circulent pour la police du d�sert, et l'on tranche la t�te de celui qui se hasarde dans la contr�e. Et j'avance seul. Et je soul�ve la toile de la tente et j'entre et je m'assieds. Et le silence se fait sur terre.

XXXIII

Et maintenant que me tourmente cette douleur sourde dans mes reins que mes m�decins ne savent point gu�rir, maintenant que je suis comme un arbre de la for�t sous la hache du b�cheron et que Dieu va m'abattre � mon tour comme une tour us�e, maintenant que mes r�veils ne sont plus r�veils de vingt ans et d�tente des muscles et vol a�rien de l'esprit, j'y ai trouv� ma consolation qui est de ne point souffrir de ces annonces qui se r�pandent par mon corps et de ne point �tre entam� par des souffrances qui sont mesquines et personnelles et enferm�es en moi et auxquelles les historiens de l'empire n'accorderont pas trois lignes dans leurs chroniques, car peu importe que ma dent branle et qu'on l'arrache, et il serait bien mis�rable de ma part d'attendre la moindre piti�. La col�re au contraire me monte si j'y songe. Car elles sont du vase, ces craquelures de l'�corce, non du contenu. Et l'on me raconte que mon voisin de l'Est, quand il fut frapp� de paralysie et qu'un c�t� de lui se fit froid et mort et qu'il transportait avec lui ce fr�re siamois qui ne riait plus, il ne perdit rien de sa dignit�, mais bien mieux, il r�ussit cet apprentissage. Et � ceux qui le f�licitaient de sa force d'�me il r�pondait avec m�pris que l'on se trompait sur sa personne et que, ce genre d'hommages, on voul�t bien le conserver pour les boutiquiers de la ville. Car celui qui r�gne, s'il ne r�gne point d'abord sur son propre corps, n'est qu'usurpateur ridicule. Il n'est point pour moi de d�ch�ance, mais sans doute joie merveilleuse, d'un peu mieux, aujourd'hui, m'affranchir!

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