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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Il arrivait à Hresh de sortir les pierres de lumière du coffret. Il les disposait devant lui, les caressait, les serrait dans sa main en leur parlant tout bas, espérant qu’elles lui communiqueraient un peu de sagesse. Mais elles demeuraient désespérément muettes. Malgré les efforts de Hresh, elles refusaient d’être autre chose que des pierres sombres à la luisance légère et de lui révéler quoi que ce fût. Il comprit avec une profonde tristesse que le Peuple devrait désormais se passer de leurs précieux conseils. Le secret du contact avec les pierres de lumière s’était perdu avec la mort de Thaggoran.

Il restait le Barak Dayir, la Pierre des Miracles. C’était la seule chose renfermée dans le coffret que Hresh n’osait pas examiner. Il la laissait prudemment dans sa bourse de velours vert, refusant même de la toucher. Il savait qu’elle avait le pouvoir d’ouvrir les portes de connaissances encore plus riches que celles auxquelles la lecture lui donnait accès. Mais il redoutait d’en faire trop et trop hâtivement. Thaggoran lui avait révélé que la Pierre des Miracles était un fragment d’étoile, mais il lui avait également dit qu’elle pouvait être dangereuse. Hresh préféra donc la laisser de côté jusqu’à ce qu’il soit en mesure de l’utiliser sans courir le moindre risque. Il se félicita chaleureusement en son for intérieur pour cette prudence si contraire à sa nature avant de se moquer de sa ridicule réaction d’orgueil.

Pour les autres membres de la tribu, la promotion de Hresh à la fonction honorifique de chroniqueur était avant tout un sujet d’amusement. Ils avaient entendu la proclamation de Koshmar et le voyaient fourrager tous les jours dans les bagages, mais ils avaient de la peine à comprendre qu’un enfant de son âge fût leur nouveau chroniqueur.

— Suis-je censé t’appeler l’ancien ? lui demanda Minbain en riant.

— Ce n’est qu’un titre, maman. Cela m’est parfaitement égal qu’on l’utilise ou non.

— Mais tu es le chroniqueur ? Tu es vraiment notre chroniqueur ?

— Tu le sais bien, dit Hresh.

Minbain posa les mains sur son giron et se mit à rire de plus belle.

— Je me demande comment un être aussi étrange que toi a pu sortir de mon ventre, dit-elle d’un ton affectueux mais qui semblait dépourvu de bonté. Comment est-ce possible ?

Torlyri s’était montrée beaucoup plus gentille avec lui et lui avait avoué qu’elle avait toujours pensé qu’il était né pour être chroniqueur. Mais Torlyri était gentille avec tout le monde. Orbin, qui était son camarade de jeu et son meilleur ami, le regardait maintenant comme une sorte de monstre à deux têtes et les autres enfants de son âge, qui ne s’étaient jamais sentis à l’aise en sa compagnie, le tenaient franchement à l’écart. La seule exception était Taniane qui ne semblait aucunement impressionnée par sa gloire nouvelle. Elle parlait encore avec lui et marchait à ses côtés comme si rien n’avait changé, mais, depuis quelque temps, elle était de plus en plus souvent avec Haniman. Hresh ne comprenait pas bien ce qu’elle pouvait trouver d’intéressant à ce balourd, mais il fallait reconnaître qu’il était beaucoup moins mollasson depuis que la tribu était en marche et qu’il montrait même quelques signes légers de coordination, voire de grâce.

Anijang, qui, du temps du cocon, serait devenu chroniqueur au bénéfice de l’âge, étouffait un gloussement quand il voyait Hresh approcher. « Quelle corvée tu m’as épargnée, mon garçon ! disait-il. Imagine qu’il aurait fallu que j’apprenne à lire ! » Et il semblait sincèrement soulagé. A l’exception de Salaman qui s’arrêtait parfois pour le regarder comme s’il refusait de croire qu’un garçon encore plus jeune que lui soit devenu le chroniqueur et l’ancien de la tribu, les jeunes guerriers ne lui prêtaient pour la plupart aucune attention. Les guerriers d’âge mûr ne lui lançaient même pas un regard. A leurs yeux le chroniqueur était un personnage qu’il convenait de révérer et il n’était aucunement dans leur intention de révérer ce blanc-bec. Harruel était le seul qui daignât lui adresser la parole. L’écrasant de toute sa masse, il lui avait souhaité bonne chance avec sa brusquerie coutumière. « Tu es très jeune, mais les coutumes changent avec les époques, et, si tu dois être notre chroniqueur, je n’ai rien à y redire. » Hresh l’avait remercié comme il convenait, mais Harruel était devenu si bizarre depuis quelque temps — la mine renfrognée et le regard noir, comme s’il avait connu une cruelle déception — que le gamin préférait garder prudemment ses distances.

Il allait de soi que Hresh était censé garder le secret sur tout ce que le chef lui dictait jusqu’à ce que Koshmar décide d’en faire part à la tribu tout entière. Mais le nouveau chroniqueur n’avait pas encore neuf ans. Un jour où il marchait à côté de Taniane, il se tourna vers la fillette et lui demanda :

— Sais-tu où nous allons ?

— Il n’y a que Koshmar qui le sait.

— Moi aussi.

— C’est vrai ?

— Et je vais te le dire, à condition que tu ne le répètes à personne.

Il se pencha lentement vers elle.

— Nous allons à Vengiboneeza, lui murmura-t-il à l’oreille. Tu ne t’attendais pas à cela, Taniane ? A Vengiboneeza !

Hresh croyait qu’elle allait être abasourdie par cette révélation, mais la fillette tourna vers lui un regard sans expression.

— Où ? demanda-t-elle.

Ils continuaient d’avancer vers l’occident, traversant des paysages variés et, de jour en jour, l’atmosphère se réchauffait sans devenir véritablement agréable.

Pas une seule fois ils ne rencontrèrent d’autres humains. Les étendues désertiques qu’ils traversaient ne semblaient peuplées que d’animaux sauvages et inconnus. Koshmar ne savait si elle devait s’en réjouir ou le déplorer. D’une part, elle eût aimé rencontrer une autre tribu pour avoir la confirmation que sa décision d’abandonner le cocon avant que l’hiver soit véritablement terminé n’avait pas été une grosse erreur. Elle souhaitait également soulager son esprit de la pensée tenaillante que sa petite troupe de soixante âmes était tout ce qui subsistait de la race humaine. Et, au fond d’elle-même, elle n’eût pas été mécontente de s’unir avec quelques autres tribus errantes pour partager les risques et les épreuves du voyage.

Mais, en même temps, l’idée de découvrir d’autres humains ne lui plaisait qu’à moitié. Elle était depuis longtemps le maître absolu et incontesté de sa tribu. Les regards noirs et les grommellements d’Harruel ne constituaient pas une véritable menace : jamais le Peuple ne l’accepterait comme chef. Mais s’ils devaient rencontrer une autre tribu et faire alliance avec elle, il pourrait y avoir des rivalités, des affrontements et même une guerre ouverte. Koshmar n’avait aucune envie de partager son pouvoir avec un autre chef et elle se rendait compte que, dans une certaine mesure, elle souhaitait que sa propre tribu fût la seule à avoir survécu à la destruction de la Grande Planète.

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