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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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Le prince regarda les deux Novamérikains avec une certaine perplexité, puis acquiesça. « Nous nous trouvons à son extrémité nord, soit à près de trente degrés de l’équateur et à une latitude plus septentrionale que celle de l’endroit où vous avez été capturés, bien que le climat soit plus doux ici qu’à Bodgaru. » Yoninne promena ses regards au-delà des entrepôts en pierre et des habitations en bois dégradées par le temps. Des montagnes grisâtres les bordaient sur trois côtés. Pfodgaru n’était qu’une pâle imitation hiémale des villes situées plus au sud. Or le froid allait encore s’accentuer : le long de la lisse, les hommes d’équipage étaient en train de fermer le pont à l’aide de hublots de quartz à lames.

« Je sais bien, poursuivit Pelio, que cet endroit n’est pas le plus agréable de notre royaume, surtout en hiver. Mais il représente le terme méridional de l’unique route polaire que nous soyons par traité autorisés à emprunter. Pendant quatre cents lieues, c’est-à-dire jusqu’au comté de Tsarang, nous traverserons le Royaume des Neiges. »

Leur saut suivant réduisit les montagnes environnant Pfodgaru à la taille d’une minuscule dentelure grise frangeant l’horizon au sud-ouest. La contrée ne paraissait pas très différente des confins septentrionaux de l’Été : on y voyait juste un peu plus de neige et un peu moins de végétation. Les cités qu’ils rencontrèrent étaient bâties uniquement en pierre, ce qui n’avait rien de surprenant puisqu’on ne trouvait pas un seul arbre dans ce pays plat et gris. Mais la construction différait de ce que Leg-Wot avait pu voir dans le sud. L’architecture privilégiait arêtes vives et facettes, et les gargouilles perdaient leur caractère grotesque au profit d’une plus grande abstraction. Par ailleurs, si les habitants de l’Été ne manquaient jamais de faire alterner des rangées de pierres de diverses couleurs, les Hommes des Neiges recherchaient l’effet inverse : même lorsqu’ils disposaient de plusieurs sortes de moellons, ils évitaient de les mêler et préféraient édifier des bâtiments d’une teinte uniforme, soit grise, soit brune.

Il sedégageait de ces villes une impression de pauvreté que Leg-Wot n’avait pas éprouvée lors des brèves visites qu’elle avait effectuées dans les cités du Royaume de l’Été. La nature ne facilitait pas la vie de ces gens. La plupart des bâtiments qui environnaient les lacs de transit paraissaient petits en comparaison de ce qu’elle avait vu dans le Sud. Elle était persuadée que seul le mauvais état de santé de Bjault empêchait celui-ci d’assaillir Pelio de questions : comment les Hommes des Neiges vivaient-ils ? Où trouvaient-ils de quoi se nourrir ? Comment chauffaient-ils leurs maisons en pierre ?

Ils se téléportèrent de ville en ville, franchissant à chaque saut une distance d’environ cent kilomètres. Ils se dirigeaient à présent vers le nord-est, chacun de leurs bonds transportant le yacht jusqu’à un lac de transit situé toujours plus à l’est que le précédent. Le soleil déclinait rapidement vers l’horizon et le froid commençait à se faire sentir. Le vent qui se lamentait en passant à travers les hublots à lames soufflait un air glacial sur les passagers et les poêles à bois disposés sur le pont ne leur étaient pas d’un grand secours. Le pauvre Samadhom avait lamentablement élu domicile à proximité de l’un d’eux, avant que Pelio ne le détache pour le conduire sous le minuscule abri du bateau.

Parmi les ombres orientées vers le nord qu’ils voyaient s’allonger de plus en plus à chaque nouveau lac de transit, les villages leur paraissaient pitoyablement sordides. La neige s’amoncelait au bord de l’eau à la façon d’un dépôt minéral ; nombre d’entrepôts étaient construits à l’aide de blocs de glace souillée, d’une teinte grisâtre. Plus au nord, d’épais bancs de glace s’avançaient jusque dans l’eau. Des équipes de travail composées d’autochtones s’attaquaient avec acharnement à la banquise pour tenter de dégager la voie. L’eau des lacs possédait à présent une couleur très particulière et, même lorsqu’elle gelait en rejaillissant contre les lames des hublots, elle conservait un reflet verdâtre. Pelio apprit à Leg-Wot que les Hommes des Neiges déversaient dans l’eau un produit destiné à la maintenir à l’état liquide en dépit de la basse température. De l’antigel ? Il était difficile de croire qu’à peine quelques heures plus tôt ils traversaient encore des forêts semi-tropicales.

À l’exception d’une bande de trente degrés de largeur située à cheval sur l’équateur, Giri était une planète froide, où la calotte glaciaire s’étendait par endroits jusqu’au 45  degré de latitude. Les colons de Mèreplanète avaient été bien inspirés de s’installer sur Novamérika, plus proche du soleil de cinquante millions de kilomètres. Si les régions tropicales de Novamérika étaient invivables, on trouvait en revanche jusqu’aux pôles des plages propices à la natation, Au cours des trois années d’existence de la colonie, Yoninne avait pris goût aux promenades solitaires sur ces longues plages désertes. Mais y retournerait-elle un jour ?

Elle s’enfonça dans son siège et demeura pendant quelques instants aussi silencieuse et lointaine que Bjault. Quand elle leva de nouveau les yeux, le soleil avait disparu au sud. La lueur du crépuscule céda la place à la nuit en l’espace de quatre sauts — or le milieu de l’après-midi venait à peine d’être franchi ! Les paysages qui se succédaient n’étaient plus éclairés que par les étoiles et la moins lumineuse des deux lunes. Les bâtiments paraissaient plus graciles et élégants que sous l’éclat rougeâtre du crépuscule. Des lampes jaunes brillaient gaiement aux fenêtres. L’air était cristallin, mais le vent soufflant à travers les lames des hublots demeurait violent.

Pelio devenait plus loquace, comme s’il eût discerné l’abattement qui s’était emparé de Yoninne. Il était déjà venu dans cette région deux ou trois fois, tant à l’occasion de visites officielles à l’intérieur des frontières du Royaume des Neiges qu’au cours de tournées dans les États vassaux situés au-delà du pôle. Il expliquait le rôle des divers bâtiments disséminés aux alentours de chaque lac de transit et commentait fièrement le trafic des cargos en provenance ou à destination des fiefs éloignés du Royaume de l’Été ; le sceau royal, formé d’un soleil luisant au-dessus d’une étendue de champs, qui resplendissait sur chaque coque, demeurait parfaitement visible même à la clarté de la lune. À mesure qu’ils s’enfonçaient davantage au cœur de la nuit polaire, le trafic se faisait plus intense. Les embruns eurent bientôt recouvert la plupart des hublots d’une couche de gel qui oblitérait la vue. Après trois ou quatre sauts, leur pilote-navigateur envoyait des hommes d’équipage briser la glace. Les poêles étaient rechargés et de minuscules étincelles rouges jaillissant de leurs flancs illuminaient le pont.

Pelio paraissait si joyeusement animé que Yoninne faillit se laisser aller à sourire. Bien qu’il dût penser à la mort probable au terme de leur voyage, il n’en faisait pas moins tout son possible pourla réconforter. Elle se demanda une fois de plus s’il eût effectué cette tentative sans la menace d’exécution qui pesait sur lui. Neuf jours plus tôt — mais cela semblait beaucoup plus ancien à présent —, lorsqu’en compagnie de Thengets del Prou, Bjault lui avait fait part de son plan, elle avait insisté pour qu’ils allassent directement trouver Pelio.

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