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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Il n’avait toujours pas pris de décision. Il fallait avant tout qu’il gagne du temps, qu’il en apprenne autant que possible.

« Dans trois ou quatre jours au plus tard. Le VSG Jeune voyou, qui vient de la partie médiane de la galaxie, se dirige actuellement vers nous et repartira pour les Nuages d’ici une centaine de jours. Si vous deviez le manquer, votre voyage s’en trouverait considérablement rallongé ; même en l’état actuel des choses, votre propre vaisseau devra gagner le point de rendez-vous à sa vélocité maximale.

« Mon propre vaisseau ? s’étonna Gurgeh.

« Il vous faudra un appareil personnel, d’abord pour rejoindre le Jeune voyou en temps voulu puis, à l’autre bout, pour franchir la distance entre la position la plus avancée que puisse occuper le VSG et l’Empire proprement dit. »

Gurgeh regarda quelques instants les oiseaux immaculés picorer la pelouse. Il se demandait si le moment était venu de parler de Mawhrin-Skel. Quelque chose l’y poussait, histoire de régler cette histoire une bonne fois pour toutes. Qui sait, peut-être s’entendrait-il répondre oui sur-le-champ ; il pourrait alors cesser de s’en faire pour les menaces proférées par la machine (et commencer à s’en faire pour ce jeu follement compliqué). Mais il savait bien qu’il ne devait pas faire ça. Sage est l’homme patient, disait le proverbe. Garde ça pour toi ; songea-t-il ; si tu décides de partir (mais bien sûr, tu n’en feras rien, c’est tout simplement impossible, le fait même d’y songer est complètement fou), fais-leur croire que tu ne veux rien en échange. Laisse-les prendre leurs dispositions, et ensuite fais-leur connaître tes conditions… si Mawhrin-Skel ne se fait pas trop pressant d’ici là.

« Très bien, dit-il au drone de Contact. Je ne dis pas que je partirai, mais je vais y réfléchir. Parlez-moi encore d’Azad. »

Chapitre 9

Les récits qui se déroulaient au sein de la Culture et décrivaient des situations où « les choses tournaient mal » commençaient généralement ainsi : un être humain perdait son terminal, l’oubliait quelque part ou l’abandonnait délibérément. C’était une convention ; en d’autres temps, on aurait pris pour point de départ un individu s’écartant du sentier forestier ; plus tard, ç’aurait été la voiture tombant en panne sur une route déserte. Qu’il soit en forme de bague, de bouton, de bracelet ou encore de stylo ; le terminal était ce qui vous reliait à tous les individus et tous les éléments de la Culture. Avec lui, quand on voulait savoir quelque chose ou qu’on avait besoin d’aide, on n’avait, selon le cas, qu’à poser une question ou lancer un appel.

On racontait des histoires (vraies) de gens tombés du haut d’une falaise et dont le terminal avait relayé le cri à temps : une unité de Central avait pu se connecter à sa caméra intégrée, appréhender la situation et envoyer un drone intercepter le malheureux. Selon d’autres rumeurs, des terminaux avaient enregistré la décapitation accidentelle de leur propriétaire et appelé un drone médical, qui était arrivé à temps pour sauver le cerveau : grâce à lui, le décorporé n’avait plus eu qu’à trouver le moyen de passer le temps pendant les quelques mois que prendrait la repousse.

Terminal était synonyme de sécurité.

Aussi Gurgeh emportait-il toujours le sien quand il partait pour de longues promenades.

Deux ou trois jours avaient passé depuis la visite du drone Worthil ; l’homme était assis sur un petit banc de pierre à la lisière de la forêt, à quelques kilomètres d’Ikroh. Le sentier escarpé l’avait essoufflé. Il faisait un soleil resplendissant, et la terre répandait une odeur douceâtre. Grâce à son terminal, Gurgeh prit quelques photos du panorama qui s’offrait à ses yeux depuis la petite clairière. À côté du banc se trouvait un gros objet métallique rouillé, cadeau d’une ancienne amante ; il l’avait presque oublié. Il en prit également quelques clichés. Soudain, le terminal émit un signal.

« Ici la maison, Gurgeh. Vous m’avez donné l’ordre de vous consulter en cas d’appel de Yay. Elle dit que celui-ci est relativement urgent. »

Depuis quelque temps, il refusait tous ses appels. Ces derniers jours, elle avait à plusieurs reprises cherché à le joindre. Il haussa les épaules.

« Passe-la-moi », répondit-il en laissant le terminal flotter en l’air devant lui.

L’écran se déroula, révélant le visage souriant de Yay.

« Ah, voilà notre reclus ! Comment vas-tu, Gurgeh ?

« Bien. »

Elle se pencha en avant vers son propre écran et plissa les yeux.

« Qu’est-ce que c’est que cet engin, à côté de toi ? »

Gurgeh jeta un coup d’œil à l’objet métallique posé à côté du banc.

« Un canon, lui dit-il.

« C’est bien ce qu’il me semblait.

« C’est une amie qui m’en a fait cadeau, expliqua Gurgeh. Elle adorait forger et couler le métal. Elle a délaissé les tisonniers et autres plaques d’âtre pour les canons. Elle croyait que je m’amuserais à expédier de gros boulets de métal dans le fjord.

« Je vois.

« Mais pour le faire marcher, il faut de la poudre à inflammation rapide, et en fin de compte je n’ai jamais cherché à m’en procurer.

« C’est aussi bien. Ce truc aurait probablement explosé en te faisant sauter la cervelle.

« C’est ce que je me suis dit aussi.

« Tant mieux. (Le sourire de Yay s’accentua.) Dis-donc, devine quoi ?

« Quoi ?

« Je pars en croisière ; j’ai convaincu Shuro qu’il devait élargir son horizon. Tu te souviens de Shuro, celui qu’on a rencontré au tir ?

« Ah oui, je vois. Quand pars-tu ?

« Mais je suis déjà partie. On vient de décoller du port de Tronze, à bord du clipper Un brin de jeu. C’était ma dernière chance de t’appeler en temps réel. À partir de maintenant, le décalage sera tel qu’on sera obligé de s’écrire.

« Ah ! (Il regrettait de ne pas avoir refusé cet appel-là comme les autres.) Et tu t’en vas pour combien de temps ?

« Un mois ou deux. (Le visage gai et souriant de Yay s’assombrit.) On verra. Shuro se fatiguera peut-être de moi avant cela. Ce petit s’intéresse surtout aux hommes, mais j’essaie de le faire changer d’avis. Désolée de ne pas t’avoir dit au revoir avant de partir, mais je ne serai pas longtemps absente, en fait ; je te… »

Le terminal se tut. L’écran réintégra d’un seul coup son logement tandis que l’objet tombait par terre et restait là, silencieux et inerte, sur le sol tapissé d’aiguilles de pin de la clairière. Gurgeh le regarda fixement. Puis il se pencha en avant et le ramassa. En s’enroulant, l’écran avait entraîné des brins d’herbe et quelques aiguilles ; il entreprit de les dégager. La machine gisait sans vie ; son petit voyant indicateur était éteint.

« Alors, Jernau Gurgeh ? » fit Mawhrin-Skel qui arrivait en flottant d’un des côtés de la clairière.

Gurgeh étreignit son terminal des deux mains. Puis il se leva et regarda approcher le drone qui scintillait au soleil. Il se força à se détendre, glissa le terminal dans une poche de sa veste et se rassit sur le banc, jambes croisées.

« Alors quoi, Mawhrin-Skel ?

« Votre décision ? (La machine vint se suspendre au niveau de son visage. Ses champs avaient une teinte bleue toute formelle.) Parlerez-vous en ma faveur ?

« Quelle sera votre réaction si, ce faisant, je n’obtiens aucun résultat ?

« Je vous contraindrai à tenter à nouveau votre chance, mais cette fois en y mettant un peu plus de cœur. Si vous savez vous montrer suffisamment persuasif, ils vous écouteront.

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