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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Gurgeh se leva de son siège et entra dans le champ de l’hologramme. Là, il baissa les yeux sur l’aire fabuleusement compliquée occupée par le jeu qui semblait s’étendre à ses pieds mais, il ne l’ignorait pas, se trouvait en réalité de l’autre côté d’un gigantesque gouffre de vide.

« Est-ce que vous me dites la vérité ? Cet empire existe-t-il réellement ?

« Il est on ne peut plus réel, Jernau Gurgeh. Si vous souhaitez avoir confirmation de mes dires, je peux m’arranger pour qu’on vous accorde un droit d’accès direct spécial au VSG et aux autres Mentaux ayant la charge de ce problème. Vous pourrez apprendre tout ce que vous désirez sur l’empire d’Azad, de la première impression au moment du contact jusqu’aux bulletins d’informations-temps réel les plus récents. Tout est vrai.

« Et de quand date-t-elle, cette première impression ? fit Gurgeh en se tournant vers le drone. Il y a combien de temps que vous étouffez cette affaire, au juste ? »

Le drone hésita.

« Pas très longtemps, déclara-t-il enfin. Soixante-treize ans.

« Eh bien ! On ne peut pas dire qu’on précipite les choses, chez vous !

« Sauf quand nous n’avons pas le choix, reconnut le drone.

« Et l’empire, que dit-il de nous ? s’enquit Gurgeh. Laissez-moi deviner ; vous ne leur avez pas parlé de la Culture.

« Bien vu, Jernau Gurgeh, répondit la machine avec une trace de gaieté dans la voix. En effet, nous ne leur avons pas tout dit. Le drone que nous enverrons là-bas avec vous aura le devoir de vous le rappeler constamment : depuis le tout début, nous avons donné à l’Empire une idée fausse de la répartition et de la taille de notre population, ainsi que de nos ressources, de notre niveau technologique et de nos intentions réelles… Naturellement, seul le nombre relativement faible de civilisations avancées régnant dans la région concernée du Nuage Mineur nous a permis d’agir ainsi. Par exemple, les Azadiens ignorent que la Culture est basée dans la galaxie principale ; ils croient que nous venons du Nuage Majeur, et que nous sommes deux fois plus nombreux qu’eux seulement. Ils n’ont qu’une très vague idée du niveau de génomanipulation présent chez les humains de la Culture, ou du degré de raffinement de nos intelligences mécaniques ; ils ne savent pas ce que c’est qu’un Mental de vaisseau, et n’ont jamais vu de VSG. Ils s’efforcent d’en savoir plus sur nous depuis le premier contact, naturellement ; mais sans succès. Ils pensent sans doute que nous avons une planète mère, quelque chose dans ce genre ; eux-mêmes sont encore très axés sur le système des planètes : ils mettent en œuvre des techniques de terraformation afin de créer des écosphères vivables ou, plus fréquemment, ils s’emparent de globes déjà habités. Sur le plan écologique et moral, ce peuple est une véritable plaie. S’il cherche à se renseigner sur nous, c’est qu’il désire nous envahir, conquérir la Culture. Le problème est que, comme toujours chez les êtres à mentalité de « tyranneaux », ces gens ont profondément peur ; ils sont à la fois xénophobes et paranoïaques. Nous n’avons pas osé leur révéler la puissance et l’étendue de la Culture, de peur que l’empire tout entier ne s’auto-détruise… comme cela s’est effectivement produit par le passé ; mais bien sûr, c’était avant la création de Contact. Aujourd’hui, la technique est plus au point. Tout de même, cela reste tentant, ajouta le drone, qui eut tout à coup davantage l’air de penser tout haut que de s’adresser à Gurgeh.

« À vous entendre, déclara ce dernier, ce sont de vrais… (Il faillit dire barbares, mais le mot lui parut trop faible.) Animaux, acheva-t-il.

« Hmm, fit le drone. Justement, écoutez-moi bien maintenant. C’est là le terme qu’ils emploient pour définir les espèces qu’ils réduisent en esclavage : des animaux. Bien sûr, ce sont bien des animaux, de la même façon que vous en êtes un et que je suis, moi, une machine. Toutefois, ces créatures sont pleinement conscientes et vivent au sein d’une société au moins aussi élaborée que la nôtre. Peut-être plus, en un sens. C’est un pur hasard que nous les ayons trouvés à un moment où leur civilisation nous paraît primitive ; un âge glaciaire de moins sur Eä, et les choses auraient très bien pu se produire dans l’autre sens. »

Gurgeh hocha la tête d’un air pensif et regarda les êtres se déplacer sans bruit sur le paysage artificiel du jeu, sous la lumière simulée d’un lointain soleil étranger.

« Cependant, reprit vivement Worthil, c’est le contraire qui est arrivé ; nous n’avons donc pas à nous en faire. Et maintenant, autre chose. (Ils se retrouvèrent brutalement dans la salle de projection d’Ikroh. L’holoécran était éteint, les fenêtres à nouveau translucides ; Gurgeh battit des paupières pour lutter contre le flot de lumière qu’elles laissaient pénétrer.) Vous vous rendez certainement compte que nous sommes loin de vous avoir tout dit sur la question ; mais vous connaissez maintenant notre offre, au moins dans les grandes lignes. Je ne vous demande pas dès maintenant un oui sans équivoque, mais dois-je continuer ou avez-vous d’ores et déjà fermement décidé de ne pas y aller ? »

Gurgeh se frotta la barbe et regarda par la fenêtre, qui donnait sur la forêt surplombant Ikroh. Il avait trop à assimiler en trop peu de temps. Si ce qu’on lui disait était vrai, l’Azad était le jeu le plus intéressant qu’il lui ait jamais été donné de connaître… Peut-être même était-il plus intéressant que tout. En tant que défi ultime, il le trouvait à la fois excitant et répugnant ; il se sentait instinctivement attiré vers lui – c’était une attirance presque sexuelle –, même s’il était encore tôt, même s’il ne savait presque rien de lui… Seulement, il n’était pas sûr de posséder un capital suffisant d’autodiscipline pour étudier avec un tel acharnement deux années durant ; il ne savait pas s’il pourrait se composer une représentation mentale d’un jeu aussi incroyablement complexe. Il se répétait sans arrêt que les Azadiens y arrivaient bien, eux : mais, comme l’avait dit le drone, ils évoluaient dans le jeu depuis leur naissance ; peut-être ce dernier ne pouvait-il être maîtrisé que par un individu dont il avait lui-même modelé les processus cognitifs…

Mais cinq années ! Une éternité… Cela ne signifiait pas seulement partir d’ici, mais aussi en passer la moitié, voire davantage, sans pouvoir – faute de temps – se tenir au courant de l’évolution des autres jeux, lire ou écrire des essais, sans pouvoir rien faire d’autre qu’apprendre ce jeu absurde et obsédant. Il changerait ; quand ce serait terminé, il serait un autre homme. Il ne pourrait s’empêcher de changer, d’être dans une certaine mesure contaminé par le jeu lui-même ; c’était inévitable. Et une fois qu’il serait de retour, réussirait-il jamais à rattraper son retard ? On l’oublierait ; il serait resté si longtemps absent que les milieux du jeu de la Culture le négligeraient ; il ferait partie du passé. Et en rentrant, aurait-il le droit de parler ? Ou bien l’embargo de Contact, qui durait depuis soixante-treize ans, resterait-il en vigueur ?

Mais s’il partait, il se donnait peut-être les moyens d’acheter le silence de Mawhrin-Skel. D’inverser le rapport de forces. De le faire réintégrer parmi les membres de CS ou, songea-t-il brusquement, de demander à ceux-ci de le réduire au silence d’une manière ou d’une autre.

Un vol d’oiseaux traversa le ciel, tachetures blanches sur le fond vert sombre des flancs boisés de la montagne ; ils se posèrent dans le jardin, sous la fenêtre, et se mirent à picorer de-ci de-là. Gurgeh se retourna une nouvelle fois vers le drone et croisa les bras.

« Pour quand vous faut-il une réponse ? » demanda-t-il.

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