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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Très joli, dit-il en souriant.

Elle lui décocha un regard espiègle.

— Voyons, c’est la semaine de la remise des diplômes !

— Oui, mais il faut vraiment le savoir ! Depuis qu’ils ont supprimé la cérémonie, en 98, ça se passe plutôt discrètement.

— Il y avait trop d’alertes à la bombe à l’époque.

— Ça n’est plus le cas. Mais, d’après moi, ça leur fait faire des économies. Plutôt pingre, la nouvelle génération.

Kelly lui planta son coude dans les côtes.

— Eh bien, « l’ancêtre », où allons-nous ce soir ?

— Je croyais que ton amie Diane organisait une petite fête ?

— Oui, mais plus tard, après la fermeture des boîtes.

— Dans ce cas, pourquoi ne pas aller au Branché, puis voir ce qui se passe du côté du Club Centauri ?

Kelly parut perplexe.

— Je croyais que ta cousine nous avait invités à une soirée ?

— Ma cousine ?

— Jena Thornton. Tu te rappelles ?

Michael lâcha un juron silencieux. Pourquoi avait-il parlé à Kelly de cette invitation ?

— Il n’y a que des mutants. Tu t’ennuierais.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

— Crois-moi, je le sais.

— Michael, ce n’est pas juste. Comment est-ce que je rencontrerai jamais ta famille ?

— Ce ne serait pas la meilleure occasion pour ça.

Les lèvres du garçon dessinèrent une ligne mince qui affichait toute sa résolution.

— Pourquoi ?

— Bon sang, Kelly, est-ce que tu m’écoutes à la fin ? C’est une soirée exclusivement mutante.

— Tu as honte qu’on te voie avec moi ?

— Mais non !

— En ce cas, allons chez Jena.

Michael laissa échapper un soupir.

— Comme tu veux. Mais ne viens pas dire que je ne t’ai pas prévenue.

Furieux, il sortit en marche arrière de l’allée. Emmener Kelly à une soirée de mutants, c’était bien la dernière chose dont il avait envie. Mais il ne pouvait plus se dédire sans s’exposer à une vraie dispute. Il récita brièvement un psaume dans sa tête pour retrouver son calme et se dirigea vers la maison de sa cousine.

La circulation était fluide. Vingt minutes plus tard, il garait l’engin le long du trottoir à proximité de la maison.

Jena leur ouvrit la porte. Elle portait un corsage moulant, chatoyant, presque de la couleur de ses cheveux, des collants et des bottes assortis. Un éclair d’étonnement passa sur son visage et s’envola aussi vite, remplacé par un sourire éclatant.

— Michael ! Et tu es Kelly, n’est-ce pas ? Ravie que vous soyez venus. Ils sont tous là, au salon. Entrez.

La pièce était emplie de mutants et des échos de leurs mélopées de plaisir. Dans l’angle, étaient assis deux couples plongés en communion mentale, bras joints. Sur leur visage se lisaient la joie, l’émerveillement, l’extase. Non loin, deux garçons en combinaison noire, en suspension près du plafond, se lançaient une sphère de verre brillante sans la toucher. Une fille rousse aux boucles torsadées fit un bond et les rejoignit. Près des canapés où flirtaient et se caressaient des couples de mutants, des plateaux de nourriture flottaient au-dessus des accoudoirs.

Michael chercha la main de Kelly. Les chants se turent. Tous les yeux dorés présents dans la pièce se braquèrent sur les nouveaux arrivants, les jaugeant dans le silence pesant. Jaugeant et condamnant.

Michael s’avança, défiant du regard le moindre geste inconvenant, le moindre commentaire désagréable. Il hocha froidement le menton à l’adresse des membres du clan. Ses cousins lui rendirent son salut et retournèrent à leurs jeux.

Michael sentit la chaleur d’une main sur son bras. Jena l’avait suivi. Elle portait autour du cou un collier court fait de badges de l’unité retenus par une chaîne. Il huma son parfum : une délicieuse odeur de musc. Quelle belle fille, songea-t-il. Un picotement de désir coupable lui enflamma les reins. Que faisait-il là ?

— Michael, tu permets que je fasse visiter l’appartement à Kelly ? Je parie qu’elle n’est encore jamais entrée dans une maison de mutant, dit Jena en passant un bras autour de la taille de Kelly. Tu aimerais voir le sanctuaire où mon père récite ses psaumes ?

Kelly acquiesça d’un signe de tête, mais Michael eut l’impression qu’elle était troublée et un rien hésitante.

— Je vous accompagne, déclara-t-il.

— Oh, tu vas t’ennuyer, répliqua Jena en le congédiant d’un geste de la main. D’autant que tu connais déjà la maison.

S’il n’appréciait guère ce que sous-entendait cette remarque, il ne pouvait protester sans déclencher une scène. Impuissant, il regarda Jena emmener Kelly.

— Tu sors avec une normale, Ryton ? demanda Stevam Shrader.

Michael le toisa avec mépris, agacé par son ton condescendant. Aux rassemblements du clan, Shrader était incapable de participer au moindre chant de groupe sans se tromper. Il était du genre balourd, tout en muscles. Qu’est-ce que Jena pouvait bien lui trouver ?

— Oui, répondit Michael froidement. Je sors avec Kelly McLeod.

Vala Abben, une fille dotée d’une chevelure brune parsemée de cristaux d’argent, vint se mêler à la conversation.

— Tu n’as pas peur du blâme ? demanda-t-elle. (Avec son menton pointu et son côté fureteur, elle faisait penser à un rongeur carnassier reniflant de la chair fraîche.) Elle n’est pas du genre, disons, barbante ? Bornée ?

— Elle est rafraîchissante, rétorqua-t-il en attrapant un nem au chou qui flottait à sa portée. Elle est intelligente, drôle et séduisante.

Shrader hocha la tête.

— Ouais, elle n’est pas mal. Sans doute un bon coup, question baise. Mais ce n’est pas une mutante.

— Dieu merci, dit Michael avant de tourner les talons, gagné par la colère.

S’ils s’étaient trouvés dans tout autre lieu, il aurait fait passer Shrader à travers le mur rien que pour son commentaire. Mais il n’était pas chez lui, et ce n’était pas sa fête. Il partit à la recherche de Kelly et de Jena.

— Et ça, ce sont les bâtons de psaumes qu’on utilise certains jours, expliqua Jena.

Elle en fit flotter un vers Kelly. La baguette de teck était richement colorée ; la surface en avait été lissée au cours de longues manipulations jusqu’à lui donner la consistance de la soie. Kelly l’effleura délicatement.

— Intéressant.

Elle posa l’objet sur la table près de la fenêtre. Jena se montrait gentille avec elle, mais cela la mettait mal à l’aise. Michael avait peut-être raison. Elle n’appartenait pas à ce monde.

— Viens voir la serre, proposa Jena.

La porte de verre irisé coulissa doucement, sans que la jeune fille l’eût touchée. Kelly essaya de percer les ténèbres qui enveloppaient l’arrière-cour à la végétation luxuriante.

— J’ai toujours pensé que mon cousin était un redoutable séducteur, dit Jena dans un murmure rauque qui invitait à la confidence.

— Ah, vraiment ?

La réponse de Kelly était chargée d’ironie ; l’intérêt que Jena portait à son cousin était évident. Celle-ci se rapprocha.

— Oui. Ce n’est pas ton avis ? As-tu déjà couché avec un mutant avant lui ? Comment est-il ?

Tu aimerais le savoir, n’est-ce pas ? songea Kelly. Eh bien, va te faire voir. J’en ai assez de cette drôle de fête, et de ta curiosité en particulier. Kelly allait lui faire remarquer qu’elle ne manquait pas de toupet lorsque Jena lui toucha le côté du visage. Une sorte de caresse, mais qui par sa vigueur ressemblait plutôt à une agression. Comme Kelly tentait de protester, elle se sentit clouée sur place, les tempes battantes. Était-elle en train de défaillir ? Oui, et Jena la retenait pour l’empêcher de tomber. Bonne Jena. Gentille Jena. Jena était son amie. Bien sûr, elle lui parlerait de Michael…

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