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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Dolon secoua la tête. « As-tu des vivres ? Je ne peux rien t’offrir, hélas. Nous ne sommes plus livrés. J’ignore quand je pourrai recevoir des provisions, pour moi et pour les autres. » Il jeta un regard sur les deux femmes. « Je redoutais un afflux de réfugiés, mais il semble que la plupart des paysans aient pu gagner la ville à temps. »

L’estomac d’Everard protesta. Il fit de son mieux pour le faire taire. Vu son entraînement et son état de santé, il pouvait rester plusieurs jours sans manger avant d’être affaibli. « Je demande seulement un peu d’eau.

— De l’eau bénite, issue du puits divin, ne l’oublie pas. Qu’est-ce qui t’amène ici ? » Soupçonneux : « Comment peux-tu connaître l’existence de ce temple alors qu’il n’est dédié à Poséidon que depuis quelques mois à peine ? »

Everard avait eu le temps de peaufiner son bobard. « Je m’appelle Androclès et je viens de Thrace. » Cette contrée à demi barbare, dont les Grecs ne savaient presque rien, avait pu engendrer un colosse comme lui. « L’année dernière, un oracle m’a dit que si j’allais en Bactriane, j’y trouverais non loin de la capitale un temple dédié au dieu où ma peine trouverait solution. Je ne dois rien te dire de la peine en question, sinon que je n’ai commis aucun péché, que je ne suis point impur.

— Une prophétie, un pont jeté vers l’avenir », souffla Dolon. Si impressionné fût-il, il n’en demeurait pas moins méfiant. « As-tu parcouru tout seul cette longue route ? Plusieurs centaines de parasangs[14], si je ne me trompe.

— Non, non, j’ai acheté mon passage dans une série de caravanes. Je me trouvais dans la dernière, en route pour Bactres, lorsque nous avons appris qu’une armée marchait sur la ville. Le chef de caravane a décidé de faire demi-tour. J’ai choisi de poursuivre en solitaire, persuadé que le dieu veillerait sur moi. Hier, une bande de voleurs… sans doute des paysans ruinés par les pillards… m’a dérobé ma mule et mon bagage, mais j’ai pu leur échapper pour continuer à pied. Et me voici.

— En vérité, tu as souffert bien des épreuves, dit Dolon d’un air compatissant. Que dois-tu faire à présent ?

— Attendre que le dieu me donne… euh… de nouvelles instructions. Je suppose qu’il le fera dans un rêve.

— Eh bien… enfin… je n’en sais trop rien. Ceci est plutôt irrégulier. Interroge donc le prêtre. Il est en ville pour le moment, mais on ne tardera pas à le laisser sortir pour venir… régler ses affaires ici.

— Je t’en prie ! N’oublie pas que je suis voué au silence. Si le prêtre me pose des questions, si je refuse d’y répondre et s’il insiste… l’Ébranleur du sol n’en sera-t-il pas fâché ?

— Euh… je…

— Écoute », reprit Everard, s’efforçant de paraître à la fois ferme et affable, « il me reste une bourse pleine. Une fois que j’aurai reçu le signe que j’attends du dieu, j’ai bien l’intention de faire à ce temple une substantielle donation. Un statère d’or. » Soit l’équivalent de mille dollars dans les États-Unis des années 1980, si tant est qu’une telle comparaison ait un sens.

« Je pense qu’avec cela tu pourras… le temple pourra nourrir ses hôtes pendant un bon moment. » Dolon hésita.

« Telle est la volonté du dieu, insista Everard. Tu ne vas pas t’y opposer, tout de même. Il me vient en aide et je te viens en aide. Tout ce que je demande, c’est pouvoir attendre en paix qu’un miracle survienne. Considère-moi comme un fugitif. Regarde. » Il ouvrit sa bourse et en sortit une poignée de drachmes. « Je suis bien pourvu, comme tu le vois. Permets-moi de t’offrir cet argent. Tu le mérites. Pour moi, c’est un acte de piété. »

Dolon tressaillit puis se lança et tendit la main. « Très bien, très bien, pèlerin. Les voies des dieux sont décidément impénétrables. »

Everard le paya. « Permets-moi d’entrer, de prier et de recevoir la bénédiction du dieu, de devenir son hôte en toutes choses. Ensuite, je resterai assis dans un coin sans déranger personne. »

L’ombre et la fraîcheur apaisèrent sa peau cuite par le soleil et ses lèvres asséchées. La source gazouillait au centre de la cour, sur un talus servant d’assise à l’édifice. Après avoir empli un bassin creusé dans le sol, elle s’écoulait dans une conduite qui disparaissait sous un mur, pour se déverser sans aucun doute dans un ruisseau proche du temenos. Derrière elle se dressait un bloc de pierre mal dégrossie, l’autel originel. On avait peint l’image de Poséidon sur une de ses faces, à peine visible dans cette chiche lumière. Le sol était jonché d’offrandes diverses, en majorité des modelages d’argile représentant une maison, un animal domestique ou un organe humain – tous prétendument guéris par le dieu. Nicomaque prélevait sans doute les biens précieux et les denrées périssables chaque fois qu’il venait faire un tour ici.

Votre foi naïve ne vous a guère aidés, pauvres gens que vous êtes, songea Everard avec tristesse.

Dolon se prosterna devant le dieu. Everard s’efforça de l’imiter au mieux, ainsi que l’aurait fait un Thrace un peu balourd. Se redressant sur ses genoux, le gardien du temple remplit une coupe d’eau et la tendit au suppliant. Dans l’état où il était, cette gorgée d’eau fit à Everard l’effet d’une bière bien fraîche. La prière qu’il adressa en remerciement était presque sincère.

« Je te laisse seul avec le dieu pour quelque temps, déclara Dolon. Tu peux remplir cette jarre d’eau et l’emporter avec toi avec respect. » Il s’en fut après une ultime révérence.

J’ai intérêt à ne pas traîner, se rappela le Patrouilleur. Cela dit, un peu d’intimité et de repos, et une chance de cogiter…

Il n’avait formulé que de vagues plans. Premier objectif : s’introduire dans le camp syrien et localiser un chirurgien militaire nommé Caletor d’Oinoparas, alias l’agent Hyman Birenbaum, qui bénéficiait tout comme lui d’appoints médicaux lui permettant de vivre parmi les païens en passant inaperçu. Peut-être trouveraient-ils une excuse pour s’isoler dans un coin tranquille, à moins que Birenbaum n’ait les moyens d’organiser l’évacuation d’Everard. Le plus important, c’était de s’éloigner suffisamment des capteurs exaltationnistes pour transmettre à la Patrouille les informations recueillies sur le terrain afin qu’elle soit en mesure de préparer une contre-offensive.

Mais à en juger par les précautions prises par ces salopards, il y a peu de chances pour que nous les capturions tous les quatre. Et merde !

Peu importe. Comment allait-il s’y prendre pour contacter Birenbaum alors que les soldats ennemis risquaient de le trucider dès qu’ils l’auraient repéré ? Peut-être les retarderait-il en leur disant qu’il était porteur d’un message urgent, mais ils le conduiraient alors à leurs officiers, qui s’empresseraient de le cuisiner sur le message en question, et il n’était pas question de leur parler de Caletor de peur de compromettre celui-ci – tous deux périraient alors sous la torture, car leur conditionnement les empêcherait d’avouer quoi que ce soit.

S’il était venu dans ce temple, c’était dans l’espoir d’y trouver un responsable quelconque – un prêtre ou, faute de mieux, un acolyte. Celui-ci aurait pu lui fournir une escorte et un sauf-conduit pour franchir les barrages syriens. Et s’il exhibait sa lampe torche en affirmant que c’était un don de Poséidon ?… Il devrait pour cela attendre que Nicomaque (alias Draganizu) ait retrouvé Polydore (alias Buleni) et que tous deux fussent repartis. Il avait envisagé de n’arriver qu’après leur rencontre, mais il aurait couru plus de risques à errer dans la campagne qu’à poireauter dans cette cour, et peut-être observerait-il des détails intéressants…

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14

Unité de distance perse, correspondant environ à 5,5 km. (N.d.T.)

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