Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Lorsqu’il s’absentait, saviez-vous où il allait ?
— Mais au siège, ou bien dans les autres usines… Il se rendait parfois à l’étranger pour négocier des machines, mais je ne m’intéressais pas au détail de ses activités. Je ne tenais pas un registre de ses absences !
— Bien sûr, je comprends.
— De toute façon, il me téléphonait presque tous les jours.
— Lui connaissiez-vous des ennemis ?
Elle regarda Quentin, surprise, avec une expression de crainte.
— Des ennemis… au point de le tuer ? Non, je ne vois pas. Mais il est sûr qu’avec sa position, il n’avait pas que des amis. Il était conduit à prendre des déci sions qui ne convenaient pas à tout le monde. C’était un homme dynamique qui se heurtait souvent à l’immobilisme… Si vous croyez que c’est facile de faire travailler des gens qui pensent que tout leur est dû !
Personne, compte tenu des circonstances, ne pouvait reprocher à madame Verdoux de ne pas être objective. Quentin n’insista pas.
— Depuis quand connaissiez-vous votre mari ?
— Je l’ai rencontré en 1973 et nous nous sommes mariés en 1975.
— Il avait donc déjà quitté l’armée ! Vous parlait-il souvent de sa carrière militaire et de l’Algérie ?
— Cette période avait été une partie importante de sa vie. Il était très attaché à l’armée. La perte de l’Algérie a été un déchirement pour lui, vécue comme une trahison. Il s’était tellement investi…
— Je comprends. J’ai entendu dire par tous ceux qui y sont allés que ce pays a quelque chose d’envoûtant. Je suppose qu’il était partagé entre l’envie d’y retourner par nostalgie, et la crainte de revivre des moments douloureux. Sans doute aurait-il été peiné de s’y sentir étranger…
— Exactement, vous avez bien compris.
— Vous avait-il parlé de Sidi Bleda ?
En posant cette question, il observait attentivement ses réactions. Il avait abordé le sujet de façon anodine, après avoir feint une certaine compassion. Madame Verdoux ne broncha pas d’un cil.
— Non, pas spécialement, du moins cela ne m’a pas frappée. Pourquoi ? C’est une ville d’Algérie ?
— Il paraît que c’est une région très pittoresque. C’est du moins ce que m’ont affirmé des anciens d’Algérie.
Il ne pouvait pas, bien entendu, avancer les véritables raisons de sa curiosité. Aussi, il passa vite à autre chose. Il demanda s’il arrivait à son mari de travailler chez lui pour Polybois. Elle le conduisit alors dans une pièce bien trop petite pour constituer une chambre. Il y avait là un petit bureau, un meuble vertical à classeurs et une chaise.
— Si vous permettez, je vous laisse regarder tout seul, dit-elle.
Bruchet s’employa à fouiller partout, dans les tiroirs, les classeurs, les dossiers, mais il ne trouva rien de ce qu’il espérait, que des papiers sur le bois et ses divers usages ainsi que des rapports et notes de service. Seuls les tiroirs du bureau contenaient des dossiers. Il remit tout en place et sortit.
— Je vous remercie, dit-il pour prendre congé. Je ne vais pas perturber davantage votre journée.
— Vous faites votre travail, je comprends.
Sur le pas de la porte, Quentin vit que le sac à dos qui avait attiré son attention en arrivant avait disparu. Il se sentait étrangement perplexe parce qu’il s’agaçait de ne pas comprendre ce qui l’intriguait inconsciemment dans cette visite qui avait malgré tout un peu tourné à la perquisition.
En quittant la maison, il croisa une voiture avec des skis sur le toit et aussitôt une image lui revint à l’esprit : la présence des skis dans la voiture de madame Verdoux. Étant donné l’épreuve qu’elle venait de subir, elle avait bien le droit de se changer les idées ! Mais pour quoi avoir dissimulé le sac à dos pendant qu’il avait examiné les papiers de son mari ?
Quentin ne comprenait pas l’attitude de cette femme qu’il avait imaginée repliée sur elle-même, recherchant plutôt du réconfort dans sa famille. Les femmes de militaires devaient être d’une constitution particulière. Soupçonneux, il décida de faire demi-tour et de se garer dans une rue voisine de celle de madame Verdoux.
La BMW grise de celle-ci ne tarda pas à passer à côté de lui. D’instinct, il la suivit à distance dans la direction de Morez. Au bout d’une heure, elle bifurqua sur une petite route qui montait en lacets. Quentin leva le pied car il ne voulait pas que sa filature soit découverte. Un peu plus loin, il retrouva la BMW arrêtée sur le bas-côté. Les skis qu’il y avait vus le matin n’y étaient plus. Au sol des traces fraîches de skieur partaient sur un petit sentier. Il n’était pas équipé pour suivre cette piste. Dans le froid et l’humidité, à la fin n’y tenant plus, il décida de rebrousser chemin après avoir marqué l’endroit afin de le reconnaître. Avec son Opinel, il taillada l’écorce d’un arbre en bordure de la route.
Il était presque treize heures quand il rejoignit Citraize.
— Où étiez-vous donc, Bruchet ? Vous avez l’air frigorifié.
Quentin, un peu penaud, raconta à son patron son escapade du matin, s’attendant à des reproches pour cette initiative prise de façon impulsive et pour cette perquisition qui n’avait pas respecté les règles de la procédure.
— Je crois bien que j’aurais agi comme vous à votre âge. Il faut suivre son instinct, mais à condition de le tenir en laisse. Si j’ai bien compris, vous mourez d’envie de retourner là-haut voir où madame Verdoux allait se promener. Elle a certainement une bonne raison pour sortir. Descendons déjeuner. À mon tour, j’ai des informations à vous communiquer.
Ils reprirent leur place préférée devant la cheminée. Ils étaient suffisamment à l’écart pour bavarder en toute discrétion.
— Je suis très bien ici, commença le commissaire, mais je me serais bien passé de cette grippe. Par téléphone, j’ai pu faire avancer nos affaires. Tout d’abord, je vous annonce que lundi matin, nous aurons un renfort. Le capitaine Ledran viendra nous aider. Que les choses soient bien claires ! C’est vous qui continuerez à mener l’enquête, même si Ledran est un ancien. Vous avez toute ma confiance, et Maurice ne s’offusquera pas de travailler avec quelqu’un de plus jeune. C’est un homme très accommodant. J’espère moi-même être sur pied car s’il faut entendre tout le personnel, nous n’avons pas fini ! Dans les circonstances présentes, il faut battre le fer quand il est chaud, si tant est que l’on trouve de la chaleur dans ce bled. Voilà pour le premier point.
— Et le second ?
— J’y viens. J’ai réussi à joindre mon vieil ami, le commissaire Patsky des Renseignements intérieurs. Il va se renseigner sur notre homme, mais il ne m’a pas caché que l’on risquait de se heurter à des obstacles même s’il est bien placé et qu’il a le bras long. En outre, il me doit quelques services.
Ils bavardèrent pendant tout le repas comme de vieilles connaissances.
— Comment comptez-vous aller faire votre balade dans les bois sans équipement ? L’aubergiste doit bien pouvoir vous fournir ce qu’il vous faut. Mais au préalable, je vous conseillerais de repérer les lieux sur une carte.
— J’aimerais bien savoir ce qui pouvait attirer cette femme dans ce coin.
— Peut-être le souvenir d’une promenade faite avec son mari, une sorte de pèlerinage. N’oubliez pas qu’elle souhaitait faire incinérer son corps. Elle allait peut-être tout simplement repérer un endroit pour disperser ses cendres. Elle a sans doute des liens affectifs avec cet endroit. Il serait délicat de le lui demander…
— Vous avez sans doute raison, j’ai le tort de voir le mal partout. Mais cette femme m’intrigue depuis que je l’ai rencontrée, et il est vrai que le chef Courtay a eu le chic pour créer le mystère.