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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Mettons cela sur le compte de la déformation professionnelle. Mais n’ayez pas peur de suivre votre idée. Au pire vous ne trouverez rien, mais vous aurez pris l’air et fait de l’exercice.

Quentin alla trouver le patron de l’auberge qui lisait le journal derrière son comptoir. Il prétexta qu’il aimerait faire une petite randonnée dans les bois et Moutiers, ravi de lui être utile, l’entraîna à l’arrière de son établissement :

— Je n’ai pas de quoi équiper un régiment, mais vous devriez trouver ici ce qu’il vous faut, dit l’hôtelier.

Gradenne semblait plus fatigué que la veille ; il regagna péniblement sa chambre tandis que Quentin partait pour Crampigny. Le chef Courtay était dans son logement de fonction, mais le gendarme de permanence avait reçu la consigne de l’appeler si quelqu’un de la PJ se présentait. Ce qui fut fait.

— Quel bon vent vous amène ? demanda-t-il. Vous avez du nouveau ?

— Rien de très passionnant, je creuse mon sillon. Nous allons avoir du renfort lundi et nous pourrons ainsi interroger tout le personnel ou presque. Auparavant, j’aimerais aller faire un tour en ski de fond dans la nature et j’aurais besoin de cartes. Auriez-vous cela ?

— Mais certainement. Je ne saurais cependant trop vous recommander la prudence. Certains endroits sont dangereux.

— Je comprends, aussi je souhaiterais repérer les lieux auparavant.

— Vous avez raison.

Quentin repartit avec plusieurs cartes topographiques et se rendit directement à l’usine. Il y retrouva Denis Jantet, le contremaître qui était dans sa cabine.

— Bonjour, dit ce dernier d’une voix aimable. Vous ne vous reposez jamais dans la police ?

Les deux hommes échangèrent quelques mots et Quentin regagna son bureau afin d’y examiner les listings pour établir dans quel ordre il entendrait le personnel.

Le ciel était bas et la lumière faible. Le bâtiment administratif ne devrait plus recevoir de visite avant lundi.

De retour à l’auberge, il s’attendait à voir Gradenne dans son fauteuil mais celui-ci était au lit et dormait. Madame Moutiers lui confirma qu’il était fatigué et qu’il avait à nouveau de la fièvre.

Quentin dîna donc seul. Un couple de retraités vint s’attabler à côté de lui. Ils parlaient peu et à voix basse. Une petite musique douce invitait au calme et à la détente. Le policier, qui ne parvenait pas à oublier son enquête, goûtait malgré tout la quiétude des lieux et la chaleur du foyer où de grosses bûches se consumaient lentement. L’aubergiste le sortit de ses pensées :

— Quelqu’un vous demande au téléphone, dit-il en lui tendant le combiné sans fil.

— Allo ? Je suis Philippe Astier, de la Dépêche comtoise. Pourrais-je vous rencontrer ?

— Maintenant ?

— Si cela ne vous dérange pas…

Quentin réfléchit avant d’accepter à contrecœur. Comme le lui avait prédit Gradenne, la presse finirait par s’en mêler, alors autant tenter de maîtriser au mieux l’information.

Quelques minutes plus tard, entra un homme d’une bonne cinquantaine d’années, emmitouflé dans un anorak et coiffé d’une casquette à carreaux.

— C’est vous l’inspecteur ? demanda-t-il.

Quentin comprit que l’autre s’attendait sans doute à rencontrer un homme d’âge mûr fumant la pipe.

— Je suis le lieutenant Bruchet, répondit Quentin. Installons-nous au salon.

— J’ai appris que le commissaire qui vous accompagne est souffrant, commença Astier.

Cette parole irrita Quentin. D’abord, le journaleux n’avait pas à connaître ce « détail ». Ensuite, il laissait entrevoir qu’il s’adressait au sous-fifre faute de mieux. Le jeune policier revécut alors le début de sa conversation avec Lambard, « l’ancien de La Royale ». En l’attendant, il s’était demandé comment satisfaire le plumitif sans rien dévoiler d’important. Il choisit de s’en servir plutôt que de le subir. Dans ce coin perdu, il devait sans doute exceller dans les reportages sur le club de foot local ou la fête des bûcherons. Quentin se pencha vers lui et lui confia à voix basse :

— Je ne peux pas tout vous dire, mais sachez que le commissaire va très bien. Pour les besoins de l’enquête, il doit être joignable à tout moment. Par téléphone, il obtient des informations tout à fait fondamentales, il maîtrise l’affaire, et moi, je suis son antenne sur le terrain.

— Ah bon, on m’avait dit que…

— N’allez surtout pas l’ébruiter…

— Non, non, comptez sur moi, répondit Astier, flatté d’être dans la confidence. Il paraît qu’il y a un fait nouveau.

Quentin n’avait pas envie de lâcher le morceau. Nul doute que quelqu’un avait bavardé, et il était préférable que le journaliste n’écrive pas n’importe quoi.

— Tout dépend de ce que vous appelez un fait nouveau.

— Votre présence ici dure plus que prévu. Il s’agirait d’un meurtre… ?

— Qui vous a dit cela ?

Astier se mordit la lèvre et balbutia que c’était une rumeur qui circulait.

— Vous avez bien fait de venir aux sources. Je peux seulement vous dire qu’une instruction est ouverte et que l’enquête suit son cours.

Quentin partit ensuite dans un monologue obscur et incompréhensible dans lequel il ne disait en vérité que des banalités et, lorsque l’autre voulait des précisions, il se retranchait derrière le secret de l’instruction.

Astier prenait des notes sans broncher, et osa une question :

— Pourquoi les gendarmes ont-ils tout d’abord conclu à un accident ?

— Dans cette affaire, la gendarmerie et la police judiciaire sont totalement en harmonie. La PJ poursuit à la demande du juge d’instruction une enquête préalable qui a rassemblé les principaux indices.

Quentin accepta de se faire prendre en photo et renouvela ses mises en garde. En réalité, il n’avait rien dit qui ne soit déjà su ou que le journaliste aurait pu apprendre d’une autre façon.

De retour dans sa chambre, il déploya les cartes pour s’imprégner du parcours qu’il emprunterait le lendemain et s’endormit très vite.

Chapitre Huit

Au matin, le brouillard avait disparu. Le ciel était dégagé, mais la nuit avait été particulièrement froide. Quentin retrouva sans peine la route prise la veille, sans crainte de rencontrer madame Verdoux.

Ensoleillé, le paysage était totalement différent. Il finit par retrouver les entailles faites à l’Opinel et chaussa ses skis de fond.

Sur le sentier, des traces récentes étaient nettes, plus ou moins recouvertes de givre. Au bout d’une demi-heure, il s’arrêta pour consulter la carte. À la sortie de la forêt, la pente devenait plus raide et la neige était gelée. L’itinéraire contournait des barres rocheuses et présentait des passages délicats. Alors qu’il s’était arrêté pour boire un peu de thé chaud, il sentit une odeur de feu de bois et remarqua une cabane dont la cheminée fumait.

À une vingtaine de mètres de la construction en gros rondins, il déchaussa les skis et contourna l’habitation en empruntant un chemin dans le sous-bois. La cabane était juste au-dessous de lui ; il la repéra sur la carte. Était-ce une cabane de berger, de chasseur ou de forestier ?

Qu’est-ce qui avait bien pu pousser quelqu’un à habiter là, en plein hiver ? Prudent, il observa un long moment les alentours, appuyé contre le tronc d’un gros sapin. Il décida de se rapprocher et même d’aller frapper à la porte, comme un simple promeneur du dimanche.

Au niveau de la cabane, des traces gelées témoignaient du passage d’un skieur. Les volets étaient ouverts, il frappa à la porte, mais personne ne répondit. Il fit le tour et tenta de regarder par les fenêtres. Des volets intérieurs fermés empêchaient de voir ! L’occupant était-il parti depuis quelque temps ou revenu depuis peu ?

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