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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Nicolas II a une constitution d’athlète, mais il n’est pas très grand et ne ressemble en rien aux magnifiques géants qui se sont succédé sur le trône russe depuis Alexandre Ier. Le nouvel empereur tient beaucoup de sa mère. Ce qui permet à Vassili Klioutchevski cette terrible prédiction : « Les Varègues ont fondé notre première dynastie, une Varègue a gâté la dernière. Cette dynastie ne tiendra pas jusqu’à sa mort politique, elle s’étiolera avant de cesser d’être utile et sera chassée12. » L’auteur du Précis d’histoire russe songe ici aux origines de la mère de Nicolas II, la princesse Dagmar de Danemark.

Les discussions sur la personnalité du dernier empereur n’ont pas cessé à ce jour. Pour les contemporains, il ne fait aucun doute que Nicolas II est un homme faible, sans volonté, subissant constamment l’influence de l’un ou de l’autre, en particulier celle de son épouse à laquelle il voue un amour ardent et sans faille. L’historien américain Marc Raeff, qui analyse sans la moindre idée préconçue le passé russe, adopte le point de vue des contemporains des événements et parle d’un « Nicolas II, d’une faiblesse et d’une absence de volonté presque pathologiques13 ». Le biographe le plus récent du dernier empereur estime, quant à lui, que le grand trait de caractère de Nicolas II est l’entêtement. « Ce fut sa tragédie : entêté, il ne savait lancer un “non” clair au visage de ses solliciteurs. Il était trop délicat et bien élevé pour se déterminer grossièrement. Plutôt que de refuser, il préférait se taire et, en règle générale, ses solliciteurs prenaient son silence pour un assentiment. Nicolas attendait alors le visiteur suivant, celui qui partagerait son point de vue. Et il imposait aussitôt sa décision14. »

La personnalité de l’empereur, son caractère jouent un rôle capital, car il est un monarque absolu. Manque de volonté ou délicatesse, l’incapacité de Nicolas II à « se déterminer grossièrement » crée une impression de faiblesse ou de perfidie. Au bout du compte, ce qui importe, ce n’est pas l’homme qu’est Nicolas II dans la réalité, mais la façon dont il est perçu et se présente. Ses relations avec l’impératrice illustrent bien cet écart entre la réalité et l’idée qu’on s’en fait. Tout jeune, Nicolas s’éprend d’Alice de Hesse et l’épouse, après une longue attente. Le célèbre faux testament de Pierre le Grand, que nous avons évoqué, était intéressant par le conseil matrimonial que le premier empereur russe y donnait prétendument à ses descendants : « Prenez toujours pour femmes des princesses allemandes. » C’est ce que font tous les empereurs russes, à l’exception d’Alexandre III. Nicolas II est lui aussi fidèle à la tradition. Alice, toutefois, devenue Alexandra Fiodorovna après sa conversion à l’orthodoxie, est au moins autant anglaise qu’allemande. Sa mère est fille de la reine Victoria, à la Cour de laquelle la princesse de Hesse a passé toute son enfance.

Répondant au constat des historiens selon lequel, au terme d’une série de mariages dynastiques, les Romanov n’ont pratiquement plus de sang russe dans les veines, le biographe de Nicolas II déclare : « “Tsar russe” – c’est en soi une nationalité15. » On peut tomber d’accord avec lui. Après tout, c’est ce que pensèrent les boïars moscovites, en plaçant sur le trône russe, au début du XVIIe siècle, l’héritier de Pologne. Et Catherine II fut bien une tsarine russe. Mais la chose vaut pour le tsar, pas pour son épouse. L’impératrice est perçue comme allemande, et peu importe quel pourcentage de quel sang coule dans ses veines. L’essentiel est ailleurs : Nicolas II ne pourra rien changer à l’image d’Alexandra Fiodorovna qui domine à la Cour et gagne bientôt la totalité de la société russe.

La première épreuve, pour le nouveau tsar, advient lors des cérémonies de couronnement. Par une négligence des pouvoirs publics, à la Khodynka, grand terrain vague servant de lieu d’entraînement à la garnison de Moscou, des trous, des tranchées, des fossés ont été laissés béants. Quand le peuple assemblé – plusieurs centaines de milliers de personnes – s’élance pour recevoir les présents du couronnement, la bousculade est telle que des gens tombent dans les fossés. Selon les chiffres officiels, mille trois cent quatre-vingt-neuf personnes meurent écrasées, et mille trois cent une sont blessées. L’empereur note dans son journal : « 18 mai 1896. Tout allait jusqu’à présent comme dans du beurre, mais aujourd’hui un grand péché a été commis… quelque mille trois cents personnes ont été piétinées. Je l’ai appris à neuf heures et demie. Cette nouvelle m’a laissé une impression effroyable… Avons déjeuné chez maman. Sommes allés au bal chez Montebello16. » Le bal de l’ambassadeur français Montebello entre dans le programme des fêtes du couronnement. Beaucoup, toutefois, conseillent à Nicolas II de prier le comte d’annuler ce bal ou, à tout le moins, de ne pas y paraître. « Le souverain n’était absolument pas d’accord », rapporte le grand-duc Sergueï Alexandrovitch, gouverneur-général de Moscou, à Sergueï Witte. Pour lui, « cette catastrophe était un immense malheur qui ne devait pas assombrir les fêtes du couronnement ; il convenait, de ce point de vue, d’ignorer la catastrophe de la Khodynka17 ».

La mère de Nicolas II, qui sait comment gouvernait Alexandre III, recommande à son fils un châtiment exemplaire pour les responsables du drames, et en premier lieu le gouverneur-général de Moscou. Mais la jeune tsarine intercède résolument en faveur de ce dernier : le grand-duc Sergueï a épousé sa sœur préférée. Le nouveau tsar obéit à sa femme.

13 La première guerre

Nous avons besoin d’une petite guerre victorieuse.

Viatcheslav VON PLEHWE.

L’idée n’est pas neuve. Déjà, Catherine II, sous une forme plus élégante que celle employée par le ministre de Nicolas II, conseillait à Louis XVI, aux prises avec des problèmes intérieurs, de « relâcher les cordes trop tendues à l’extérieur du pays ». Le désir d’organiser une « petite » guerre, bien évidemment « victorieuse », surgit inévitablement, face aux problèmes intérieurs trop difficiles à résoudre. Plehwe exprime un souhait qui s’impose de plus en plus nettement à l’entourage de Nicolas II.

La mort inopinée d’Alexandre III met le monde en émoi. Les journaux écrivent qu’il s’agit de l’événement le plus grave survenu en Europe depuis 1870, que l’empereur russe était le grand pilier de la paix sur le continent. La presse internationale exprime l’espoir que le jeune monarque, en succédant à son père, poursuivra sa politique pacifique. Le premier acte de politique étrangère de Nicolas II confirme sa volonté de suivre les traces paternelles. En août 1898, il propose aux puissances étrangères de participer à une conférence de désarmement. En mai 1899, la première conférence internationale se tient à La Haye et évoque les bienfaits d’un désarmement ne fût-ce que partiel.

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