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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais ceux-l� que j'appelais libres et ne d�cidant que de soi-m�me, et inexorablement seuls, ceux-l� ne sont point gouvern�s, manque de vent dans leur m�ture, et leurs r�sistances ne sont jamais que caprices incoh�rents.

Ainsi moi qui hais ce b�tail et l'homme vid� de sa substance et sans patrie int�rieure, et qui n'aime point, ni comme chef ni comme ma�tre, d'�masculer mon peuple et de le changer en fourmis aveugles et ob�issantes, j'ai compris que par ma contrainte je pouvais et devais le vivifier, et non le perdre. Et que sa douceur dans mon �glise et son ob�issance et son assistance � autrui n'�taient point d'un b�tard, car celui-l� seul peut me servir aux limites de mon empire de pierre angulaire. Car il n'est rien � esp�rer de soi mais de la seule merveilleuse collaboration de l'un � travers l'autre�

Ainsi celui-l� qu'�crasait le poids des remparts, et sur qui veillaient les sentinelles, et que je pouvais bien crucifier sans qu'il abjur�t, celui-l� qui ne livrerait que son rire m�prisant sous le pressoir de mes bourreaux, je le consid�rerais avec erreur si j'y lisais un r�frac-taire. Car sa puissance lui vient d'une autre religion, il est une autre face de lui qui est tendre. Une autre image de lui, celle d'un homme qui s'assoit, et qui �coute, les mains sur les genoux avec son sourire candide, et il est des seins qui lui vers�rent leur lait. Ainsi de celle-l� que j'ai captur�e sur ma tour et qui marche de long en large dans la cage de l'horizon, et ne peut �tre viol�e ni saisie, et ne livrera pas le mot d'amour qu'on lui demande. Et qui est, simplement, d'une autre contr�e, d'un autre incendie, d'une tribu lointaine, et pleine de sa religion. Et, hors la conversion, je ne saurais l'atteindre.

Ceux que je hais, c'est d'abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, parce que libres de changer d'avis, de renier (et comment sauraient-ils qu'ils renient puisqu'ils sont juges d'eux-m�mes?). Parce que libres de tricher et de parjurer et d'abjurer, et que je fais changer d'avis, s'ils ont faim, rien qu'en leur montrant leur auge.

Ainsi fut la nuit des fian�ailles et du condamn� � mort. Et j'eus ainsi le sentiment de l'existence. Gardez votre forme, soyez permanents comme l'�trave, ce que vous puisez du dehors changez-le en vous-m�mes � la fa�on du c�dre. Moi je suis le cadre et l'armature et l'acte cr�ateur dont vous naissez, il faut maintenant, comme l'arbre g�ant qui d�veloppe ses branchages, et non les branchages d'un autre, forme ses aiguilles ou ses feuilles, non celles d'un autre, cro�tre et vous �tablir�

Mais tous ceux-l� je les dirai de la racaille, qui vivent des gestes d'autrui et, comme le cam�l�on, s'en colorent, aiment d'o� viennent les pr�sents, et go�tent les acclamations et se jugent dans le miroir des multitudes: car on ne les trouve point, ils ne sont point, comme une citadelle, ferm�s sur leurs tr�sors et, de g�n�ration en g�n�ration ils ne d�l�guent pas leur mot de passe, mais laissent cro�tre leurs enfants sans les p�trir. Et ils poussent, comme des champignons, sur le monde.

XXXI

Ceux-l� vinrent me parler de la commodit� et je me souvins de mon arm�e. Sachant combien d'efforts on se donne pour l'�quilibre de la vie, malgr� que la vie soit absente quand l'�quilibre est fait.

Et c'est pourquoi j'aimais la guerre qui tend vers la paix. Avec son sable ti�de et pacifique, et son sable vierge charg� de vip�res, et ses lieux inviol�s et ses abris. Et j'ai beaucoup song� sur les enfants qui jouent et transfigurent les cailloux blancs: �Voici, disent-ils, une arm�e en marche, l� des troupeaux�, mais le passant qui n'y voit que des pierres ne conna�t pas la richesse de leur c�ur. Ainsi celui qui vit de l'aube, et dans la glace du soleil plonge dans les ablutions d'eau froide, puis se chauffe dans la lumi�re des premi�res heures du jour. Ou simplement celui qui va au puits, quand il a soif, et tire lui-m�me la cha�ne grin�ante, et soul�ve le seau lourd sur la margelle et conna�t ainsi le chant de l'eau et toutes ses musiques criardes. Sa soif a donc rempli de signification sa marche et ses bras et ses yeux, et il en est de cette promenade de l'homme qui a soif vers son puits comme d'un po�me, mais les autres font signe � l'esclave, et l'esclave porte l'eau vers leurs l�vres et ils n'en connaissent point le chant. Leur commodit� n'est qu'absence: ils n'ont point cru dans la souffrance et la joie n'a point voulu d'eux.

Ainsi ai-je remarqu� de celui-l� qui �coute la musique et n'a pas besoin de la p�n�trer. Qui se fait comme sur une liti�re emporter dans la musique et ne veut point marcher vers elle, qui renonce au fruit dont l'�corce est am�re. Mais moi je le dis: il n'est point de fruit s'il n'est point d'�corce. Et vous confondez le bonheur avec votre propre absence. Car celui qui est riche n'est plus l� pour profiter de ses richesses, de telles richesses sont vaines. Et il n'est point de paysage d�couvert du haut des montagnes si nul n'en a gravi la pente, car ce paysage n'est point spectacle mais domination. Et si l'on t'a port� l�-haut dans la liti�re tu ne vois qu'ordonnance de choses plus ou moins fades, mais comment les �paissirais-tu de ta substance? Car le paysage, pour celui-l� qui croise les bras sur sa poitrine avec satisfaction, est m�lange de souffle et de repos des muscles apr�s l'effort, et du bleuissement du soir, il est aussi contentement de l'ordre fait, car chacun de ses pas a un peu ordonn� ces fleuves, rang� ces sommets, recul� ce gravier du village. Ce paysage est n� de lui, et la joie que je lui d�couvre est la joie m�me de l'enfant qui, ayant rang� des cailloux, a b�ti sa ville et s'en �merveille, la remplit de lui. Mais quel enfant serait heureux de regarder un tas de pierres qui n'est que spectacle sans effort?

Je les ai vus, ceux qui ont souffert de la soif, la soif, la jalousie de l'eau, plus dure que la maladie, car le corps conna�t son rem�de et l'exige comme il exigerait la femme, et voit en songe les autres boire. Car on voit la femme qui sourit aux autres. Rien n'a de sens si je n'y ai m�l� mon corps et mon esprit. Il n'est point d'aventure si je ne m'y engage. Mes astrologues, s'ils consid�rent la Voie Lact�e, � cause des nuits de leurs �tudes, ils y d�couvrent le grand livre dont les pages craquent superbement quand on les tourne, et ils adorent Dieu d'avoir rempli le monde d'une moelle si poignante pour le c�ur.

Je vous le dis: vous n'avez le droit d'�viter un effort qu'au nom d'un autre effort, car vous devez grandir.

XXXII

Cette ann�e-l� mourut celui qui r�gnait � l'est de mon empire. Celui-l� que j'avais durement combattu, comprenant apr�s tant de luttes que je m'appuyais sur lui comme contre un mur. Je me souviens encore de nos rencontres. On dressait une tente pourpre dans le d�sert, qui demeurait vide, et nous nous rendions l'un et l'autre sous cette tente, nos arm�es demeurant � l'�cart, car il est mauvais que les hommes se m�langent. La foule ne vit que dans son ventre. Et toute dorure s'�caille. Ainsi nous regardaient-ils jalousement, appuy�s sur la caution de leurs armes, et non point attendris d'un attendrissement facile. Car il avait raison, mon p�re qui disait: �Tu ne dois point rencontrer l'homme dans sa surface mais au septi�me �tage de son �me et de son c�ur et de son esprit. Sinon, � vous chercher dans vos mouvements les plus vulgaires, vous en venez � verser inutilement le sang.�

Ainsi l'avais-je compris et c'est d�pouill� et mur� dans un triple rempart de solitude que je l'atteignais. Face l'un � l'autre, nous nous asseyions sur le sable. Je ne sais qui, alors, de lui ou de moi, �tait le plus puissant. Mais dans cette solitude sacr�e la puissance devenait mesure. Car nos gestes �branlaient le monde, mais nous les mesurions. Nous discutions alors de p�turages. �J'ai vingt-cinq mille b�tes, disait-il, qui meurent. Il a plu chez toi.� Mais je ne pouvais tol�rer qu'ils apportassent leurs coutumes �trang�res et le doute qui fait pourrir. Comment recevoir dans mes terres ces bergers d'un autre univers? Et je lui r�pondais: �J'ai vingt-cinq mille petits d'hommes qui doivent apprendre leurs pri�res et non celles des autres car autrement ils n'auront point de forme�� Et les armes d�cidaient entre nos peuples. Et nous �tions semblables � deux mar�es qui vont et viennent. Et si aucun de nous n'avan�ait, bien que nous pesions de tout notre poids contre l'autre, c'est que nous �tions � notre apog�e, ayant durci notre ennemi de sa d�faite. �Tu m'as vaincu, je suis donc devenu plus fort.�

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