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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Alors, cette Anne de Beaujeu, que vous causiez ? s'impatiente la Gravosse.

— Elle arrive, beau Connétable. C'était une môme aussi habile que son dabe. Pour annexer la Bretagne, elle a usé d'une astuce très simple, elle a marié son jeune frère à l'héritière du duché breton : Anne.

— Elles s'appelaient toutes les deux pareil ? s'étonne Berthy.

— Yes, Madame.

— Le château des rois de France c'est devenu les deux Anne se tord le Mastar.

— Je le replacerai, promets-je[26]. Donc Charles VIII épouse la petite Bretonne et se met à régner. Ce fut dommage pour la France. Louis XI et sa môme étaient des personnes sages, et qui avaient du chou. Mais le Charles, lui, il était plutôt braque. Au lieu d'administrer le magasin de France gentiment, il est parti en guerre contre les Ritals afin de conquérir le royaume de Naples.

— Quelle idée ! S'il aimait Napoli, il avait qu'à aller y passer ses vacances, comme tout le monde ! réprouve Bérurier, porte-parole de la sagesse ! Et alors, il l'a conquéri ou quoi, ce fameux royaume ?

— Pour commencer, oui. Mais si les guerriers napolitains furent battus, leurs bonnes femmes prirent une éclatante revanche.

— Toutes des Jeanne d'Arc, les Napolitaines ? s'étonne Berthe.

— Non. Elles ont battu l'armée française parce qu'au contraire, elles n'étaient pas des saintes. Ces dames dont les charmes ne sont plus à vanter depuis que le Touring-Club existe, ont plongé les soldats français dans des délices mauvaises pour la forme d'un militaire. L'occupation napolitaine ç'a été paradisiaque, mes amis. Du moins pendant quelque temps car nos troufions ont vite contracté une sale maladie.

— La chtouille ? devine Béru.

— Elle-même, Gros. Et fais confiance, elle était plutôt mauvaise à cette époque. Les fantassins à Charles VIII avaient le bigoudi-verseur qui partait en brioche, et leur moral avec lui. Un vrai fléau ! Tout le monde y avait droit : les généraux comme les hommes de troupe !

— Et le roi ? interroge Berthe, retenant son souffle.

— Lui aussi, chère Berthy. Il aimait la bagatelle et il a eu son petit cadeau ! Ces messieurs ont fini par abandonner leurs conquêtes (les conquêtes territoriales et les autres) pour le go home inévitable.

— C'est leurs bourgeoises qui ont dû être contentes, ricane Sa Majesté. Ces dames qui sautent sur leurs glorieux guerriers, histoire de pavoiser et qui constatent que Popaul s'est fait la valise pendant le voyage, c'est décourageant, non ? Ils avaient droit à une pension de grands invalides, au moins, les pauvres biquets ?

— J'en doute, Gros.

— II y avait pire ! renchérit Berthe dont la rapidité de vue est plus fulgurante que l'éclair. Je parle de ceux qui pouvaient encore faire du service et qui leur ont passé ce vilain mal à leurs dames, vous imaginez un peu !

Au lieu de s'apitoyer, ça le fait glousser, Béru, cette idée.

— Notez que la vérole, quand tout le monde l'a c'est plus pareil : ça ressemble au service militaire ou aux impôts. Et alors, ton Charles VIII, Gars ?

Je lui objecte que ça n'est pas mon Charles VIII et que s'il m'était permis de m'approprier un personnage historique, ça n'est pas celui-là que je choisirais.

— Il a perdu ses conquêtes, dis-je.

— Comme les Gaulois ? se souvient le Gros. Décidément l'Italie, ça nous réussit pas au point de vue guerre. Les mandoliniers, ils n'ont l'air de rien, mais ils finissent toujours par se dépatouiller ! Quoi z'encore à signaler à propos de Charles VIII ?

— Un fait extrêmement important pour lui : il est mort !

— De sa super-variole ?

— Non ! il s'est cogné la tranche dans un couloir d'Amboise, paraît-il.

— T'es sûr que c'est pas quelqu'un qui lui a fait déguster une infusion de manche de pioche ?

— Le mystère reste entier. Après lui, c'est son beau-frère Louis d'Orléans qui met la main sur le sceptre. Il devient Louis XII. Que je vous affranchisse à propos de ce beau jeune homme. Louis XI l'avait forcé à épouser Jeanne, l'une de ses filles, une môme qui ressemblait à la fée Carabosse en moins bien. Ce pauvre Loulou en avait sec comme vous devez le penser. Être obligé de faire un trou dans le matelas pour y loger la bosse de sa dame pendant qu'il lui jouait « Monte-là-dessus », c'est pas marrant pour un prince.

« Donc, à la mort de son beauf, Louis, devenu XII de son nom de famille, a pris le béguin de la jeune veuve et de la Bretagne qu'elle représentait ! »

— Il ne faut pas médire, reproche Berthe. Le deuil, ça leur porte à la peau, à certains hommes. Vous en avez qui mettent des draps noirs à leur lit quand ils reçoivent la visite d'une dame !

— Ah ouais ? se rembrunit Béru, et comment que tu sais ça, toi, Bertha ? T'as connu un zig de chez Borniol ?

— On me l'a dit, répond hypocritement la mystérieuse. Mais je vous interrompis, Commissaire, poursuivez !

— Bref, Louis XII a demandé le divorce et, l'ayant obtenu il s'est remarié avec la veuve Charles VIII. Si bien que cette duchesse de Bretagne a été deux fois reine de France. Une performance, hein ?

— J'admets, dit le Gros. Seulement il a dû avoir des désillusions, Monseigneur Loulou.

— A cause ?

— Tu m'as dit qu'il avait été poivré à Napoli, le Charles VIII. Donc il avait fait une passe à sa Bretonne, qui l'a faite à Louis XII. Pour le coup il aurait mieux fait de rester avec sa bosco, Louis XII. Sa portée aurait été plus conforme. M'est avis que la famille de France devait un peu boiter des deux flûtes à partir de ce moment-là !

— Tu oublies la Providence, Gros. Louis XII n'a pas eu de garçon. Et dans l'ensemble ça n'a pas dû être un mauvais roi puisque le Petit Larousse l'appelle le Père du Peuple. Il a, lui aussi, fait des guerres d'Italie qu'il a perdues comme son devancier ; c'était une marotte de l'époque, ce besoin d'aller voir Naples avant de mourir ; pourtant il a diminué les impôts et ça, le peuple français ne l'oublie jamais.

Je vais cueillir une coupe au buffet et je la déguste en connaisseur. Du Dom Pérignon, vous pensez, avec un millésime qui ferait chialer d'humiliation un centenaire !

Un sourire danse dans la foule bigarrée, celui d'Anne, ma chère Anne. Je la vois venir, ravissante dans ses haillons.

— Je vous cherchais partout, reproche-t-elle.

Béru qui louche sur-le-champ, demande à la demoiselle s'il peut écluser une boutanche à lui tout seul, vu que le buffet est abondamment garni.

Un peu estomaquée par les manières de mon camarade, elle fait signe que « yes » puis se met à me présenter à des jouvencelles frôleuses.

On se bouscule dans la volière pour me refiler des œillades assassines et des soupirs capables de regonfler votre roue de secours.

— V'là le Boss qui fait ses épates, lance la voix hargneuse du Révérend Bérurier.

Les Miss Berlingot se retournent.

— Qu'est-ce qu'elle veut, celle-là ! proteste une donzelle dont le corsage doit être plus exploré que la grotte Azur de Capri.

— Celle-là, ma gosse, si sa femme serait pas présente, fait le Mahousse en désignant le Connétable Du Guesclin, elle pourrait vous faire assister à une drôle de prise d'armes !

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