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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Toujours est-il que sous François Ier ils ont été battus. 1515, c'est la date historique la plus célèbre pour nous autres. La seule qu'un Français retienne jusqu'à son dernier souffle.

— Selon moi, affirme Bérurier, si à peine sacré ton François Ier a fait la guerre, c'était pour profiter de la date qu'était facile à retenir.

Le pensionnat des zoziaux qui nous cerne s'esclaffe de plus belle.

— C'était un gars à la coule, conviens-je, et il est fort possible en effet que cet aspect de la question l'eût séduit. Dans toute guerre il y a des prolongements imprévus. Charles VIII avait ramené d'Italie le mal de Naples, François Ier, lui, en ramena Léonard de Vinci. C'est cette différence qui fait la grandeur d'un roi. Les campagnes d'Italie que la France a tour à tour gagnées, perdues, regagnées et reperdues, ont valu à notre pays la plus noble des conquêtes : celle de l'Art. En Italie, François a contracté le goût du beau. Il a compris ce qu'étaient la peinture, la sculpture, le décor ! La grandiloquence, le délire artistique, bref, l'italianisme l'ont touché. Son goût du faste et de l'apparat vient de là-bas !

Comme certaines des souris présentes sont élèves des Beaux-Arts, une discussion s'engage. Nous parlons de fasteNiccoio dell' Abbate, de Jean Goujon, etc., ce qui ne tarde pas à incommoder les Béru.

— Bon, le François Ier, il a eu une cour avec une plume dans le prose ; passons, et à part ça, qu'est-ce qu'il a fait ?

— Il a encouragé les lettres et les arts !

— Comme tout le monde, riposte le Gros, agacé.

Lui, ce qu'il encouragerait plutôt, c'est la gastronomie.

— Mais, m'emporté-je, tu ne comprends donc pas que ç'a été une sorte de préfiguration du Grand Siècle. Que de gloires diverses se sont manifestées : tu parles d'une affiche ! Rabelais, Clément Marot, Louise Labé, Maurice Scève, Ronsard, Montaigne, Jean Goujon, Cellini et le cher Pierre Lescot à qui François Ier a fait reconstruire le Louvre…

— C'est pas parce qu'on bricole le Louvre qu'il faut se croire tout permis, affirme sentencieusement le Gravos. En ce moment Malraux le fait passer à la peau de chamois, c'est pas à cause de ça qu'on lui élèvera une estatue !

— Non, conviens-je, ce ne sera pas à cause de ça !

Des garçons attirés par les filles, comme des mouches par de la mélasse, se joignent à nous. Ils nous prêtent une attention un peu crispée. L'un d'eux, plus boutonneux qu'une soutane, voyant que nous parlons de la Renaissance, tient à mettre son grain de sel. Paraît qu'il prépare une licence, ce bijou. Son papa est dans l'Import-Export et il reprendra le chéquier, plus tard. Fatalement faut être instruit pour acheter du cacao ou du tapioca aux jeunes nations africaines et pour revendre ces denrées à des grossistes européens.

Le voilà qui commence à nous faire tartir avec la Réforme, monsieur le bubonique. Il nous place Luther, alors que Béru, c'est plutôt le côté Bayard ou Belle-Ferronnière de François Ier qui l'intéresse. La religion, Béru, c'est un truc qui lui échappe un peu. Il croit en Dieu, comme tout un chacun. Il n'est pas contre un peu de latin aux enterrements et il admet les baptêmes et les premières communions, sources de bombances, mais faut pas lui casser le goupillon à double carène avec le schisme catholique. C'est un gars qu'a le Calvin triste. Sa figure se met à pendre comme un drapeau en berne et il commence à se vidanger les caries dentaires du bout de la menteuse en faisant de petits bruits vipérins.

Au beau mitan de la discussion, un ronflement sonore éclate. Ça ressemble à une fusée de Cap Canaveral au moment où l'ingénieur chargé de la mise à feu crie « Nom de D… » en anglais.

On regarde le Connétable Du Guesclin qui en écrase, la visière de son casque au ras de sa bouche béante.

— Vous voyez, jeune homme, reproche le Mastar au phraseur, l'effet de vos histoires de défroqués sur Madame ?

Il en est soufflé, l'homme à thèses et il se tait illico, troublé. Brusquement, j'avise à quelques pas de là, affalé sur une banquette, un François Ier ventripotent.

— Regardez, le désigné-je. Le voici, François Ier !

Le Gros se dirige vers le personnage en question. Il s'agit d'un vieux podagre qui doit avoir des varices et porter un bandage herniaire. La barbe noire du zig se décolle.

Béru se penche sur lui et l'examine.

— Tu crois que le vrai avait cette bouillie en coin de rue sinistrée, San-A ? interroge-t-il à la cantonnade.

Le François Ier a du mal à réaliser que c'est de lui qu'il s'agit. Il mate son interlocuteur avec un effaremment des plus comiques. Encouragé par les rires qui fusent de notre groupe, sa Majesté ne se sent plus.

— T'es sûr qu'il avait un durillon de comptoir façon ballon de rugby ? poursuit-il en tapotant la bedaine du malheureux. Et qu'il avait aussi un œil qui disait m… à l'autre ? Et ses guitares, Gars, Louis XV, déjà, qu'elles étaient ?

Il saisit le bout de barbouze décollé et l'arrache.

— J'espère que son piège à macaroni tenait un peu mieux que ça, ou alors il devait pas avoir l'air flambard, le roi de France, s'il paumait sa barbichette pendant un mimi-ravageur !

— Madame, je vous en prie ! proteste le François Ier débarbé en reculant devant la main dévastatrice de cette Joconde en délire.

Ça l'amuse, Béru. C'est farce comme situation, voilà ce qu'il pense, notre cher et délicat poète.

— C'est pas de ma faute si vous êtes mon genre, mon pote, répond-il en faisant sa voix la plus féminine possible. Vous auriez dû vous déguiser en bonhomme Michelin, mais à part ça vous avez tout ce qu'il faut pour démolir le standing d'une ménagère de ma classe ! Vous avez le teint un peu plombé, mais avec quelques tasses de thé des Familles ça doit s'arranger.

On trépigne dans l'assistance. Le type mis sur la sellette essaie de se draper dans sa dignité, mais c'est duraille lorsqu'habitant le seizième arrondissement on porte des fringues du seizième siècle. Il finit par battre en retraite, ce qui contrarie un tantinet ma jeune hôtesse.

— C'est l'Emir de Kamalpartou, explique-t-elle.

Béru a entendu, il se ferme.

— Fallait le dire, alors son teint bistre c'était de naissance ? Moi je croyais à une crise de foie.

Puis, se tournant vers moi :

— Il avait le teint comment, François Ier ?

— Fleuri. C'était un gai luron, délicat, paillard, aimant la bonne vie et les jolies filles. Sa cour était la plus scandaleuse d'Europe. Il ne pouvait voir une femme convenablement carrossée sans éprouver dare-dare des démangeaisons dans le trémolaire bougnazé.

— T'entends, Berthe ! clame Bérurier.

Mais Berthe continue d'offrir son meeting Orlyesque. En ce moment, elle bruite l'exercice acrobatique d'une escadrille de Vampires. Son Jules la réveille discrètement en lui flanquant un coup de savate dans les tibias. La frêle fleurette des champs (d'épandage) coupe les gaz et remue. Derrière le heaume, sa voix feutrée demande à Béru pourquoi il la réveille en pleine nuit. Le Gros soulève la visière du casque, nous découvrant ainsi la bouille écarlate de sa baleine.

— Tu avais fermé les volets ? bredouille la dame, mal éveillée.

Elle mate les alentours et reprend conscience.

— Mande pardon, gazouille la fauvette des bois, je crois que je m'étais un peu assoupie. Que fait-on ?

— On continue de dire sur François Ier, la renseigne le Gros Chérubin. Paraît que c'était un terrible du tiroir du bas, hein, San-A ?

— La petite et la grande Histoire sont pleines de ses prouesses galantes !

— Sa cour, traduit Béru, c'était un vrai f… II calçait toutes les frangines qui draguaient à sa portée.

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