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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Dans les bras de sa femme, naturellement, dit-elle, sarcastique, tous les hommes qui ont fait « la vie » meurent dans les bras de leur épouse.

— Pas lui. Il aimait trop ses maîtresses.

— Cette Éléonore, reconnaît Sa Majesté, elle avait le caractère en or ! Et de quoi il est clamsé, le beau-frère d'Arlequin ?

— Sait-on jamais de quoi meurt un roi ? Sa vie de barreau de chaise l'avait vieilli avant l'âge. Par exemple, il a eu une grande joie avant de trépasser : celle d'apprendre le décès de son ami Henri VIII.

— C'est marrant qu'ils soyent morts la même année, ces chenapans, fait Béru. Et le troisième, qu'est-ce qu'il a fait ?

— Charles Quint ? Eh bien, après la mort de ses grands rivaux, il s'est ennuyé, fatalement. Quand tu es en affaires ou en bisbille avec Henri VIII et François Ier et que ces deux gaillards lâchent la rampe, tu sombres vite dans le morose, Gros. Lui, après avoir traînassé sa mélancolie une dizaine d'années encore, il a abdiqué et s'est retiré dans un monastère.

— Il a bien fait, ratifie Bérurier après une courte méditation. Somme toute, quand t'as plus d'amis ni d'ennemis valables, quand ton foie se mite et que Popaul répond absent à l'appel, c'est ton intérêt de passer la pogne. Faire l'Empereur lorsque le cœur n'y est plus, c'est sûrement pas une sinécure.

Lecture :
LE RÉGICIDE DU JOAILLIER BÉRURON

Messire Béruron, joaillier en la bonne ville de Paris, à deux pas du Louvre, avait tout pour être heureux et il le savait, ce qui constituait un élément de bonheur supplémentaire.

Il s'agissait d'un homme de bien, boutiquier mais presque honnête, ce qui, du point de vue confort intellectuel, est appréciable.

Il avait la tête de tout le monde, autre qualité indispensable si l'on veut jouir au maximum des jours que le Seigneur vous accorde. Sa santé était bonne. Il pouvait, sans crainte de voir son estomac, sa rate ou son gésier protester, boire frais et manger salé, ainsi que le recommandait le docteur Rabelais. Il avait un beau commerce, prospère et élégant, et surtout, oh ! oui, surtout, Béruron jouissait (le mot est irremplaçable) de la plus belle femme qu'un mari ait jamais conduite à l'autel, ou un amant à l'hôtel. Adeline Béruron clouait d'admiration tout homme normalement constitué qui d'aventure portait les yeux sur elle. C'était une admirable blonde, à la peau de lait, à la taille fine, aux seins mignons mais durs et à la bouche couleur de cerise mûre. Elle parlait doux et dans un langage très châtié, car Adeline s'était instruite auprès d'un de ses oncles curé et parvenait à vous dire en latin ce que d'autres ont tant de mal à vous dire en français. Sa beauté n'avait d'égal que son maintien. Cette personne savait rester vertueuse sans avoir l'air prude. Elle recevait les compliments sans s'insurger, mais, par son attitude, elle montrait au galantin qu'il devait en rester là. Son charme délicat avait contribué à l'essor du magasin de joaillerie tenu par le Sire Béruron, son mari.

Moult seigneurs venaient chez eux acheter les babioles dont ils comblaient leurs favorites, pour le plaisir d'admirer cette élégante boutiquière qui constituait, comme l'assurait son mari, et il était bien placé pour en juger, le plus beau joyau du magasin.

Lorsque les amis de Béruron lui parlaient de sa condition, avec des inflexions pleines d'envie dans la voix, ils terminaient toujours par « Si la fée Marjolaine entrait dans ta boutique et te demandait de formuler un souhait, lequel donc ferais-tu, puisque tu jouis de tous les biens terrestres ? », alors, le visage de Béruron s'emplissait de gravité et il répondait chaque fois, sans même se donner le temps de la réflexion, en homme sûr de la permanence de son ambition :

— J'aimerais devenir le fournisseur de notre sire le bon roi François, premier du nom !

Ce vœu ne correspondait pas à un sentiment de cupidité, mais d'orgueil. Or, il arriva un jour qu'un des seigneurs clients des Béruron entendit ce souhait et qu'il le rapporta au Roy. Il précisa au souverain que la femme du joaillier était assurément l'une des plus jolies filles de son royaume et cette précision fut suffisante pour qu'aussitôt François Ier éprouvât l'envie de vérifier la chose.

— Qu'on dise à cette dame de venir me soumettre les plus belles pièces de sa boutique ! ordonna-t-il.

Lorsque Béruron apprit que le Roy désirait voir sa collection, il revêtit ses plus beaux atours, réunit ce qu'il avait de mieux en fait de bracelets, de colliers et de bagues, glissa les pierres précieuses dans un écrin tendu de soie, et courut au Louvre.

En voyant entrer ce gaillard rougeaud dans la salle de son petit Conseil, François Ier fronça les sourcils et devint maussade.

Il salua à peine l'arrivant obséquieux qui, l'échiné cintrée, lui proposait mille merveilles éblouissantes. François Ier fourragea dans le lot, du bout de ses doigts blasés, un peu comme une couturière fourrage dans sa boîte à boutons.

— C'est tout ? demanda-t-il sèchement.

Le cœur de Béruron devint dur comme un caillou et le souffle lui manqua.

— Sire, bredouilla le pauvre homme, ces bijoux sont les plus beaux qu'un joaillier puisse vous soumettre.

— S'il en est ainsi, trancha le roi, je me fournirai donc chez les Vénitiens ou les Florentins, comme d'habitude.

Béruron manqua de s'évanouir devant ce cuisant échec.

— Tu n'as pas d'autres pièces à me montrer ? insista le Roy.

— Aucune autre qui fut comparable à celles-là.

— Je veux tout de même les voir, trancha François. Mais cette fois, l'ami, fais-les apporter par ta femme. De jolies mains forment un présentoir plus digne d'un roi !

Béruron en eut mal dans toute la poitrine. La réputation de son souverain n'était plus à faire. Il comprit qu'en réalité le roi de France s'intéressait plus à sa femme qu'à sa marchandise. Il balbutia des promesses, dit au roi qu'il allait essayer de réunir d'autres joyaux, et se retira, meurtri jusqu'à l'os.

En le voyant revenir, la tête et le reste bas, Adeline comprit sur l'instant que son époux venait de subir une cruelle désillusion. Elle le questionna et Béruron, en mari confiant, lui narra sa visite au roi.

La chère Adeline haussa imperceptiblement les épaules, puis baisa tendrement la joue de Béruron où le sang tardait à circuler.

— Mon ami, lui dit-elle, vous vous créez en vain de bien graves tourments. Imaginez-vous que ma visite au Louvre présenterait un danger pour notre chère union ? Si m'en croyez, laissez-moi y aller. Je saurai me comporter vis-à-vis de notre sire le Roy en honnête épouse que je suis, et lui vendre vos bijoux en bonne commerçante que je crois être aussi !

Ragaillardi, Béruron étreignit sa femme sur son cœur en lui disant des mots gentils pleins de reconnaissance et de tendresse.

Qu'elle était belle, Adeline Béruron, lorsqu'elle franchit la porte du cabinet royal, rosissante d'une juste émotion.

Ses atours bleus exaltaient sa blondeur et donnaient une bonne réplique à son regard couleur de ciel. Elle s'avança jusqu'au fauteuil du roi dans un froissement d'étoffes neuves, s'agenouilla devant son seigneur et attendit. Elle avait vu François Ier à plusieurs reprises, lors de ses déplacements dans sa capitale, mais de loin et mal, car chaque fois, le monarque se déplaçait au milieu d'un cortège de courtisans et de gens d'armes. La majesté de ce Louvre dont le luxe était le plus grand d'Europe impressionnait fort Adeline.

— Relevez-vous, la belle, dit le roi avec un sourire satisfait, car cette aimable joaillière lui convenait fort. Et approchez-vous pour me montrer un peu ces merveilles qui ont cependant moins d'éclat que vos yeux et moins de douceur, j'en suis sûr, que votre peau !

« C'est parti ! » songea avec émotion Adeline.

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