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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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A ceux-là, moi, je répondrai que je connais encore plus épatable dans le genre : c'est la manière dont mon Béru a le chic pour foncer au garde-manger, partout où il débarque.

Il a un sacré radar, le frangin !

Je le trouve en bonne place au buffet somptueux dressé dans un salon attenant. Avec sa baleine ils nettoient un plat de toasts au caviar d'Iran. On a fait cercle autour de Monna Lisa et du Connétable Du Guesclin. On les encourage. Faut les voir décrasser, les Béru's ! Un toast ne fait qu'une bouchée. C'est à celui qui finira le plateau le premier ! Un instant B.B. mène la marque. Elle a pris de l'avance, la dévoreuse. Mais l'armure ça la bloque. Béru, au contraire, s'épanouit dans sa robe jocondesque. Petit à petit, je le vois refaire son handicap. Il n'est bientôt plus qu'à cinq toasts de sa bergère, plus qu'à quatre, plus qu'à trois !

Les assistants font Hooo hisse ! pour l'encourager, mais il n'a pas besoin de supporters. Irrésistible qu'il est, le Mammouth ! Sa foulée, c'est un grand moment de l'histoire humaine. Congestionné, d'accord, admettons, mais superbe ! Et la technique : une rareté ! Il cueille le toast à pleine pogne pour bien assurer sa prise. Il ouvre béant son clapoir. Et d'un geste auguste de semeur il enfourne. Sa botte secrète c'est le gros coup de respiration qu'il prend au même moment. Il connaît sa dose thoracique. D'un seul reniflement, et avec un synchronisme fantastique, il s'assure d'une autonomie respiratoire suffisante pour le becquetage du toast auquel il règle son compte en deux coups de ratiches. Cric, croc ! Et c'est parti. Il a dû être pompe d'effluents dans une vie antérieure, Béru, c'est pas explicable autrement. Son coup de gosier, c'est de l'art hissé au sublime, quelque chose comme la « Nuit Étoilée » de Van Gogh ou la Cinquième de Beethoven. Une autruche ferait une dépression nerveuse en le voyant exercer, mon pote.

Maintenant les deux maflus sont à égalité. Berthe a un sursaut d'énergie. C'est de la femme vaillante. Une Jeanne d'Arc de la bouffe ! Elle trouve des ressources insoupçonnées pour continuer la lutte. Elle ne veut pas être battue. C'est l'égalité de la femme française qui est en cause, son droit de vote peut-être ! Elle le sent ! Ça la dope ! Une nation dont la femme se soumet à l'homme c'est une nation décadente. Elle n'a pas le droit de céder. Elle ira jusqu'au bout, sans sels Eno, sans Alka Seltzer et sans la moindre cuillerée de bicarbonate. Le bon combat à la loyale, quoi ! Elle ne veut rien devoir aux dopings. Si elle gagne, ce sera sans artifices et si elle perd, elle pourra garder la tête haute sous le heaume !

Béru fait signe qu'on lui serve à boire. Des gens dévoués lui versent un verre à eau de vodka. Entre deux toasts il l'engloutit. Berthe, un instant, a cru qu'il calait, que c'était l'abdication chez le Gros, un signe de faiblesse, cette vodka : mais c'est mal connaître la Smirnoff. D'un seul coup voilà notre amie comme qui dirait neuf et disponible. Cette fois il place son démarrage éclair. Maintenant les toasts disparaissent comme si c'étaient des belons. Berthe se laisse dépasser. Elle becte de plus en plus difficilement. Y'a quelque chose qui se coince dans sa dragueuse. Les rouages se bloquent. C'est pas le manque de graisse, oh ! non, de ce côté-là elle est parée. Son drame, c'est le manque d'air. Y a le moral aussi qui est atteint. Quand la foi disparaît, c'est tout un système de vie qui se trouve compromis, mes fils ! Sans elle, plus d'énergie. L'être pantelle et s'affaiblit. C'est hémorragique comme conséquences.

Inversement, le Gros qui voit poindre les rayons dorés de la Victoire passe le grand développement et s'envole. Berthe attaque un ultime toast d'un geste sans âme. Ses quenottes carnassières font soudain les timides. La couvée d'esturgeons répandue sur le pain bis paraît la déprimer. Elle grignote un petit bout gros comme une virgule. Mais cette virgule, en réalité, c'est un point final. La voilà qui renonce. Tout le monde frissonne, saisi par la grandeur du moment. Il est des défaites qui ennoblissent, celle de Berthy est de celles-là.

Une larme perle au bord de ses vasistas. Un Henri IV ému la console. Une Charlotte Corday lui verse deux doigts de whisky. Un César-Impérator lui exprime l'admiration générale. Une Blanche de Castille lui masse les tempes. Elle est adoptée par l'assistance. Mes Béru remportent un gros succès d'estime. Alexandre-Benoît, héros magnanime de cette lutte ardente et noire (noire puisqu'il s'agissait de caviar) s'évente doucement la perruque. Il retient quelques borborygmes, en libère d'autres plus turbulents, et déclare avec le sourire modeste du vainqueur que tout ça n'est rien et qu'il fera mieux la prochaine fois. Malgré cette affirmation, on le devine un peu saturé. Lorsque l'intérêt dont il est l'objet se désunit, il va s'abattre sur un canapé comme un albatros épuisé s'abat sur un récif.

Je l'y rejoins.

— Qu'en penses-tu ! s'inquiète-t-il.

Je pose ma main sur son épaule.

— Soldat, fais-je, je suis content de vous !

Il a un soupir convulsif, puis son beau visage altier s'épanouit comme un volubilis aux approches de l'aube.

— Tiens, fait le Gravos, pour me permettre de reprendre souffle, tu vas me causer un peu d'histoire.

Devançant mes protestations, il s'empresse d'ajouter :

— Dis-moi pas que l'endroit est pas choisi ! On se croirait au Musée Grévin, ici. Montre-moi un chouîa les costars avec leurs références… On en était à Louis XI. Mec, tu l'aperçois dans les parages, ce citoyen ?

Je me détranche farouchement et je finis par découvrir un individu chafouin dont la tenue et la morphologie évoquent irrésistiblement le gamin de Charles VII.

— Là-bas, dans l'embrasure de la fenêtre, le Béru désigné-je.

— Le tordu qui fait du gringue à cette tarderie ?

— Soi-même ! Admire le bada verdi avec les médailles. La cape de drap gris, les chausses ternes, le cheveu raide…

Bérurier-le-Débonnaire fait la moue.

— Pas reluisant, ton roi de France ! Je veux pas vexer la monarchie, mais il avait la dégaine clodo. Quand il recevait un king étranger et qu'ils allaient ranimer la flamme sous l'Arc de Triomphe, y devait faire un peu miteux sur les Champs-Elysées. Surtout qu'en général, les souverains en visite ils se collent leur couronne des dimanches pour venir à Pantruche !

Réprobateur, il branle le chef.

— Et après ce macaque, San-A, qu'est-ce qu'on annonce ?

— Charles VIII !

— Mince, encore un Chariot, c't'une marotte ! Dis-moi tout de suite : il y en a eu combien jusqu'à ce jour ?

— Onze, réponds-je.

Berthy qui a surmonté sa défaillance vient nous rejoindre.

— De quoi vous causez ? s'informe la douce pâquerette.

— Tu le devines pas, non ! objecte son vainqueur.

— De l'Histoire ?

— En personne, assure le Gros. San-A se préparait à dire sur Charles VIII. Vas-y, San-A !

— Il n'avait que treize ans à la mort de papa Louis XI. C'est sa frangine, Anne de Beaujeu, qui a assuré l'intérim. Une fille pleine de jugeote ! Sa grande idée c'était de réunir la Bretagne au royaume.

— Pourquoi ! m'arrête B.B., la Bretagne n'était pas française.

— Non, elle était bretonne.

Bérurier secoue la tête.

— Quand je pense que j'ai aussi du sang breton par un ami de ma mère ! Des étrangers, voilà ce que nous sommes tous, nous autres Français. D'où que tu soyes originaire, t'apprends que jadis c'était pas français. Pour les autres patelins, c'était du kif ?

— C'était du kif, oui, Béru.

— Alors en ce cas pourquoi que les hommes se tirent la bourre pour les frontières, le patriotisme et tout le toutim drapeauteux ?

— C'est une question qu'on ne doit pas se poser, Béru, ni surtout poser à des contemporains si l'on ne veut pas passer pour un galeux. Ne dis jamais à personne, que la seule vraie patrie de l'homme c'est l'homme, parce qu'alors on te prendrait pour un fou, un illuminé, un communiste, un anarchiste, un décadent, un dévoyé, un refoulé, un apatride, un barbare, un inadapté ou pour un poète, ce qui est pire que tout. Laisse faire les cartographes. Tout le monde croit à leur job bien qu'ils dessinent les frontières en pointillés et qu'ils aient une gomme dans l'autre main, toujours prête à effacer le tracé en cours.

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