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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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« Je suis descendu plus bas que l'Espagne », se dit-il, « et c'est sur les côtes africaines que j'ai abordé ».

Il crut que l'homme rouge lui demandait s'il s'appelait « Hugues » car cette syllabe revenait à tout bout de champ dans la conversation. Le naufragé voulut rétablir la vérité et tenta de s'expliquer. Las, la chose fut impossible car ces sauvages ne comprenaient ni le français, ni l'anglais (en tout cas pas celui que parlait Bombérubard et que lui avait enseigné un vieux marin d'outre-Manche, le capitaine Berlitz). Pourtant, à force de gestes, il parvint à leur demander le nom de leur peuplade.

— Amerloque ! Amerloque ! expliqua l'homme déguisé en colonne Morris.

Puis il lança un ordre à ses hommes et ces messieurs se jetèrent sur Bombérubard, l'entraînèrent jusqu'à un poteau planté dans le sable où ils l'attachèrent solidement.

La cérémonie qui suivit tenait du cauchemar. Soudé à son poteau, le pauvre enfant de Camaret regardait les hommes de couleur danser une ronde effarante qui lui flanquait le tournis. Après des heures de liesse frénétique, le chef leva la main et prononça quelques mots dans son dialecte guttural. La danse cessa ; un spécialiste s'avança en brandissant une lame effilée.

Bombérubard réalisa que sa dernière heure était venue. Sans doute l'homme à la peau rouge allait-il l'égorger ? Il se crispa et la température de son sang tomba à moins zéro. Contre toute attente, ce ne fut pas sur sa glotte que l'homme appliqua la lame, mais sur son front.

— Cadoricin ! Cadoricin ! hurlèrent les guerriers assemblés.

La lame mordit dans le cuir chevelu, et commença d'exécuter un arc de cercle.

— Vous allez me décoiffer ! protesta Bombérubard qui se montrait coquet parfois.

Le barbare resta impavide et continua sa besogne. Du sang ruisselait sur le visage du rameur solitaire. Le plancton qu'il avait mangé le matin lui restait sur l'estomac.

Il éleva son âme pure jusqu'à la Très-Sainte-Vierge-Marie.

— Puisque vous m'avez sorti de l'auberge une fois, Mme Marie, tirez-m'en une seconde, implora-t-il, pour l'Amour de votre Fils.

Et la Sainte-Vierge qui a ses têtes entendit ce nouvel appel. Des hurlements retentirent dans les rangs des hommes à peau rouge. Ils se bousculaient en désignant le large où trois magnifiques vaisseaux venaient d'apparaître !

Bombérubard vit que ces bâtiments battaient pavillon espagnol. Il en fut remué jusqu'au bout de l'âme. Mme la Vierge l'avait entendu et, pour le sauver, lui adressait des bateaux appartenant à Isabelle la Catholique, ce qui était tout indiqué !

Les choses furent vite réglées. Mis en fuite par les hommes blancs sortis du ventre des vaisseaux, les indigènes s'enfuirent dans la brousse après avoir abandonné quelques morts sur le sable.

Des marins s'approchèrent du prisonnier et le délièrent en criant à tue-tête (et en espagnol, ce qui était leur droit le plus strict) :

— Capitaine ! Capitaine ! Il y avait déjà un Blanc !

Un homme s'approcha, superbe dans des atours de satin. Il avait un regard de braise et faisait beaucoup de gestes en pariant.

Il s'adressa au prisonnier (ou plutôt à l'ex-prisonnier puisqu'aussi bien Bombérubard n'avait plus ses entraves) et lui parla en italien, puis en espagnol et enfin en français.

— Qui êtes-vous ? demanda le rameur solitaire.

— Mon nom est Colombo Christofo, le renseigna le capitaine. Jé suis italiano, ma qué zé travaille pour il compto dé sa Mazesté Isabella la Catholica ! Jé souis chargé dé prouver que la terre est ronde et voilà qui est fait !

— Comment ça ? ne put s'empêcher de s'étonner Bombérubard.

Le capitaine Colomb était du genre bavard.

— Jé souis parti à l'Ouest per aller en Indes, expliqua-t-il complaisamment, et m'y voici !

— Et l'Amérique, c'est du poulet ? questionna Bombérubard de façon fort abrupte.

Il démontra à ce naïf et sommaire Christophe Colomb que ni la flore ni les indigènes du pays qu'il venait de découvrir ne correspondaient à ceux des Indes. Ici les hommes étaient rouges et se prétendaient Amerloques.

Colombo haussa les épaules.

— Mettons que j'aie découvert l'Amérique et n'en parlons plus, fit-il, conciliant.

— Je regrette, dit le rameur solitaire, mais ça n'est pas vous qui avez découvert l'Amérique, Messire Colombo.

— Et qui c'est, alors, Madré de Dios ! tonna le capitaine qui n'aimait pas les contradicteurs.

— Mais c'est moi ! assura Bombérubard. Moi tout seul. Venu des côtes bretonnes dans une simple barque à rames. Quand on vient de réussir un exploit pareil, on tient à en avoir le bénéfice moral, c'est logique, non ?

Colomb serra les dents.

— C'est à voir, fit-il, se retranchant dans un laconisme prudent.

— C'est tout vu, coupa le naufragé. La performance sera homologuée dès notre retour en Europe par la F.E.D.[24].

— Vous y retournez à la rame en Europe ? s'étonna Colomb avec une fausse innocence qui laissa Bombérubard anéanti.

— Pourquoi ? bredouilla le malheureux.

— Mais, sourit Christophe, vous ne prenez pas ma flotte pour les long-courriers de la Compagnie Paquet, je suppose ! Puisque c'est vous qui venez de découvrir l'Amérique, allez donc annoncer la bonne nouvelle au Duc de Bretagne, mais allez-y par vos propres moyens !

Bombérubard baissa la tête. Son honneur national était en cause, mais il était trop épuisé pour ne pas se soumettre. Il y a des moments, dans la vie, où il faut mettre les pouces. Et puis ces hommes à peau rouge qui vous enlevaient le cuir chevelu comme un simple chapeau ne lui paraissaient pas fréquentables. Isabelle la Catholique se préparait bien du plaisir avec ces gars-là !

— Seigneur Colombo, soupira-t-il, vous avez raison, c'est bel et bien vous qui venez de découvrir l'Amérique.

Christophe partit d'un grand rire et donna une bourrade affectueuse à son interlocuteur. Dans le mouvement, Bombérubard fut décoiffé, en ce sens que sa chevelure chut au pied de l'illustre Colomb.

— Restez couvert, l'ami, dit-il, magnanime, au mangeur de plancton.

Puis, baissant le ton il ajouta :

— Et ne me cassez plus les claouis[25] avec votre Amérique. J'ai dit que j'allais trouver les Indes, je ne m'en dédis pas. Officiellement, ce sont les Indes que j'ai découvertes, vous avez bien compris, l'ami !

— J'ai compris, s'empressa d'affirmer le brave Bombérubard.

— A la bonne heure ! fit Colomb. D'accord, ajouta-t-il, je me suis trompé : la terre n'est pas ronde. Mais d'ici que les hommes en aient la preuve, j'aurai ma statue dans tous les ports !

(Confidences très secrètes de Messire Alain Bombérubard, marchand de morue à Camaret.
Faites sur son lit de mort à son fils aîné.)

RÉSUMÉ-QUESTIONNAIRE RELATIF A LA PREMIÈRE PARTIE

(Établi par le Commissaire San-Antonio à l'intention de Bérurier et rempli par ce dernier.)

Q : COMMENT VIVAIENT LES GAULOIS ?

R : Comme ils pouvaient ! Quand on n'a pas le gaz, ni l'eau sur l'évier c'est pas la peine d'acheter le Larousse gastronomique.

Q : COMMENT S'APPELAIENT LEURS PRÊTRES ? ET COMMENT CÉLÉBRAIENT-ILS LEUR CULTE ?

R : Ils s'appelaient les truites. Ils faisaient du boulot d'élagage, déguisés en gonzesses.

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24

F.E.D. : Fédération Européenne de Découvertes.

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25

Glandes que les hommes de cette époque avaient particulièrement développées.

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