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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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Le Connétable retire son heaume. Elle veut tout entendre.

— On affirme qu'il lui arrivait d'honorer ses favorites jusqu'à dix fois par nuit !

Les demoiselles gloussent, énervées par la précision. Béru, lui, hoche la tête.

— Tu parles d'un appétit ! Il avait un marteau pneumatique dans le kangourou, je m'explique pas, sinon !

— En ce début de siècle, continué-je, trois monarques exceptionnels régnaient sur l'Europe, et même sur le monde. C'étaient… Allons, mesdemoiselles ! Voyons un peu si vous le savez ?

Mais les souris ne mouftent pas. C'est le boutonneux de la Réforme qui récite à toute vibure : François Ier, Henri VIII et Charles Quint !

— Merci, Mademoiselle, lui dis-je.

Et je reprends mon cours.

— Trois souverains de ce poids, c'est beaucoup en même temps. Et puis trois c'est pas un chiffre. Ces bons sires ont passé leur règne à s'allier et à se tirer dans les tiges alternativement.

— Lequel c'était qui faisait le mieux marron les deux autres ? demande Béru.

— Charles Quint sans aucun doute, assuré-je. Il fut nommé empereur alors que notre François national guignait le poste. On disait de Charles Quint que jamais le soleil ne se couchait sur ses États. De l'Autriche à l'Amérique du Sud, il en avait un paquet !

— Un colonialiste, quoi ! résume Béru. II a bien fait de canner parce que de nos jours c'aurait t'été sa fête !

— François Ier était jalmince comme un teigneux de voir la puissance du roi d'Espagne. Il a voulu s'allier au roi d'Angleterre, Henri VIII, vous savez : le gros qui a eu six femmes, qui a envoyé le Pape chez Plumeau et qui bouffait le poulet avec les doigts.

— Un mec qui savait vivre, conclut Béru. Dommage qu'il eusse t'été anglais. Je le vois assez dans le rôle du roi de France.

Et il ajoute finement :

— Il devait toujours être en état d'alerte avec ses six reines !

Le jeu de mot est mauvais, mais faut le faire. Il y a quelques protestations des demoiselles à qui le régime biscotte ne réussit pas ; pourtant dans l'ensemble on apprécie.

— Ce projet d'alliance a donc provoqué l'entrevue du Camp du Drap d'Or sans lequel l'imagerie française ne serait que ce qu'elle est.

— Watt Isis ? demande mon ami.

— Pour épater le roi d'Angleterre, François Ier a mis le paquet. Les tentes du camp étaient tissées de fil d'or. A l'intérieur, il y avait des tapisseries, des pierres précieuses, des mets délicats, des filles resplendissantes…

— J'aurais aimé être l'invité d'honneur de la semaine, rêvasse le Gros.

— T'as l'esprit de lustre ! lui reproche hargneusement son paquet de saindoux, ça te perdra, Alexandre-Benoît ; ça te perdra !

Béru explique qu'il n'y a pas de mal à vouloir connaître le Drap d'Or. Il a toujours été attiré par le beau, le délicat, et la meilleure des preuves c'est qu'il a épousé Berthe. La voilà calmée, l'ogresse. Il a l'air comme ça d'un voltigeur Béru, mais ne vous y fiez point ; en réalité, c'est un diplomate.

— Le Rosbif a dû en prendre plein les carreaux, non ? murmure-t-il. S'il radinait de la Tour de London, ton Henri VIII, avec ses reines aux ratiches format Gaveau, le Drap d'Or pour lui ç'a été le Cinérama.

— Un peu trop même, car il n'a pas pardonné ce déploiement de luxe à son collègue français. Notre excellent camarade François Ier, des concerts du Louvre, a commis une immense erreur de psychologie. Il a voulu éblouir sans comprendre qu'en éblouissant il humiliait ! Quand les deux rois se sont séparés après avoir bien fait la foiridon, Henri VIII a couru signer un traité d'alliance avec le rusé Charles Quint. Ce dernier détenait la vraie puissance, il pouvait se permettre d'être modeste.

— C'est comme les soyeux lyonnais, compare Bérurier. Ils roulent dans de vieilles Dauphines ou dans des Arondes, alors qu'ils pourraient offrir des Cadillac à leur femme de ménage. Et qu'est-ce que ça a donné, cette alliance ?

— François Ier en a eu sec. Mais c'était pas le genre de sire à se cailler le raisin parce qu'il y avait des ratés dans le carburateur. Il a tout de même fait la guerre à Charles Quint et il l'a eu dans le dos à Pavie.

— Jamais entendu causer.

— Parce qu'en France on ne donne aux rues et aux bistrots que des noms de victoires. Sur les Champs-Élysées il y a le Marignan, mais tu peux toujours chercher le Pavie dans l'Annuaire. Pour en revenir à François, Charles Quint l'a fait prisonnier.

— Ça la fiche mal !

— Pas tellement ! Notre roi était si populaire que lorsqu'il a été emmené à Madrid pour l'incarcération on l'a accueilli comme un vainqueur et non comme un prisonnier. C'était à se demander si ça n'était pas plutôt lui qui avait fait Charles Quint prisonnier !

— Il a dû renauder, l'Arlequin ?

— Et comment ! Du coup il l'a fait fiche au mitard, le François.

— Il a pu s'évader ?

— Un truc formidable l'a sauvé : Éléonore, la frangine de Charles Quint, est tombé amoureuse de lui. Elle a fait des pieds et du reste pour le tirer de ce piège à rats. François Ier qui avait de la veine dans son malheur lui a promis le mariage.

— Mais il était déjà marida ?

— Non, car il était devenu veuf très tôt, sa jeune femme ayant eu la noble idée de canner avant la campagne. Comme Charles Quint ne pouvait décemment détenir son futur beauf prisonnier, il l'a renvoyé au Louvre en port dû.

— C'est très intéressant, affirme Berthe. Et a-t-il tenu parole, au moins ?

— Mais oui : François a épousé Éléonore. C'était un gentleman. Par exemple, une fois marié, il ne s'est guère occupé d'elle.

— Elle lui disait rien ? s'étonne Béru. Pourtant, une Espago, c'est bon pour le plumard. Elles ont le sang chaud, les Andalouses.

— François Ier avait son propre cheptel, comprends-tu ? L'habitude est une seconde nature. Quand tu remets le couvert dix fois de suite avec la même nana, faut croire qu'elle t'inspire, non ?

— Et Arlequin, il l'a su que son beauf ne taquinait pas la jarretelle à sa frangine ?

— Tout se savait.

— Je vois ça : Minute ou le Canard Enchaîné devaient faire des gorges chaudes ? Sans causer des potins de la Commère dont au sujet desquels il faut savoir lire entre les lignes. S'il l'a appris, ce dédain, Arlequin, il a du être dans tous ses états ?

Béru ne réalise pas la nature de nos sourires et nous considère avec étonnement. Sa Dulcinée prend le relais de l'interrogatoire historique. Elle veut connaître les principaux actes de François Ier.

— Il en a commis un qui sur le moment parut sans importance, révélé-je, mais qui, par la suite, devait être gros de conséquences.

— Et quoi donc ? me demande-t-on à l'aronde.

Le garçon pustuleux va pour répondre, mais je le devance car je n'aime pas qu'on me sape mes effets.

— Il a marié son fils, le futur Henri II, à une parente du pape… Et savez-vous comment se nommait cette jeune personne ?

Le binoclard une fois encore veut le dire. Je lui fourre précipitamment une saucisse-cocktail dans le clapoir, mine de rigoler.

— Elle s'appelait Catherine de Médicis !

Le tollé général m'indique que les personnages vénéneux de l'Histoire sont peut-être plus réputés que les personnages bénéfiques.

C'est, une fois de plus, le Gros qui exprime le mieux le sentiment général :

— Ben mon salaud !

Un silence.

La Berthe dévorante demande :

— Il est mort jeune ou vieux, François Ier ?

— A cinquante-deux ans !

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