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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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Q : PAR QUI VERCINGÉTORIX FUT-IL VAINCU ?

R : Par le général Alésia.

Q : QUEL EST LE NOM DU PREMIER ROI FRANC ?

R : Je m'en rappelle plus.

Q : POURQUOI CLOVIS S'EST-IL FAIT CHRÉTIEN ?

R : Ça le regarde ! Chacun son problème, comme on dit !

Q : QU'A FAIT CHARLEMAGNE AU COURS DE SON RÈGNE ?

R : Il s'est rasé tous les matins puisqu'il avait pas de barbe !

Q : QUELLE A ÉTÉ LA GRANDE VICTOIRE REMPORTÉE PAR PHILIPPE-AUGUSTE ?

R : Tu t'en souviens, toi, Berthe ? Moi non plus. Mais je peux dire que c'était en 1914.

Q : QUI A ASSURÉ LA RÉGENCE DU ROYAUME PENDANT LA MINORITÉ DE SAINT-LOUIS ?

R : Blanche Montel.

Q : SAINT-LOUIS A-T-IL ACCOMPLI UNE BELLE TACHE ?

R : Tu parles ! Même qu'elle a laissé une auréole !

Q : DE QUOI LES BRUS DE PHILIPPE-LE-BEL SE SONT-ELLES RENDUES COUPABLES ?

R : De faire la lanterne japonaise ; le coupe-cigare magique ; le gobe-mouche africain ; la tabatière sans couvercle ; le fouignozof savonneux ; ma couronne où je pense ; la gargouille fantasque ; le piège à Comte ; la patinette glissante ; le dortoir en folie ; et le petit doigt inquisiteur à des messieurs qu'elles ne connaissaient pas !

Q : JEANNE D'ARC A-T-ELLE RÉELLEMENT SAUVÉ LA FRANCE ?

R : Elle a fait le plus gros, mais elle a laissé du boulot pour d'autres sauveurs professionnels.

Q : QUEL ÉTAIT LE GRAND ENNEMI DE LOUIS XI ?

R : Son percepteur, sa concierge, son foie ou sa belle-doche, probablement. Les hommes, qu'ils soyent rois ou manœuvres, c'est bien toujours les mêmes trucs qui les font tartir !

DEUXIÈME PARTIE

LA RENAISSANCE

Huitième Leçon :

Charles VIII — Louis XII — FRANÇOIS Ier

L'hôtel particulier de la Comtesse Scatolovitch, croyez-moi, ça n'est pas de l'H.L.M. En parvenant devant la façade, flanqué de mes deux compagnons, je suis pris d'une courte appréhension, car le faste de la demeure m'intimide. C'est pourquoi mon index réticent hésite à chatouiller le bouton de la sonnette. L'arrivée des Bourgeois de Calais met fin à mes affres. Voilà des gars qui ont l'esprit d'économie. On ne peut pas dire que leur travesti les ait ruinés. Après la tenue d'Eve et le costume de Tarzan, je ne vois pas d'accoutrement plus modeste : une simple limace et une corde, ça ne déséquilibre pas un budget.

Apercevant la Joconde à Moustache et le Connétable dans son armure de carton argenté, ils se mettent à pousser des clameurs, les Bourgeois. Il y en a même un qui en perd ses clés sur le perron.

Mis en confiance par leur hilarité, je me décide à actionner la sonnette (en marbre rose avec bouton de platine taillé dans la masse).

Un larbin vient ouvrir dans un habit à la Française. Il a une bouille impavide, avec la mâchoire comme celle d'un poisson-chat sans moustaches, la raie au mitan, le regard couleur de stalactites (ou mites à la rigueur) et des étagères à mégots tellement décollées que sa tranche a l'air de vouloir s'envoler.

— Il est déguisé en corsaire, ou quoi, le loufiat ! me chuchote le Gros.

— C'est la tenue d'apparat, expliqué-je.

— Comme pour les motards les jours de surboum à l'Elysée ?

Le valet nous introduit dans un vestibule de marbre, à peine plus grand que le hall de la gare de Lyon et que décore la statue équestre, grandeur nature, d'Alexandre-le-Grand (la Comtesse, je vais l'apprendre dans un instant, est russe). Des portes de bronze avec incrustations de marbre sont ouvertes à deux battants sur le grand salon. Quand je vous aurai dit qu'un seul battant suffirait à laisser passer la caravane du cirque Barnum (la voiture de la girafe y compris), vous aurez une idée approximative des dimensions de la crèche !

A l'entrée du salon, se tient une toute petite vieille un peu malformée de la colonne, avec la tête frisottée comme celle d'une poupée-gros-lot de fête foraine. Elle est habillée en bacchante. Faut oser. Avec des rires frileux, des gloussements dindonesques et en roulant les « r » à ne plus en pouvoir, elle paluche les arrivants et leur affirme qu'ils sont les bienvenus. C'est bath, le savoir-vivre !

Ma petite amie Anne qui se tenait à l'orée de la pièce se précipite pour faire les présentations.

— Grand-Maman, qu'elle bonnit à la vioque, voici le commissaire San-Antonio dont je t'ai tant parlé !

J'en suis comme un pot de vaseline sur la table de nuit de Charpini. Elle m'avait caché ça, la friponne ! Je lui demande les raisons de sa discrétion.

— J'ai craint que vous ne redoutiez de vous ennuyer à une réception familiale et que vous ne décliniez l'invitation, m'explique-t-elle. Grand-mère est très jeune de caractère et, vous le voyez, l'ambiance est fumante !

Ça m'en a tout l'air.

Je plonge pour le baise-main grand siècle. La mémé Scatolovitch se met à me virguler une tirade russo-française à propos du plaisir qu'elle a à nous accueillir, moi et mes copains. Quand elle parle, on a l'impression d'écouter la retransmission d'une course de chars romains sur du gravier. Béru, qui ne veut pas être en reste de bonnes manières se fend itou d'un mimi phalangesque. Seulement comme il veut parler en même temps, son baise-main tourne au désastre et son râtelier soudain désarrimé choit sur le tapis de Moyen-Orient. Les assistants croient à un gag et l'applaudissent. Berthe l'enguirlande, ce qui corse encore la scène.

— Ce sont de véritables clowns que vous nous avez amenés, me remercie Anne.

Elle me demande de la faire danser. J'étudie sa requête et je finis par lui accorder avis favorable. Nous voilà donc partis sur la piste cirée pour un slow-adhérent plus langoureux qu'une chanson de Tino Rossi enregistrée sur velours côtelé. L'orchestre doit comporter au moins une vingtaine de musicos. En habit s'il vous plaît. La vieille à frisettes fait bien les choses et elle ne peut pas donner un thé dansant sans faire rappliquer dare-dare la Philharmonique de Berlin. Il y a des lampions partout : une féerie. La fête vénitienne, mes frères ! Versailles et ses fastes, à côté, c'est la foire du Trône. Je ne peux pas évaluer le nombre de pékins travestis qui se pressent ici, mais je vous affirme qu'il y avait moins de trèpe au dernier Racing-Reims du Parc des Princes.

Pour corser les sensations extatiques, ma cavalière danse comme une déesse. C'est plus une partenaire, c'est une bande Velpeau. Elle se tient si étroitement plaquée contre moi que j'ai l'impression d'être né avec elle dans mes bras.

On termine la danse cinq minutes après que la musique se soit arrêtée. Je me dis alors qu'il est temps de surveiller un brin les Bérurier. Mes petits monstres sont lâchés dans l'assistance et c'est le genre de couple qu'on ne doit pas laisser vagabonder dans le grand monde sans muselière. Je m'excuse donc auprès de ma gentille camarade d'abdomen et je pars à la recherche des deux ignobles.

Il y a des zigs qui se demandent comment elles font, les anguilles, pour se rendre chaque année dans la mer des Sargasses afin d'y jouer au sifflet dans le sifflet. Ça les épate que les anguiliettes de l'année qui barbotent à Pont d'Ainou à Vemeuil-sur-Avre trouvent le chemin de la fosse marine.

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