La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Ça me semble une excellente idée. Nous pouvons emprunter le glisseur de Craddick, avec son chauffeur. Les sénateurs sont embarqués dans une nouvelle réunion interminable avec Ribeiros. Ils n’en sortiront pas avant des heures. On y va ?
Il se dirigea vers la sortie.
— Je me demande de quoi ils parlent, remarqua Andie tandis qu’ils traversaient le parking à grands pas.
Elle distinguait presque les ondes de chaleur miroitant sur le goudron, retenues par la cruelle lumière de la mi-journée. Se pourrait-il qu’en louchant elle aperçoive Skerry dans le miroitement ?
— Bon, quoi qu’il en soit, je ne crois pas qu’ils parviennent à tirer la moindre information de Ribeiros. Ce type est plus glissant qu’un serpent dansant la samba.
Karim attendit que la jeune femme fût installée à l’arrière du glisseur rouge au châssis profilé, puis la rejoignit sur la banquette.
— À l’hôtel, lança-t-il au chauffeur.
L’engin fila à toute allure, esquivant habilement les autres glisseurs, naviguant sans ralentir à travers la circulation. Andie se retint de fermer les yeux. Le chauffeur leur jeta un coup d’œil dans le rétroviseur ; il portait des lunettes à verres teintés. De quelle couleur étaient ses yeux ?
Un quart d’heure plus tard, ils marchaient le long de la plage de Copacabana, très à l’aise dans le minuscule maillot de bain si apprécié des cariocas. Autour d’eux, des baigneurs folâtraient dans l’eau, s’éclaboussant avec de grands rires et des cris stridents à chaque vague qui déferlait sur eux.
— Bon, qu’avez-vous appris ? s’enquit Andie.
— Pas grand-chose, répondit Karim en haussant les épaules. Il ne s’agit assurément pas d’un laboratoire de génétique. Cette clinique est spécialisée dans la chirurgie plastique. Ribeiros lui doit sa fortune ; un petit pli par-ci, un petit pli par-là, et aujourd’hui toutes les riches dames de Rio veulent se faire refaire le nez, les seins ou le postérieur.
— Les yeux ?
— Ribeiros semble en effet pratiquer à grande échelle la chirurgie des yeux. Et maintenant que j’y pense, ce n’est pas normal pour un chirurgien plasticien.
— Évidemment, il a pu engager un spécialiste. Ces patients que nous avons vus, on leur a peut-être simplement enlevé leurs pattes-d’oie. D’après ce que j’ai entendu dire, la nouvelle peau est terriblement sensible à la lumière, et les produits régénérants ne font que rendre les choses pires encore.
— Ce qui explique probablement les bandages.
— À moins que ces gens ne soient là pour faire changer la couleur de leurs yeux.
Voilà, elle l’avait dit.
— Quoi ?
— Je veux dire, poursuivit Andie, s’ils voulaient changer la couleur de leurs yeux, disons, en doré, Ribeiros ou un de ses collègues pourraient le faire.
— Doré ? Doré comme pour un mutant ?
— C’est cela même, confirma Andie.
Karim secoua la tête.
— En admettant que ce soit possible, pourquoi voudraient-ils faire ça ?
— Pour se faire passer pour des mutants. Pour être au diapason de la future race supérieure.
— La race supérieure ? Les mutants ? (Il la regarda un long moment.) Andie, à mon avis, vous êtes restée trop longtemps sous le soleil brésilien. Vous avez des visions de supermutants qui dansent dans votre tête, et ce, parce que vous croyez avoir aperçu sur la plage un vendeur avec des yeux dorés.
— Vous pouvez rire, mais je l’ai vu, et je sais ce que j’ai ressenti. Et depuis que nous sommes ici, sachez que j’ai remarqué partout des gens dont les yeux semblent refléter la lumière de bien étrange façon.
— Je sais. C’est tout juste si vous avez parlé d’autre chose.
— Toujours est-il que tout cela me paraît fort suspect. Cette ville me fiche la trouille. Assurément, je ne m’attendais pas à ça. Vous ne trouvez pas bizarre que Rio soit si tranquille ? Vous ne vous attendiez pas à ce que ce soit la fête vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
— Maintenant que vous le dites, à part la circulation, c’est beaucoup plus calme que je n’aurais cru. Il y a bien une ou deux boîtes disco ouvertes, mais ce n’est pas plus vivant que Georgetown un samedi soir.
— Presque comme si quelque chose contrôlait les événements.
— Peut-être, dit Karim en donnant un coup de pied dans une algue pourpre. Mais les seuls faits que la vie nocturne soit inexistante et que vous ayez vu des yeux d’une couleur étrange ne suffisent pas à me convaincre qu’une bande de supermutants invisibles a monté un coup dans le coin. Vous n’arriverez même pas à me persuader qu’ils existent. La moitié du temps, je dois déjà faire un effort pour croire aux mutants ordinaires, de l’espèce banale. Comme votre patron.
Andie secoua la tête.
— Vous ne vous demandez pas pourquoi le Dr Ribeiros n’ôte jamais ses verres teintés ? Même à l’intérieur ? Nous n’avons jamais vu la couleur de ses yeux.
— Voilà que vous prétendez à présent que Ribeiros est un mutant ? (Karim eut un petit rire nerveux.) Si c’est le cas, Jacobsen en saurait quelque chose, non ?
— Peut-être.
Andie eut un moment de doute. Perdait-elle son temps à rechercher des complots et des conjurations ? Jacobsen elle-même ne lui avait-elle pas dit qu’elle doutait de l’existence du supermutant ? Qui d’autre qu’elle était mieux placé pour savoir ce qu’il en était ? Et si Skerry se trompait ? S’il n’était qu’un simple mutant renégat cherchant à semer la discorde ? Mais d’un autre côté, s’il avait raison ?
— Très bien, Karim, vous avez dit ce que vous aviez à dire. Mais une bonne fois pour toutes, j’aimerais bien découvrir si ce supermutant existe.
— Vous et votre Congrès des États-Unis… (Karim s’interrompit, posa la main sur l’épaule de la jeune femme et l’attira à lui.) Ce qu’il vous faut, c’est une petite perme.
— Que suggérez-vous ?
— Offrons-nous quarante-huit heures à Teresôpolis. Allons voir le palais d’été. Il fait plus frais là-haut. Oublions mutants et sénateurs. Nous serons à Washington jeudi.
Il arborait un regard franchement séducteur. Andie contempla son corps mince et hâlé. Son minibikini rouge. Elle sentit son pouls s’accélérer.
— Ça me paraît tentant. Mais nous pouvons nous éclipser ainsi, selon vous ?
— Pourquoi pas ? Votre patron n’est pas un tyran ; et je peux vous assurer que le mien est tout acquis aux vacances.
— Pour lui, peut-être. Mais s’agissant de ses fidèles assistants ?
Elle dégagea sa main de celle du jeune homme.
— Depuis que nous sommes ici, il s’est montré vraiment compréhensif. Et d’ailleurs, après une heure ou deux avec Ribeiros, tout le monde a l’air de sortir d’un thé dansant.
— Tout le monde, sauf mon patron.
L’image de Jacobsen, pâle et défaite, jaillit dans le cerveau d’Andie. Une Jacobsen qui avait l’air en proie à une espèce de tension dont elle n’était même pas consciente. Andie s’attarda sur cette vision. Quelque chose n’allait pas. Si elle savait seulement ce que c’était. Les supermutants ? De la paranoïa ? Plus elle restait à Rio, plus ses idées étaient confuses. Un week-end dans les collines lui ferait le plus grand bien.
— Je peux être prête à partir à six heures. Je laisserai un message sur l’écran de Jacobsen. Elle est tellement préoccupée, c’est à peine si elle remarquera mon absence.
Michael regarda Kelly monter dans le glisseur. Elle portait une tunique violette sans manches, très décolletée devant et dans le dos. Ses cheveux noirs lui tombaient sur les épaules en vagues gracieuses. Des cristaux de lavande scintillaient à ses oreilles. Avant de se glisser à l’intérieur, elle se pencha et l’embrassa tendrement. Au moment où elle s’écartait, il vit qu’elle ne portait pas grand-chose sous sa tunique.