Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Et l’hiver ?
— Ils ont des poêles… Mais je n’aimerais pas être à leur place…
— Où se trouvent ces bungalows ?
— Juste derrière le bâtiment parallèle à celui-ci.
– À propos de Verdoux, lui arrivait-il de parler de ses exploits militaires devant les Algériens ?
— Parfois oui, et à la limite de la provocation. Je me souviens d’un jour où il discutait avec Karim, qui travaille à l’encolleuse, de son pays qu’il trouvait magnifique. Au cours de la conversation — si on peut dire parce qu’il n’y avait que lui qui parlait — il évoqua ses patrouilles dans le djebel et des accrochages avec les « fellouzes ». Il avait un besoin maladif de se vanter et d’écraser les autres.
— Qu’a répondu Karim ?
— Rien. Je vous dis que ce sont des gens pacifiques et discrets.
À la suite de cette conversation, Quentin choisit de s’engager sur le petit sentier enneigé qui contournait un bâtiment. À une trentaine de mètres, au milieu des arbres, il repéra les bunga lows blancs d’où sortaient des cheminées fumantes. Quentin les observa quelques minutes et n’osa pas aller plus loin. Il fit demi-tour et rejoignit « son » bureau. Il était en train d’examiner les listes des membres du personnel, et plus particulièrement celles des équipes, quand il entendit marcher dans le couloir. C’était Chatel qui ne fut pas surpris de le voir.
— Déjà au travail, plaisanta-t-il. Vous arrive-t-il de dormir ?
— Avez-vous une minute ? J’aimerais discuter de quelques points avec vous.
— Quand vous voudrez. Venez au salon d’accueil, je vais nous faire du thé et nous serons mieux là-bas.
Une fois installés devant une théière fumante, Bruchet commença.
— Verdoux s’absentait-il souvent ?
— Oui, environ deux jours par semaine et personne ne s’en plaignait. Mais à son retour, il se rattrapait afin que l’on ne l’oublie pas.
— Saviez-vous où il allait ?
— Pas toujours. Depuis le début, il n’a jamais été clair sur ses déplacements.
— De sorte que vous ignorez s’il avait d’autres activités.
— En effet ! Parfois, nous savions qu’il était au siège ou dans une réunion extérieure, mais même sa secrétaire ignorait la plupart du temps où il se trouvait.
– Étiez-vous au courant qu’il avait reçu des menaces ?
— Des menaces ? s’étonna Chatel.
— Oui…
— Ma foi non, mais ça ne m’étonne pas.
— Expliquez-vous.
— Avec des homologues des autres usines, deux ou trois fois par an au cours de séminaires, nous échangeons sur nos expériences et nous tenons au courant des dernières techniques. Verdoux avait partout une sale réputation. Il a commencé comme contremaître et, peu à peu, il est monté en grade. Au siège, il avait la cote. Quelqu’un qui gère le personnel à la baguette et qui sait faire « suer le burnous » est toujours apprécié, surtout dans leurs bureaux où on ne connaît que les chiffres et les statistiques. Partout où il était passé, il finissait par se faire haïr au point que la direction trouvait plus prudent de le muter ailleurs avec un galon de plus. C’est comme ça qu’il a atterri ici comme direc teur. Dans notre usine des Vosges, il avait eu une altercation avec un ouvrier qui l’avait attendu à la sortie avec un fusil de chasse. Vous voyez le tableau ?
— Et comment cela a-t-il fini ?
— Il n’y a pas eu de drame. Je n’ai pas eu tous les détails, mais l’autre a dû finir par se calmer. Quand vous me parlez de menaces, je n’en suis pas surpris, ce ne seraient pas les premières… !
— Je sais qu’il évoquait souvent ses exploits militaires en Algérie. Vous en avait-il parlé ?
– À moi comme aux autres. Il s’était engagé volontaire dans les paras… et parlait à tout propos de son école d’officiers…, mais ne nous donnait jamais de détails.
— Comment se comportait-il avec les Algériens de l’usine ?
Chatel hocha la tête et soupira. Il remplit les tasses de thé et répondit.
— J’ai eu quelques échos de la part des contremaîtres… Disons, pour simplifier, qu’il manquait de tact ou bien qu’il cherchait la provocation…
— Il n’y a jamais eu d’incidents ici ?
— Non ! avec les rumeurs de fermeture d’usine, chacun fait le dos rond… Ce n’est pas le moment de perdre son emploi !
— Sans doute, jusqu’au jour où la pression fait sauter le couvercle…
— Depuis hier, je n’arrive pas à réaliser qu’il y a eu un meurtre ici…
— Nous avons de bonnes raisons de le penser, même si ce n’est encore qu’une présomption. Le meurtrier devait savoir que le fond du magasin serait libéré un court moment quand Verdoux serait dans l’atelier-pilote.
— J’avoue que cela me trouble. Je n’arrête pas d’y penser, avec un assassin sans doute parmi nous…
– À moins que… y a-t-il des absents ?
— Nous avons quelques grippés, et le délégué syndical Michel Petrod a pris dix jours de congé. Je l’ai appris le lendemain de la mort de Verdoux.
— Est-ce vraiment un congé ?
— Absolument, j’ai vu l’autorisation signée de Verdoux. Cette absence n’a rien d’anormal. Petrod est un mécanicien souvent sollicité la nuit ou les week-ends. De ce fait, il avait un grand nom bre d’heures à récupérer. Ce qui m’a surpris, c’est que Verdoux lui ait signé sa demande de congé. D’habitude, c’est le chef de service qui fait ça. Or Petrod dépend d’Henri Mandrez. Mais il ne faut s’étonner de rien. Verdoux se mêlait de tout.
— Quand rentre Petrod ?
— Lundi, c’est ce qui est prévu.
— Je reviens sur la fameuse nuit. Qui pouvait savoir que le fond du magasin serait accessible ?
— N’importe qui ! Le planning n’est pas secret et nombreux sont ceux qui peuvent en avoir connaissance. Il est consultable chez madame Triolet et dans le bureau des contremaîtres. Ce qui demeure en revanche une énigme, c’est que le meurtrier savait que Verdoux allait revenir le soir. Il faut croire qu’il en avait parlé, alors que d’habitude il ne donnait jamais son emploi du temps. À moins que ce soit un hasard… Étrange quand même !
— Je vous remercie, à lundi.
— Bon dimanche !
Quentin fila directement chez la veuve Verdoux. Elle apparut sur le seuil, en haut de l’escalier en tenue de sport.
— Pouvez-vous m’accorder un moment ? demanda Quentin.
— Oui, bien sûr, dit-elle.
Sa réponse manquait d’enthousiasme. Sans doute avait-elle d’autres projets. En entrant dans le jardin, il avait aperçu des skis de fond à l’intérieur d’une BMW grise sortie du garage.
Le vestibule était toujours dans le même désordre. Quentin remarqua un sac à dos dans l’entrée, apparemment plein, appuyé contre un carton.
— J’allais faire un tour pour me changer les idées, dit-elle pour expliquer sa tenue. Avec tous ces souvenirs… et les préparatifs du déménagement… Ici, j’étouffe ! Que puis-je pour vous ?
Quentin était embarrassé. Par où commencer ? Dans le salon, il remarqua sur la table basse des brochures touristiques sur l’Argentine. Madame Verdoux préparerait-elle un voyage ?
— Je vais sans doute vous paraître brutal, dit Quentin, mais je suppose que vous avez compris qu’il y a des présomp tions de meurtre sur la personne de votre mari, et je pense que vous tenez autant que moi à ce que le meurtrier soit arrêté.
— Bien entendu ! répliqua-t-elle avec des trémolos dans la voix.
— Saviez-vous si votre mari avait une activité autre que celle qu’il exerçait chez Polybois ?
— Certainement pas. Il était totalement pris par son travail.