Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Je t’ai trouvé. Enfin.
Les falaises sont plus proches maintenant. Mais l’ombre y est chaude aussi. Presque autant qu’au soleil. Impossible d’échapper à la chaleur. Suffocante. Il va brûler s’il reste au soleil, il en est sûr.
Viens, par là.
C’est insoutenable. Même à l’ombre, il prendra feu. Impossible de tenir.
Viens, par là.
Une tache sombre dans l’ombre. Une caverne.
Un piège ? Non, personne. C’est vide.
Il a moins chaud dedans. Il échappe enfin aux feux brûlants du soleil.
Pas un bruit à l’intérieur. Pourtant, ce n’est pas vide. Qui est là ?
Je suis là.
Il y a quelqu’un ! Il ne doit pas rester là. C’est dangereux.
Non, pas dangereux. Ici, je pourrai te parler. Ici, tu pourras venir.
Que du sable à l’intérieur. Encore et toujours du sable. Pas d’humidité. Pas de vie. Tout est brûlé ici. Il faut se reposer.
Si fatigué…
Tancrède avait le goût du sable dans la bouche.
Quelques grains avaient dû pénétrer dans le fond de sa gorge, car il avait une furieuse envie de tousser. Mais il devait absolument réussir à se retenir s’il ne voulait pas faire de bruit. Allongé à plat ventre sur le flanc de la dune, la seule chose qu’il craignait était d’en inhaler d’autres par inadvertance et de tousser par réflexe.
Ils avaient dû ramper de longues minutes en plein soleil pour arriver là, et les vingt hommes du premier détachement de la 78e, gênés par leurs armes et transpirant abondamment sous leur équipement, affichaient des grimaces de souffrance. La température au niveau du sol était une véritable torture. Si un souffle de vent soulevait par intermittence un léger nuage de sable, cela ne suffisait en aucun cas à rafraîchir les corps en ébullition. Ils s’étaient arrêtés quelques instants afin de se reposer, mais devraient bientôt reprendre leur pénible progression dans ce désert.
Allongé à gauche de Tancrède, Liétaud avait l’air détendu et ne semblait pas souffrir de cette chaleur écrasante. Presque jaloux de la facilité avec laquelle le jeune homme supportait les conditions ambiantes, Tancrède se demandait si un jour viendrait où il verrait ce garçon arriver au bout de ses ressources. Ses pensées s’interrompirent quand Engilbert l’appela en chuchotant.
« Mon Lieutenant, j’ai un signal. »
Tancrède se retourna sur le dos pour changer le côté de son corps exposé au soleil et reporta son attention sur Engilbert qui s’était approché en rampant. Il avait ce regard un peu flou caractéristique des opérateurs qui s’adressent à quelqu’un en regardant à travers les données tactiques affichées en surimpression HUD sur la visière de leur casque. Lorsqu’ils avaient commencé à ramper une demi-heure plus tôt, il avait basculé l’affichage du dirSat sur sa visière afin de pouvoir replier l’écran de son plastron. Le satellite avait repéré un groupe ennemi se déplaçant lentement à deux cents mètres de leur position. Le détachement avait alors continué sa reptation au ralenti pour s’approcher de l’ennemi dans un silence total.
« Je viens d’avoir du mouvement à quarante mètres, nord/nord-ouest », reprit Engilbert, toujours à voix basse. « Ils sont une trentaine, peut-être un peu plus. »
Tancrède se mordit la lèvre inférieure.
« Merde, ils sont plus nombreux que nous. »
Sans s’attarder sur cette mauvaise nouvelle, il passa mentalement en revue toutes les stratégies possibles tandis qu’Engilbert essuyait du doigt la buée accumulée sur sa visière HUD. Il se tourna vers Liétaud qui attendait patiemment ses instructions.
« Ça va être à toi de jouer, Liétaud. »
Celui-ci se redressa, un grand sourire en travers du visage.
« Pas de problème, Lieutenant !
— Moins fort, malheureux ! murmura nerveusement Tancrède. Tu veux nous faire repérer ?
— Désolé, souffla le jeune Flamand en adoptant un volume sonore plus approprié. Que voulez-vous que je fasse, chef ?
— Tu prends trois hommes avec toi et vous contournez l’ennemi par l’ouest. Lorsque vous serez en position, tu poses une balise de simulation avec un retard à cinq minutes.
— D’accord… fit Liétaud en fronçant les sourcils, essayant de deviner où son lieutenant voulait en venir.
— Ensuite, tu les contournes à nouveau, cette fois par le nord, et tu te figes à l’est de leur position.
— Euh… Excusez-moi, Lieutenant, ça ne sert à rien de mettre la balise de simul puisqu’ils savent sûrement très bien où se trouve réellement notre unité.
— C’est possible, mais je ne pense pas qu’ils nous aient repérés. Sinon, ils auraient certainement déjà attaqué puisqu’ils ont l’avantage numérique. Et surtout, dès que ta balise de simul se déclenchera et fera croire à leurs détecteurs que nous sommes sur leur flanc ouest…
— …nous on canarde sur leur flanc est.
— Exactement. Résultat : ils croient qu’ils sont pris en tenaille et ils se mettent à l’abri de l’autre côté de leur dune…
— …en plein dans votre axe de tir. D’accord, j’ai compris, c’est comme si c’était fait. » Il activa son micro et appela à voix basse : « Renaud, Ludovico et Olinde, bougez-vous ! On décolle d’ici, »
Les quatre soldats se laissèrent glisser au bas de la dune, déclenchant de petites avalanches de sable qui couvrirent la pente de délicates vagues de silicate, puis partirent vers l’ouest sans faire le moindre bruit. Engilbert se mit sur le dos et déplia l’écran dirSat de son plastron afin que Tancrède puisse lui aussi suivre le mouvement de ses hommes. Les quatre points lumineux auxquels étaient accolés les matricules des soldats se déplaçaient rapidement en suivant comme prévu une large trajectoire elliptique afin de ne pas être repérés. Tancrède fit un petit signe du menton à l’un des hommes embusqués au sommet de la dune pour lui demander s’il voyait du mouvement. Celui-ci lui répondit par un signe de tête négatif. Engilbert ne quittait pas les points blancs des yeux.
« Ils seront très exposés quand ils passeront du côté est… » chuchota-t-il d’un air inquiet.
Tancrède lui jeta un coup d’œil sans lui répondre. Il pensait la même chose, mais comptait sur le talent de Liétaud pour que tout se passe bien. Sur l’écran, les quatre points s’immobilisèrent, dangereusement près de la masse floue qui représentait l’estimation faite par le dirSat de la position et du nombre des ennemis. Rien ne se passa pendant une longue minute. Le soleil était accablant dans le ciel d’un bleu intense et le silence uniquement troublé par la respiration difficile des soldats. Puis les quatre points se remirent en mouvement et empruntèrent un chemin passant par le nord de la zone.
Tancrède activa le canal collectif : « Très bien, les gars, tenez-vous prêts. Offensive imminente. Restez immobiles, nous devons tromper leurs détecteurs au maximum. »
Soudain, le crépitement aigu de fusils T-farad se fit entendre au loin.
« Quoi ? Déjà ? s’exclama Tancrède à voix haute. Nom d’un chien ! La balise ne s’est pas encore déclenchée, ils ont dû se faire repérer ! »
Il rampa à toute vitesse jusqu’au sommet de la pente sableuse et arracha les jumelles des mains de l’observateur. Il vit alors les quatre soldats en haut de la dune à l’est des ennemis, deux déjà étendus au sol et les deux autres en train de tirer en contrebas. Liétaud hurlait tout en tirant, presque masqué à la vue de Tancrède par les gerbes de sable que soulevaient les tirs ennemis. Ludovico, l’autre soldat encore valide, lança de toutes ses forces une grenade au-dessus des ennemis, mais il avait attendu trop longtemps et elle explosa en l’air, trop haut pour causer le moindre dégât.