Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » Quand un roi perd la France
Quand un roi perd la France - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Quand un roi perd la France

Электронная книга - «Quand un roi perd la France». Краткое содержание книги:

Dans ce septième et dernier volume desRois maudits, c'est le règne de Jean II qui est retracé. L'Histoire a surnommé ce roi Jean le Bon, mais ce monarque fut, en fait, aussi vaniteux et cruel qu'indécis et incapable. La France est, à l'époque, en crise : les clans et les factions se disputent le pays, l'Angleterre revendique le royaume, les impôts sont écrasants, la peste fait des ravages et le roi accumule les erreurs. On suit, à travers le récit d'un haut personnage de l'époque, l'évolution du règne. Une épopée malheureuse et sanglante qui va mener le roi au désastre de la bataille de Poitiers où il sera fait prisonnier des Anglais.
1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 76
Перейти на страницу:

Même si, dans le secret de l’âme, le duc de Normandie ne pouvait s’empêcher d’accorder crédit aux accusations portées, les présomptions ne lui semblaient pas assez établies.

« Pour mon mauvais gendre, nous en savons assez, ce me semble, dit le roi. – Non, mon père, nous ne savons guère, répondit le Dauphin.

« Charles, êtes-vous donc si obtus ? dit le roi avec colère. N’avez-vous pas entendu que ce méchant parent sans foi ni aveu, cette bête nuisible, nous voulait saigner bientôt, moi puis vous ? Car, vous aussi, il voulait vous occire. Croyez-vous qu’après moi vous eussiez été un grand obstacle aux entreprises de votre bon frère qui voulait naguère vous tirer en Allemagne, contre moi ? C’est notre place et notre trône qu’il guigne, rien moins. Ou bien êtes-vous toujours si coiffé de lui que refusiez de rien comprendre ? »

Alors le Dauphin qui prenait de l’assurance et de la détermination : « J’ai fort bien entendu, mon père ; mais il n’y a preuve ni aveux. – Et quelle preuve voulez-vous, Charles ? La parole d’un loyal cousin ne vous suffit-elle pas ? Attendez-vous de gésir, navré dans votre sang et percé comme le fut mon pauvre Charles d’Espagne, pour fournir la preuve ? »

Le Dauphin s’obstinait. « Il y a présomptions très fortes, mon père, je ne le contredis point ; mais pour l’heure, rien de plus. Présomption n’est pas crime. – Présomption est crime pour le roi, qui a devoir de se garder, dit Jean II devenu tout rouge. Vous ne parlez pas en roi, mais comme un clerc d’université rencogné derrière ses gros livres. »

Mais le jeune Charles tenait bon. « Si devoir royal est de se garder, ne nous mettons pas à nous décapiter entre rois. Charles d’Évreux a été oint et sacré pour la Navarre. Il est votre beau-fils, félon sans doute, mais votre beau-fils. Qui respectera les personnes royales si les rois s’envoient l’un l’autre au bourreau ? – Il n’avait qu’à ne point commencer », cria le roi.

Alors le maréchal d’Audrehem intervint, pour fournir son avis. « Sire, en l’occasion, c’est vous, aux yeux du monde, qui paraîtriez commencer. »

Un maréchal, Archambaud, de même qu’un connétable, c’est toujours difficile à manier. Vous l’installez dans une autorité et puis, tout à coup, il en use pour vous contredire. Audrehem est un vieil homme de guerre… pas si vieux que cela, au fond ; il a moins d’âge que moi… mais enfin un homme qui a longtemps obéi en se taisant et vu beaucoup de sottises se commettre sans pouvoir rien dire. Alors, il se rattrapait.

« Si encore nous avions pris tous les renards dans le même piège ! continua-t-il. Mais Philippe de Navarre est libre, lui, et aussi acharné. Expédiez l’aîné, et le cadet le remplace, qui soulèvera tout aussi bien son parti, et traitera tout aussi bien avec l’Anglais, d’autant qu’il est meilleur chevalier et plus ardent à la bataille. »

Louis d’Orléans vint alors appuyer le Dauphin et le maréchal, représentant au roi qu’aussi longtemps qu’il tiendrait Navarre en prison, il garderait prise sur ses vassaux.

« Instruisez longuement procès contre lui, faites éclater sa noirceur, faites-le juger par les pairs du royaume ; alors nul ne vous reprochera votre sentence. Quand le père de notre cousin Jean commit tous les actes qu’on sait, le roi notre père ne procéda pas autrement que par jugement public et solennel. Et quand notre grand-oncle Philippe le Bel découvrit l’inconduite de ses brus, si rapide qu’ait été sa justice, elle fut établie sur interrogatoires et prononcée en grande audience. »

Tout cela ne fut point du goût du roi Jean qui s’emporta derechef : « Les beaux exemples, et bien profitables, que vous me baillez là, mon frère ! Le grand jugement de Maubuisson a mis le déshonneur et le désordre dans la famille royale. Quant à Robert d’Artois, pour l’avoir seulement banni, n’en déplaise à notre cousin Jean, au lieu de le proprement saisir et occire, il nous a ramené la guerre d’Angleterre. »

Monseigneur d’Orléans qui n’aime point trop son aîné et se plaît à lui tenir tête, aurait alors reparti… on m’a assuré que cela fut dit… « Sire, mon frère, faut-il vous rappeler que Maubuisson ne nous a pas trop desservis ? Sans Maubuisson où notre grand-père Valois, que Dieu garde, joua sa part, c’est sans doute notre cousin de Navarre qui serait au trône en cette heure, au lieu de vous. Quant à la guerre d’Angleterre, le comte Robert y poussa peut-être, mais il ne lui apporta qu’une lance, la sienne. Or, la guerre d’Angleterre dure depuis dix-huit ans… »

Il paraît que le roi fléchit sous l’estocade. Il se retourna vers le Dauphin qu’il regarda durement en disant : « C’est vrai, dix-huit ans ; juste votre âge, Charles », comme s’il lui faisait grief de cette coïncidence.

Sur quoi Audrehem bougonna : « Nous aurions plus aisé à bouter l’Anglais hors de chez nous si nous n’étions pas toujours à nous battre entre Français. »

Le roi resta muet un moment, l’air fort courroucé. Il faut être bien sûr de soi pour se maintenir dans une décision quand nul de ceux qui vous servent ne l’approuve. C’est à cela qu’on peut juger le caractère des princes. Mais le roi Jean n’est pas déterminé ; il est buté.

Nicolas Braque, qui a appris dans les conseils l’art de profiter des silences, fournit au roi une porte de retraite en ménageant tout ensemble son orgueil et sa rancune.

« Sire, n’est-ce point expier bien vite que de mourir d’un coup ? Voici deux années et plus que Monseigneur de Navarre vous fait souffrir. Et vous lui accorderiez si courte punition ? Tenu en geôle, vous pouvez faire en sorte qu’il se sente mourir tous les jours. En outre, je gage que ses partisans ne laisseront pas de monter quelque tentative pour le délivrer. Alors vous pourrez capturer ceux-là qui aujourd’hui ont nargué vos filets. Et vous aurez bon prétexte à abattre votre justice sur une rébellion si patente… »

Le roi se rallia à ce conseil, disant qu’en effet son traître beau-fils méritait d’expier plus longtemps. « Je diffère son exécution. Puissé-je n’avoir pas à m’en repentir. Mais à présent qu’on hâte le châtiment des autres. C’est assez de paroles et nous n’avons perdu que trop de temps. » Il semblait craindre qu’on ne parvînt à le dessaisir d’une autre tête.

Audrehem, de la fenêtre, héla de nouveau le roi des ribauds et lui montra quatre doigts. Et comme il n’était pas sûr que l’autre eût bien compris, il lui dépêcha un archer pour lui dire qu’il y avait une charrette de moins.

« Qu’on se hâte ! répétait le roi. Faites délivrer ces traîtres. » Délivrer… l’étrange mot qui peut surprendre ceux qui ne sont pas familiers de cet étrange prince ! C’est sa formule habituelle, quand il ordonne une exécution. Il ne dit pas : « Qu’on me délivre de ces traîtres », ce qui ferait sens, mais « délivrez ces traîtres »… qu’est-ce que cela signifie pour lui ? Délivrez-les au bourreau ? Délivrez-les de la vie ? Ou bien est-ce simplement un lapsus dans lequel il s’obstine, parce que dans la colère sa tête confuse ne contrôle plus ses paroles ?

Je vous conte tout cela, Archambaud, comme si j’y avais été. C’est que j’en ai eu le récit fait, en juillet, à peine trois mois après, quand les mémoires étaient encore fraîches, et par Audrehem, et par Monseigneur d’Orléans, et par Monseigneur le Dauphin lui-même, et aussi par Nicolas Braque, chacun, bien sûr, se souvenant surtout de ce qu’il avait dit lui-même. De la sorte, j’ai reconstitué, assez justement je crois, et dans le menu, toute cette affaire, et j’en ai écrit au pape, auquel étaient parvenues des versions plus courtes et un peu différentes. Les détails, en ces sortes de choses, ont plus d’intérêt qu’on ne pense, parce que cela renseigne sur le caractère des gens. Lorris et Braque sont tous deux des hommes fort avides d’argent et déshonnêtes dans leur âpreté à en faire ; mais Lorris est d’assez médiocre nature, alors que Braque est un politique judicieux…

1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 76
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)