Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
« S’il vous plaît, mon ami, je sais que vos hommes sont épuisés, mais ne pourrait-on pas les employer utilement ? Par exemple, un petit nettoyage ne ferait pas de mal à ce village de l’autre côté de la porte. Et quant à vous et moi, nous devrions aller nous présenter aux autorités, afin que je reçoive mes ordres du conseil municipal. »
L’étreinte et le sourire de Mouj balayèrent les craintes qu’aurait pu nourrir le capitaine Bitanke. Il donna ses ordres et ses hommes se répandirent dans Clébaud. Puis Mouj le suivit dans la cité. « Pendant que mes hommes rétablissent l’ordre, il faut s’occuper d’éteindre certains incendies, dit-il. Pouvez-vous appeler d’autres gardes avec votre ordinateur ?
— Oui, mon général.
— Ce n’est pas à moi de vous apprendre votre métier, mais si vos hommes peuvent protéger les pompiers, nous arriverons peut-être à empêcher Basilica de brûler de fond en comble avant l’aube.
— Croyez-vous que le reste de vos soldats pourrait venir nous prêter main-forte ? »
Mouj éclata de rire. « Oh, non ! Le général Vozmujalnoy Vozmojno n’en donnerait jamais l’autorisation ! Si une telle force s’approchait de vos portes, on pourrait croire à Basilica que nous venons nous emparer de la ville. Nous voulons vous offrir notre protection, non vous annexer, mon ami ! C’est pourquoi nous n’avons amené que ces cinq cents hommes.
— C’est Surâme qui a dû vous envoyer, mon général, dit le capitaine Bitanke.
— Dame Rasa est la seule qu’il faille remercier. Elle et un brave de votre corps, nommé, je crois, Smelost.
— Smelost, souffla Bitanke. C’était un de mes plus proches amis.
— Alors, je suis heureux de vous annoncer qu’il a été reçu avec honneur par le général Vozmujalnoy Vozmojno ; à la nouvelle qu’il apportait, le général a marché sans tarder au secours de votre cité.
— Et vous êtes arrivés à temps. La situation s’est mise à dégénérer la nuit dernière, le désordre s’est poursuivi toute la journée d’aujourd’hui et je craignais que le matin ne voie la cité réduite en cendres et toutes les femmes de Basilica plongées dans le désespoir.
— Je me réjouis toujours d’être le messager de l’espérance », répondit Mouj.
Ils marchaient à présent dans une rue bordée de maisons et de boutiques. Pourtant, on n’y voyait personne et des lumières brillaient à de nombreuses fenêtres des étages supérieurs. La seule indication que des émeutes avaient eu lieu, c’était les bris de verre sur le pavé, les vitrines éclatées des échoppes et les cadavres de mercenaires, toujours vêtus de leurs masques holographiques, qui pendaient aux balcons comme des carcasses d’abattoir. Bitanke les regarda d’un air vaguement troublé.
« Combien de temps ces masques fonctionneront-ils ? demanda Mouj.
— Jusqu’à ce que les… les corps se refroidissent, je suppose. Il paraît que ce sont la chaleur et le magnétisme corporels qui les déclenchent.
— Ah, fit Mouj.
— Puis-je savoir… ce qu’ils ont… enfin, comment vos hommes ont réussi à les pendre ? Je ne vois aucune corde et il n’existe pas de… d’appareils de pendaison dans les rues.
— Je n’en sais rien, répondit Mouj. Enlevons son manteau à l’un d’eux et nous verrons bien. »
D’un geste circonspect, Bitanke leva le bras et tira sur le costume du plus proche cadavre. En tombant, l’hologramme s’évanouit et il fut alors facile de voir que le corps avait été fixé au mur à l’aide d’un grand poignard planté dans son cou. « Son propre poignard, croyez-vous ? demanda Mouj.
— Il me semble, oui, répondit Bitanke.
— Pas très solide, comme fixation. » Mouj donna une petite poussée au cadavre. « Au moindre coup de vent cette nuit, la plupart se décrocheront. Il faudra s’en débarrasser le plus vite possible ou nous aurons un gros problème avec les chiens.
— Oui, mon général, dit Bitanke.
— Jamais vu de cadavre ? s’enquit Mouj. Vous m’avez l’air patraque.
— Oh si, mon général. C’est seulement que je n’ai jamais vu… qu’on les traite de cette façon… J’aimerais autant que vos hommes ne…
— Ridicule. Ces corps pendus nous servent de renforts. Les émeutiers qui auront échappé à mes soldats – ceux qui seront aux toilettes, par exemple ; il doit sûrement y en avoir, vous ne croyez pas ? – verront en sortant que tout est calme, puis ils remarqueront les cadavres et ils perdront sur-le-champ toute envie de se battre. »
Bitanke émit un petit rire. « Oui, j’imagine !
— Vous voyez ? C’est une façon de permettre à ces garçons de réparer un peu les méfaits qu’ils ont commis, leur faire ainsi maintenir l’ordre toute la nuit à notre place. Corrigez-moi si je me trompe, capitaine Bitanke, mais personne ne versera beaucoup de larmes sur eux, n’est-ce pas ? »
Dans l’heure, Mouj rencontra le conseil municipal. Pendant ce temps, la centaine de soldats qui s’occupaient des brasiers dans le désert avaient pris position à chaque porte de la cité, à côté des gardes, dans les rares cas où ceux-ci se trouvaient à leur poste. Nulle querelle n’éclata ; nul soldat gorayni n’échangea de coups avec un garde municipal.
La rencontre de Mouj avec le conseil de la cité se fit dans le calme, et un accord fut conclu selon lequel les Gorayni auraient libre accès à tous les bourgs de la ville – même à ceux réservés aux seules femmes, les incendies et le pillage y étant les plus graves ; mais au bout de deux jours et demi, Mouj rappellerait ses hommes dans des quartiers extérieurs à Basilica, où ils recevraient d’amples approvisionnements et des récompenses tirées du trésor de la cité. C’était une merveilleuse alliance, qui fut consacrée par de grandes démonstrations de politesse et de gratitude.
Bien peu s’en rendraient compte avant plusieurs jours, mais à l’heure où Mouj quitta la réunion, sa conquête de Basilica était terminée.
Nafai parla aussi peu que possible à Elya et à Meb tandis qu’ils reprenaient le chemin de Basilica. Son silence ne les rendit pas plus aimables avec lui, mais au moins cela lui évitait de se quereller ou d’avoir à faire des pirouettes verbales pour esquiver les disputes. Il pouvait ainsi s’occuper de ses propres pensées.
Et parler à Surâme.
Comme si ce qu’il disait au vieil ordinateur avait la moindre importance ! L’espace de quelques jours, il s’était imaginé travailler main dans la main avec lui. Surâme lui avait montré ses souvenirs de la Terre, expliqué l’objet de son existence, c’est-à-dire essayer d’empêcher la planète Harmonie de répéter l’histoire pitoyable et suicidaire de la Terre. Nafai avait accepté de servir ce but. Il s’était trouvé debout à côté d’un homme ivre mort dans la rue – son ennemi – et il ne lui serait jamais venu à l’esprit de tuer cet ivrogne étendu là, sans défense. Mais Surâme le lui avait ordonné et Nafai s’était exécuté. Non parce que Gaballufix était lui-même un meurtrier qui méritait la mort. Pourquoi donc, alors ? Parce que Nafai avait cru en Surâme, et qu’il avait convenu avec lui qu’en tuant cet homme, rien que celui-là, il pouvait contribuer à protéger le monde entier.
Et maintenant que Nafai avait commis ce crime, maintenant qu’il s’était couvert les mains de sang pour la cause de Surâme, où était Surâme ? Nafai s’était imaginé qu’il existait à présent une relation privilégiée entre eux, par exemple au moment où l’Index s’était pour la première fois adressé à lui, à Père et à Issib ; eux n’avaient saisi qu’une partie du message. Ils avaient compris que Surâme projetait de les emmener pour un long voyage jusque vers une terre merveilleuse où Issib pourrait se servir de ses flotteurs sans plus rester confiné dans son fauteuil. Seul Nafai savait qu’en réalité le pays où Surâme comptait les guider ne se trouvait pas sur Harmonie, mais qu’il entendait les ramener sur Terre. Au bout de quarante millions d’années, ils allaient revenir sur Terre.