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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Ainsi se sont-ils vid�s d'avoir cru poss�der et obtenir et de s'�tre arr�t�s sur la route, pour jouir, comme ils disent, de leurs provisions. Car il n'est point de provisions. Et je le sais, moi qui me suis fait prendre si longtemps au pi�ge des cr�atures, sachant que celle-l� que l'on formait dans quelque contr�e �trang�re et huilait de la perfection des aromates, il me serait possible de m'en saisir. Et j'appelais amour ce vertige. Et il me semblait que je mourrais de soif si je ne savais l'obtenir.

�Alors les fian�ailles donnaient lieu � des f�tes retentissantes, color�es pour le peuple entier par la religion de l'amour. Et l'on versait des corbeilles de fleurs et l'on r�pandait des parfums et l'on br�lait des diamants qui avaient co�t� la sueur, la souffrance, le sang des hommes, n�s de la foule comme la goutte de parfum tir�e des tombereaux de fleurs, et chacun cherchait sans trop comprendre � s'�puiser dans l'amour. Mais la voil� sur ma terrasse, captive tendre et prise dans le vent avec ses voiles. Et moi homme, et moi guerrier vainqueur tenant enfin la r�compense de ma guerre. Et brusquement, en face d'elle, ne sachant plus que devenir�

�Ma colombe, lui disais-je, ma tourterelle, ma gazelle aux longues jambes�� car dans les mots que j'inventais je cherchais � la saisir, l'insaisissable! Fondue comme neige. Car n'�tait rien le don que j'attendais. Et je criais: �O� �tes-vous?� Car je ne la rencontrais point. �O� donc est la fronti�re?� Et je devenais donjon et rempart. Et les feux de joie dans ma ville br�laient pour c�l�brer l'amour. Et moi seul, dans mon terrible d�sert, je la regardais, d�v�tue, dormir. �Je me suis tromp� de proie, je me suis tromp� dans ma course. Elle fuyait si vite et je l'ai arr�t�e pour m'en saisir� Et, une fois prise, elle n'�tait plus�� Mais je comprenais aussi mon erreur. C'est la course que je courais, et j'avais �t� fou comme celui-l� qui a rempli sa cruche et l'a enferm�e dans son armoire parce qu'il aimait le chant des fontaines�

�Mais si je ne te touche point, je te construis comme un temple. Et je te b�tis dans la lumi�re. Et ton silence renferme les campagnes. Et je sais t'aimer au-del� de moi et de toi. Et j'invente des cantiques pour c�l�brer ton empire. Et se ferment tes yeux, paupi�res du monde. Et je te tiens lasse dans mes bras, comme une ville. Tu n'es qu'une marche de mon ascension vers Dieu. Tu es faite pour �tre br�l�e, consomm�e, mais non pour retenir� Et voil� que bient�t le palais pleure et que la ville enti�re se rev�t de cendre car j'ai pris mille hommes d'armes et pass� le porche de la ville dans la direction du d�sert, n'�tant point satisfait.

�La douleur d'un seul, je te l'ai dit, vaut la douleur du monde. Et l'amour d'une seule, si sotte qu'elle soit, balance la Voie Lact�e et ses �toiles. Et je te serre dans mes bras comme la courbe de mon navire. Ainsi ce d�part en haute mer: �paule redoutable de l'amour��

Ainsi ai-je connu les limites de mon empire. Mais ces limites l'exprimaient d�j� car je n'aime que ce qui r�siste. L'arbre ou l'homme d'abord, c'est celui qui d'abord r�siste. Et c'est pourquoi je comparais � des couvercles pour coffrets vides ces bas-reliefs de danseuses obstin�es qui furent masques quand ils couvraient l'obstination et le remue-m�nage int�rieur et la po�sie, fille des litiges. J'aime qui se montre par sa r�sistance, celui qui se ferme et se tait, celui qui se conserve dur, et, les l�vres scell�es dans les supplices, celui qui a r�sist� aux supplices et � l'amour. Celui qui pr�f�re et qui est injuste de ne point aimer. Toi, comme une tour redoutable, et qui jamais ne sera prise�

Car je hais la facilit�. Et il n'est point d'homme s'il ne s'oppose. Sinon la fourmili�re o� Dieu ne s'inscrit plus. Homme sans levain. Et voil� bien le miracle qui m'apparut dans ma prison. Plus fort que toi, que moi, que nous tous, que mes ge�liers et mes ponts-levis et mes remparts. Voil� bien l'�nigme qui me tourmentait, la m�me que de l'amour, quand, nue, je la tenais soumise. Grandeur de l'homme et cependant sa petitesse car je le sais grand dans la foi et non dans l'orgueil de sa r�volte.

XXX

Ainsi m'est-il apparu que l'homme n'�tait point digne d'int�r�t si, non seulement il n'�tait point capable de sacrifice, de r�sistance aux tentations et d'acceptation de la mort � car alors il n'a plus de forme � mais de m�me si, fondu dans la masse, gouvern� par la masse, il subissait ses lois. Car il en est ainsi du sanglier ou de l'�l�phant solitaire et de l'homme sur sa montagne, et la masse doit permettre son silence � chacun et ne point l'en tirer par haine de ce qui est semblable au c�dre, quand il domine la montagne.

Celui-l� qui me vient avec son langage pour saisir et exprimer l'homme dans la logique de son expos� me para�t semblable � l'enfant qui s'installe au pied de l'Atlas avec son seau et sa pelle et forme le projet de saisir la montagne et de la transporter ailleurs. L'homme c'est ce qui est, non point ce qui s'exprime. Certes, le but de toute conscience est d'exprimer ce qui est, mais l'expression est �uvre difficile, lente et tortueuse,�� et l'erreur est de croire que n'est pas ce qui ne peut d'abord s'�noncer. Car �noncer et concevoir ont m�me sens. Mais est faible la part de l'homme que j'ai jusqu'� aujourd'hui appris � concevoir. Or, ce que j'ai con�u un jour n'en existait pas moins la veille, et je me leurre si j'imagine que ce que je ne puis exprimer de l'homme n'est point digne d'�tre consid�r�. Car non plus, je n'exprime point la montagne mais je la signifie. Mais je confonds signifier et saisir. Je signifie � qui conna�t d�j�, mais si celui-l� ignorait, comment saurais-je lui transmettre cette montagne avec ses crevasses aux pierres roulantes et ses pans de lavande et son fa�te cr�nel� dans les �toiles? Et je sais quand celle-l� n'est point forteresse d�mantel�e ou barque sans direction dont on d�tache la corde � son gr� de l'anneau de fer pour la conduire l� o� il pla�t � mais existence merveilleuse avec les lois de sa gravitation interne et ses silences plus majestueux que le silence de la machinerie des �toiles.

Ainsi donc me vint ce litige dominant d'admirer pour moi l'homme soumis et l'homme irr�ductible qui montre ce qu'il est. Sachant comprendre le probl�me, mais non le formuler. Car ceux-l� que la discipline la plus dure r�git et qui, sur un signe de moi, acceptent la mort, ceux-l� m�mes qu'aimante ma foi, mais si bien durcis dans leur discipline que je puis, face � eux, les injurier et les soumettre comme des enfants, et qui, par contre, l�ch�s � l'aventure et heurt�s contre d'autres, montrent la trempe de l'acier et la col�re sublime et le courage dans la mort.

J'ai compris qu'il n'�tait que deux aspects du m�me

homme. Et que celui-l� que nous admirons comme le grain irr�ductible, ou celle-l� impossible � soumettre, et dans mes bras absente comme un navire de haute mer, celui-l� que je dis un homme, car il ne transige, ni ne pactise, ni ne compose, ni ne se d�fait d'une part de soi par habilet� ou convoitise ou lassitude, celui-l� que je puis �craser sous la meule sans en faire sourdre l'huile du secret, celui qui porte au c�ur ce dur noyau d'olive, celui dont je n'admets ni que la foule, ni que le tyran le contraigne, devenu diamant au c�ur, toujours je lui ai d�couvert l'autre face. Et soumis, et disciplin� et respectueux et plein de foi et d'abandon, fils sage d'une race spirituelle et d�positaire de ses vertus�

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